Chakib Khelil : « la planche à billets est un impôt sur les pauvres »

  C’est un véritable réquisitoire que l’ex-ministre de l’Energie et des Mines, M. Chakib Khelil a fait à l’encontre de la politique gouvernementale lors de l’entretien accordé, ce mercredi soir, à Dzair News TV. Que ce soit la planche à billet, le climat des investissements, l’inefficience de l’administration, subventions, le projet de recours prochain à l’exploitation des gaz de schistes, ou encore le soudain renouveau des relations algéro-françaises, rien n’échappe à l’œil critique de l’ancien politique qui a revêtu pour l’occasion son habit d’expert ayant œuvré pour les institutions financières internationales. Bref, l’Algérie aurait « dévoyé du chemin de la croissance au cours des trois dernières années « et n’aurait « pas su saisir », du moins ses gouvernants, les opportunités qui auraient pu se présenter.
Planche à billets, inflation, et nouveau dinar
 
Feuille de route pour solutionner la crise économique, ou programme politique, l’on ne saurait dire vers quoi tendent les propositions de l’ex-ministre, en tout état de cause les critiques que Dr Khelil adresse au choix de recourir à la planche à billets sont dignes des opposants les plus féroces. Se tenant à la rigueur académique et l’orthodoxie économique, l’expert explique que si « le recours à la planche à billets est la seule solution possible pour le gouvernement » pour faire face à la crise dans l’immédiat, celle-ci « ne peut être que conjoncturelle ». Il avertit dans ce sens contre les effets néfastes de la planche à billet, non seulement en terme de glissement inflationniste, et sur le pouvoir d’achat des ménages les plus défavorisés, mais aussi sur la croissance, il démonte un à un les arguments du gouvernement, en estimant que l’Algérie ne dispose que d’une réserve limitée en devises, estimée aujourd’hui à 100 milliards de dollars. Or, le fait de recourir à la planche à billets dans une telle situation ne fera que provoquer une dépréciation du dinar face aux devises étrangères et induire une hausse du taux d’inflation. « Nous autres économistes avons l’habitude de qualifier l’inflation d’impôt sur les pauvres », dira-t-il. Pour l’ancien ministre, d’autres solutions auraient été préférables pour faire face à la crise comme le recours à l’endettement interne (émission des bons du Trésor sur le marché financier local) et l’amélioration des recouvrements fiscaux et absorption des fonds de l’informel. Dans ce sens, Chakib Khelil propose de passer à un nouveau dinar, ce qui aura pour vertu de canaliser les fonds de l’informel, mais aussi de limiter l’inflation en réduisant la masse de cash circulant sur le marché sans contrôle, Mais, quand il s’agit d’évoquer l’endettement extérieur, l’ancien ministre préfère parler de promotion de l’investissement étranger, et privé national seul susceptible de garantir la croissance, la création d’emplois et l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages.
Lever la règle des 51/49 dans tous les secteurs
 
A ce propos, il estime que rien ne permet « d’attirer les investisseurs étrangers en Algérie ». L’ex-ministre de l’Energie adresse des critiques acerbes à l’administration centrale et locale qu’il qualifie de totalement « inefficiente », il en veut pour preuve à la faiblesse de deux secteurs névralgiques à savoir la santé et l’éducation. De même qu’il pense que c’est cette même administration qui bloque le développement de l’investissement. Fidèle à son idéologie, Khelil critique aussi la règle des 51 /49, indiquant que celle-ci devrait être levée dans tous les secteurs, et même dans celui des hydrocarbures et de l’énergie. « En 2005, nous avons été amenés à mettre en place une taxe sur les superprofits, car la règle des 51/49 ne suffisait pas pour permettre à l’Algérie de bénéficier des revenus gigantesques générés dans le sillage de la hausse des cours du pétrole, c’est la preuve que la règle des 51/49 n’est pas efficace », a-t-il indiqué. Il considère d’ailleurs qu’« il n’appartient pas à un bureaucrate de décider du fond de son bureau quel sera la répartition du capital social dans un projet d’investissement, »  
Gaz de schiste : il faut faire attention !
La bureaucratie, il en est justement question, lorsqu’il s’agit d’évoquer la situation du groupe Sonatrach. L’ancien responsable du département de l’énergie qualifie de « regrettable », le constat de Abdelmoumène Ould Kaddour, P-DG de Sonatrach quant au fonctionnement bureaucratique du groupe. Mais, à propos du développement du gaz de schiste, l’expert des questions énergétiques prône la prudence, il estime qu’il est nécessaire de collecter des données précises sur les réserves, d’effectuer des études quant au rendement et à la rentabilité de l’exploitation, et former la main d’œuvre ou du moins des personnes susceptibles de contrôler l’action des partenaires éventuels et l’impact de celle-ci sur l’environnement et les réserves hydriques de l’albien avant de se lancer dans l’exploitation des gaz de schiste.
Libéraliser les prix de l’électricité
 
Quant au développement des énergies renouvelables, l’ancien ministre les conçoit comme une énergie d’appoint, il insiste cependant sur le développement de l’industrie des équipements de production d’énergie renouvelable. Chose qui reste complexe dans le contexte actuel des prix bas de l’électricité. Et de recommander dans ce sens une libéralisation, du moins partielle des prix de l’électricité. C’est dans le même sens que Chakib Khelil estime nécessaire une révision du système des subventions et leur ciblage vers le quintile de la population la plus défavorisée. Il indique que dans l’état actuel des choses les subventions ne profitent qu’à 25 % de la population qui devrait en bénéficier,
Montée des cours du brut : ne pas céder à l’euphorie
L’ancien ministre de l’énergie s’est également exprimé sur la situation du marché pétrolier. Celui-ci a attribué la remontée actuelle des cours à certaines tendances lourdes comme la baisse de l’offre dans le cadre du prolongement de l’accord Opep, une hausse de la demande en pétrole notamment en Asie, et à des facteurs conjoncturelles comme les tensions géopolitiques au Yemen et dans les Monarchie du Golfe. Il considère que si les producteurs Opep et leurs partenaires montrent une certaine discipline dans le respect de leurs engagements, les cours du Brent de mer du Nord pourraient se maintenir entre 60 et 65 dollars. Faut-il céder à l’euphorie pour autant ? selon Chakib Khelil, un défi demeure, celui de la production de pétrole de schistes US qui peut remonter avec le redressement des cours et plomber une nouvelle fois le marché.    

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