Chahar Boulakhras. P-DG de SKTM : «On n’est jamais en retard en matière d’ENR »

    SKTM (Sharikat Kahraba wa Takat Moutajadida), filiale du Groupe Sonelgaz est, depuis quelques années, le principal opérateur ayant investit dans le développement des énergies renouvelables. Quel bilan pouvez-vous tirer des actions entreprises à ce jour ?
SKTM est l’opérateur public, filiale du Groupe Sonelgaz, qui a été chargé de mettre en œuvre les premiers projets, dans le cadre du programme national des énergies renouvelables, à partir de 2012. Il faut souligner que la stratégie de déploiement  des énergies renouvelables se scinde en trois phases. La première consiste à expérimenter les sites pilotes. Et cela a été concrétisé par SKTM en 2014. Nous avons un site éolien à Kabertan, à 80 km d’Adrar. Le projet a consisté en la mise en place de 12 éoliennes de 850 kw chacune. C’est donc une puissance installée de 10.2 MW. Le second site est à Ghardaïa, là où se situe le siège de SKTM, avec une capacité installé de 1,1 MW en solaire. Sur site nous avons expérimenté 4 technologies, à savoir le monocristallin, le polycristallin, l’amorphe, le CTT, en fixe, en tracking. Nous avons également expérimenté les technologies des onduleurs et des transformateurs. Bref, c’est un laboratoire à ciel ouvert qui injecte directement sur le réseau 30 kilovolts  de la SDC, filiale de distribution de la Sonelgaz. C’était aussi l’occasion d’appréhender la seconde phase, par retour d’expérience sur ce qui a été fait sur les sites pilotes. C’est ce qui nous a permis de mettre en œuvre la seconde phase du programme. C’est ainsi qu’en juin 2017, 22 centrales du programme des 350 MW ont été réalisées et mises en services.  Elles injectent de l’électricité sur le réseau avec les opérateurs GRTE  (transport électricité) sur la tension 60 kilovolts et SDC. SKTM, qui a réalisé ces ouvrages en assurant la maîtrise d’œuvre, assure également l’exploitation, la maintenance et la commercialisation de l’énergie produite à partir de ces centrales. Cette seconde phase va nous aider à appréhender le déploiement à grande échelle du programme de développement des énergies renouvelables, dans le cadre de la troisième phase.  
Dans le cadre de l’appel d’offres pour la mise en place d’une capacité de 4GW en renouvelable, dans quelle mesure, des synergies entre Sonatrach, Sonelgaz, à travers SKTM, et d’autres partenaires, pourraient-elles être créées et contribuer au développement du projet ?
C’est le cahier des charges qui est en cours d’élaboration au niveau du ministère de l’Energie qui devrait le préciser. Celui-ci devrait bientôt voir le jour.  SKTM est comme tout opérateur et attend ce cahier des charges. Mais à côté de cet appel d’offres, de petites capacités devrait être lancées  par la Creg (Commission de régulation de l’électricité et du gaz, NDLR). C’est une centaine de mégawatts qui sera proposée aux enchères. Je pense que le programme de développement des énergies renouvelables va atteindre sa vitesse de croisière en s’appuyant sur une bonne base et une meilleure approche des questions liées à l’industrialisation et l’implication des partenaires publics et privés. Il s’agit surtout d’assurer une forte intégration nationale, avec des taux importants à moyen terme.
Certains opérateurs estiment que l’Algérie devrait miser sur le développement des ENR en hors-réseau, au lieu de leur intégration au réseau dans la mesure où la génération électrique est fortement assise sur l’exploitation gaz. Quel est votre avis sur la question ?
De part ma modeste expérience, je dirais qu’il faut développer les deux.  Pour un pays où le marché est vierge en matière d’ENR, il faut consentir des efforts en matière de production de masse. L’objectif escompté parmi les retombées à attendre du programme de développement des ENR, c’est l’économie de centaines de milliards m3 de gaz à préserver pour les générations futures ou à réorienter vers d’autres secteurs à dynamiser.  Sans parler des aspects écologiques et les engagements de l’Algérie en matière de protection de l’environnement.  Il ne faut pas oublier, non plus, les implications de ce programme sur la création d’emplois. Car, au-delà de la construction des centrales, c’est l’aspect industriel de ce programme qui permettra la création d’emplois. Au regard de ces objectifs, je pense que la production de masse est, au regard des volumes, plus intéressantes, et susceptible de permettre d’atteindre ces objectifs plus rapidement. Et comme l’un n’empêche pas l’autre, on peut aussi développer les ENR en off-grid (hors-réseau, NDLR), au regard des potentialités existantes.  Je pense que c’est aussi un segment à développer et qui viendra rejoindre dans le mix énergétique, la production de masse. C’est d’ailleurs la raison de la création du ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables. Il faut comprendre que pour le cas des ENR en off-grid, ce sont les petits ruisseaux qui feront le grand fleuve.
En matière de financement des activités liées au développement des énergies renouvelables, quelles sont les difficultés et les contraintes que vous pourriez soulever en tant qu’opérateur ?
L’industrie des ENR est capitalistique. Même si les coûts sont en baisse, elle nécessite un Capex assez important.  Il faut donc disposer de financements. Afin d’assurer  un taux de rentabilité assez attractif et avoir un retour sur investissement assez rapide, la question des financements doit être examinée. Je pense qu’il y’a un travail qui se fait actuellement au niveau du régulateur et du ministère de l’Énergie  pour régler cette question à travers de nouveaux textes. Sur trois aspects, je peux dire que l’écosystème est en voie d’achèvement. Tout le package est en place. A titre d’exemple, en matière de capacités techniques, on ne démarre pas du néant.  C’est le cas aussi en matière de politique d’investissement, de trajectoire et  en matière de réglementation. Reste la question des financements laquelle doit être examinée.  Je reste convaincu qu’on n’est jamais en retard en matière d’ENR. Certains adoptent un scénario pessimiste. Je préfère être optimiste. Une fois l’écosystème prêt, on peut très vite développer les ENR. On peut passer très vite des mégawatts aux gigawatts de capacités, avec l’apport de tous les opérateurs, qu’ils soient publics ou privés.
En ce qui concerne le volet industriel. L’Algérie développe depuis quelques années une industrie des panneaux photovoltaïques. Or celle-ci se limite à l’encapsulation des cellules qui sont importées, car non fabriquées localement. Croyez-vous que l’Algérie dispose du potentiel nécessaire au développement de l’industrie de la cellule photovoltaïque ?
On parle aujourd’hui d’une capacité de production de 500 MW de panneaux  photovoltaïques, certes à travers l’encapsulation. Mais la question est liée au coût, à la rentabilité et au Capex. Le Capex est lié à 80 % aux équipements. Si l’on doit réduire les coûts, en plus des études, de l’engineering, et de la prestation de services, le plus gros de l’effort doit se faire sur le coût des équipements. Les panneaux photovoltaïques et les onduleurs représentent à eux seuls entre 55 et 60 % des coûts des équipements sur une centrale.  Si l’on doit faire des efforts en matière d’intégration nationale sur les équipements, se serait l’idéale en matière de réduction des coûts.n  

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