BIBLIOTHÈQUES NUMÉRIQUES : «LA SOLUTION» POUR UN LIVRE MOINS CHER

Mouna Salmi   Dans le paysage éditorial et culturel algérien, la bibliothèque numérique est presque un intrus. Peu mise en valeur, peu connue, elle demeure à la marge malgré la présence de plus en plus visible de la 3G. Avec le slogan «Le savoir à portée de clics», Algérie Télécom (AT) a lancé en juin 2014 «Fimaktabati», une bibliothèque généraliste en français destinée au grand public. Elle a ensuite ouvert «Fimaktabati académiquE», riche de 8000 ouvrages techniques, scientifiques, académiques et professionnels. Disponible en langue française, «Fimaktabati académique», qui est présentée comme «la première bibliothèque numérique pluridisciplinaire en Algérie», est destinée surtout aux centres de recherche, aux institutions académiques, aux écoles de commerces et aux instituts des sciences sociales et des sciences techniques. En mars 2015, AT et l’éditeur algérien Al Houda ont ouvert Nooonbooks», une bibliothèque numérique en langue arabe dotée de 30.000 ouvrages traitant de tous les domaines. La maison mère de cette bibliothèque se trouve en Arabie Saoudite, «Al Moufakiroun Al joudoud». Mais ces opérations n’ont pas été suivies d’une véritable promotion commerciale. La vidéo de présentation de ce service sur le site de Youtube n’a pas dépassé les 1350 vues en deux ans ! A peine 23.000 fans sur la page Facebook. Désintérêt ? Possible. Des journées portes ouvertes ont été organisées par le service Marketing d’AT au niveau national pour faire connaître le produit. La carte de «Fimaktabati» et de «Nooonbooks» est cédée à 2400 dinars pour une utilisation d’une année. L’abonné accède au contenu du site électronique grâce à un identifiant et à un mot de passe. Un moteur permet de faire de la recherche à partir du nom de l’auteur, de l’année de la publication ou de l’éditeur. Il n’existe encore aucune donnée sur le nombre d’abonnés à ce service d’AT. Comme, il n’existe pas de précisions sur le choix des ouvrages mis en ligne et le rachat des droits. Tout éditeur veut que son livre soit d’abord vendu en version papier dans les librairies avant de passer à la version virtuelle. Aussi, certaines maisons d’éditions refusent la mise en ligne des ouvrages n’y voyant, peut-être, pas l’intérêt commercial ou intellectuel. «Le travail le plus important est de négocier avec les maisons d’édition pour numériser les livres aux fins de les proposer à nos abonnés. Des prestataires de service intermédiaires algériens et étrangers assurent la numérisation. Avant de lancer le produit, nous avons fait des études. Nous avons constaté que beaucoup d’Algériens n’achètent pas de livre en raison des prix. L’accès à une bibliothèque numérique est moins cher même si le confort n’est pas le même que pour un ouvrage en papier», a relevé Sofiane Lounis, Chef de Département des nouveaux services à Algérie Télécom, dans une déclaration à la presse.   NOUVEAU FORMAT   Bien avant AT, la société privée Sagacité a ouvert la voie aux projets de bibliothèque numérique en Algérie. «A ma connaissance nous sommes les premiers en Algérie en terme d’édition numérique universitaire, peut-être qu’il y’en a d’autre qui ne sont pas encore mis en lumière, mais ce qui est sûr, c’est un domaine qui va se développer exponentiellement», a déclaré Youcef Bengrid, directeur de la SARL Sagacité (Sagacitelink.com). Est-il facile de «monter» une bibliothèque numérique en Algérie ? «Nous possédons toutes les compétences en termes de développement que ce soit sur le plan technique (soft) que sur le plan éditorial. Il y a un réservoir impressionnant de jeunes bien formés en quête de nouvelles technologies en Algérie. Il faut bien, évidement, orienter un technicien sur ce que nous souhaitons obtenir de lui dans le cadre de notre activité», précise Youcef Bengrid. Selon lui, le défi majeur est de convaincre les professionnels des bibliothèques de la présence de ce nouveau format du livre universitaire. «Nous attendons plus d’encouragement de la part des pouvoirs publics, ministères de l’Enseignement supérieur, de la Culture et celui des TIC… En termes de politique générale du livre, l’édition numérique peut faire rattraper le retard de l’Algérie dans le domaine de l’édition. La publication sur le support papier étant en deçà des attentes du corps universitaire, l’édition numérique va certainement nous mettre sur la même ligne de départ que les pays développés. Par chance ou par malheur, le livre universitaire souffre en Algérie de l’absence d’un réseau de distribution», souligne le directeur de Sagacité. A propos des coûts, Youcef Bengrid précise que le livre numérique est 30 % moins cher que l’ouvrage en papier. La mise en ligne supprime notamment les dépenses liées à l’impression et à distribution. «Concernant notre base de données, nous avons voulu utiliser un support peu onéreux et qui soit accessible à n’importe quel endroit connecté, mais aussi pour les enseignants algériens un espace de publication de leurs travaux visibles à l’international (un espace promotionnel des universités algériennes)», appuie-t-il. Pour Youcef Bengrid, les habitudes de lecture existent bel et bien en Algérie. «La taille du lectorat est méconnue. Les bibliothèques universitaires (BU), qui sont bien fréquentées, sont dynamiques avec des fonds diversifiés. Notre principale mission est de mettre à la disposition de l’auteur un espace de publication et de promotion de son œuvre et la proposer à un lecteur en format numérique avec l’avantage d’une diffusion de l’œuvre à une plus large grande échelle», souligne-t-il. M.S.  

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