« 70 % de l’énergie est consommée dans des secteurs non productifs»

NOUREDDINE YASSAA. DIRECTEUR DU CENTRE DE DÉVELOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES   Propos Recueillis par Samira Ghrib     L’Algérie ambitionne de mettre en place un plan d’efficacité énergétique et d’intégrer une part d’énergie renouvelable dans le mix énergétique national. Pensez-vous que les objectifs assignés à l’horizon 2030 sont réalisables ? Le programme est ambitieux certes. C’est une capacité de 22 gigawatts à l’horizon 2030 à mettre en place. Néanmoins, compte tenu du potentiel dont dispose l’Algérie, en termes de gisement solaire, de gisement éolien, et plus globalement en termes d’étendue du territoire, les objectifs semblent réalisables. Si l’on se penche sur les besoins du pays en énergie, en raison de la croissance démographique, et de la croissance économique, du développement de l’industrie et des programmes de réalisation en bâtiment, on voit bien que la demande en électricité est grandissante. Reste la question de savoir comment couvrir ces besoins. Va-t-on continuer à bruler du gaz et du pétrole pour générer de l’électricité ou chercher des solutions alternatives ? Ces solutions sont d’abord liées à l’efficacité énergétique. Il faut arrêter de gaspiller de l’énergie. Cela a d’ailleurs été longuement débattu au cours du 15e Forum international de l’énergie. Il faut, en second lieu, intégrer les énergies renouvelables dans le mix énergétique national pour, justement, libérer des volumes de pétrole et de gaz à l’exportation ou pour des applications non combustibles comme la pétrochimie, l’industrie des engrais, le plastique, l’industrie cosmétique …ect. L’énergie fossile peut donner lieu à beaucoup d’applications, autres que la génération d’électricité. L’autre avantage est que la jeune génération bénéficie d’une forte acceptabilité pour tout ce qui est efficacité énergétique et énergies renouvelables. On peut atteindre les objectifs moyennant des mesures pour inciter les investisseurs vers le renouvelable et l’efficacité énergétique.   Pour investir dans le renouvelable, il faut des financements. Or, nombreuses sont les compagnies qui posent cette problématique, laquelle se complique en cette situation de crise… Justement, il faut saisir les opportunités qui se présentent à l’occasion d’événements comme l’IEF 15 pour faire du lobbying et chercher des partenariats avec les investisseurs étrangers et les inciter à venir en Algérie et investir dans ce créneau. Pour chercher de nouvelles sources de financement, il faut s’appuyer sur les partenariats public-privé et profiter des différentes mesures d’accompagnement. Nous avons discuté, au cours de l’IEF, de l’accord de Paris, dans le cadre de la COP 21. On doit entrer dans la phase de ratification pour que l’accord entre en vigueur. Nous devons réfléchir dans cette perspective. Les objectifs de l’accord sont liés au renforcement des capacités, le transfert de technologie et la mobilisation des financements. Nous avons parlé de 10 milliards de dollars d’aide pour la transition énergétique en Afrique. Il faut que l’Algérie se prépare à arracher sa part de financements.   L’IEF 15 a-t-il permis des contacts concrets pour ouvrir la voie à des financements ? D’importantes organisations et de grandes compagnies du secteur étaient présentes à Alger. Les rencontres B to B ont permis de faciliter les contacts et d’expliquer la stratégie de l’Algérie dans le renouvelable et l’efficacité énergétique.   Le gouvernement prévoit d’introduire de nouvelles taxes sur l’efficacité énergétique. Croyez-vous que cela soit suffisant pour faciliter la transition énergétique ? Non. Je pense qu’il y’a un effort à faire en terme de sensibilisation de la population, quant au gaspillage de l’énergie. C’est une denrée rare qu’il faut préserver. Il faut impliquer le citoyen dans la transition énergétique. Il faut prendre des mesures pour promouvoir l’efficacité énergétique dans le bâtiment et l’usage de matériaux isolants, pour favoriser l’usage d’équipements électroménagers moins énergivores. Mais, il faut aussi promouvoir le renouvelable, comme l’usage de chauffe-eaux solaires, et de panneaux solaires dans les zones isolées, ou dans certaines résidences. Il faut impliquer le citoyen pour qu’il soit plus qu’un consommateur d’électricité, mais un producteur d’énergie, comme cela se fait ailleurs.   Néanmoins la politique actuelle des tarifs de l’énergie n’encourage pas cette prise de conscience … Je pense que, dans certaines régions, au lieu de subventionner l’électricité, on peut subventionner ce genre d’équipements. On peut réfléchir à des aides de l’État pour subventionner les équipements, mais aussi penser à des financements bancaires spécifiques. Le citoyen a tout à gagner en installant des panneaux solaires. Il aura un double comptage. L’un pour comptabiliser sa consommation et l’autre sa production. Et cela ne peut être que rentable pour lui.   Que pensez-vous des mesures à prendre pour promouvoir les bâtiments et les quartiers écoresponsables ? Si l’on se penche sur le bilan énergétique nationale, on constate que la part du lion en terme de consommation est réservée à la distribution grand-public, soit le secteur du bâtiment, et non pas aux secteurs productifs. 40 % de l’énergie sont consommés dans les bâtiments (logements et immeubles en tous genres, NDLR), 30 % dans le transport. On consomme 70 % de l’énergie dans des secteurs non productifs. C’est qu’il faut faire un effort, moyennant des subventions et des incitations, pour justement inverser la tendance et que l’essentiel de l’énergie aille vers les secteurs industriel et productif. C’est pourquoi il faut investir dans l’isolation thermique des bâtiments et encourager l’usage de lampes à basse consommation, et même des ampoules LED dont la consommation est minime. Il faut aussi encourager l’usage de chauffe-eaux solaires, et le recours aux énergies renouvelables. S.G.  

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