CHINE, GUERRE COMMERCIALE, TRUMP : Guerre commerciale … ou sabordage américain ?

  Par Michel Santi *   Donald Trump prépare activement la phase 3 de son plan de rétorsion vis-à-vis de la Chine à présent que celle-ci vient de réagir à sa dernière vague en vigueur dès cette semaine. Selon ses propres déclarations résumant son approche vis-à-vis de la Chine, il a démarré par imposer une taxation supplémentaire de 50 milliards de dollars à la Chine concernant les composants technologiques – soit phase 1. Avant de revenir avec sa phase 2 (en vigueur dès le 24 septembre) qui se monte à 200 milliards de dollars. Sachant que les réactions chinoises – logiques et prévisibles – permettent aisément de prévoir une phase 3 que le Président américain a lui-même chiffrée à 267 milliards de dollars. Comment les entreprises US vont-elles pouvoir maintenir leur compétitivité face à leurs concurrentes d’autres pays dans un monde globalisé et dans un tel contexte où l’augmentation de ces barrières douanières majore leurs propres coûts et charges ? Comment réagira, par ailleurs, le consommateur américain qui sera lui aussi directement pénalisé du fait d’une escalade – facile à anticiper – de l’inflation suite au renchérissement des produits courants subséquent à la phase 2 et bientôt à la phase 3 ? En effet, tandis que la phase 1 (50 milliards $) consistait en une liste d’un peu plus de 1’000 produits imposés davantage à leur entrée sur le sol US, la phase 2 (200 milliards $) comprend environ 6’000 articles d’importation ! Ayant soustrait (provisoirement) 300 produits de la phase 2, ceux-ci se verront inévitablement imputés sur la phase 3 (267 milliards $) incluant des articles de consommation courante comme des draps de lit ou des gants… De fait, les «tariffs» de Trump reviennent à une taxation supplémentaire prélevée … sur le consommateur américain ! Une étude toute récente du «Center for Automotive Research» a ainsi mis en garde sur le fait que c’est pas moins de 2 millions de véhicules qui seront vendus en moins aux Etats-Unis, induisant une perte de plus de 700’000 emplois dans le secteur automobile avec un impact négatif de 60 milliards de dollars sur le P.I.B. du pays. Ces trois phases (totalisant grosso modo 500 milliards de $) se traduisant par une augmentation approximative de 10% des prix à l’importation (soit 50 milliards de $) seraient même de nature à neutraliser pas moins du tiers des réductions d’impôts (de 150 milliards de $) mises en place par l’administration Tump. Autrement dit, le Président américain – qui n’a de cesse de fanfaronner sur l’augmentation des recettes qui découleront de l’augmentation des droits de douane – a absolument raison … si ce n’est que c’est ses propres citoyens et consommateurs qui s’en acquitteront ! Ces trois phases nuiront donc assurément aux entreprises américaines opérant depuis la Chine, ou utilisant des composants chinois, favoriseront leurs concurrents et – cerise sur le gâteau – contribueront à attiser le climat d’incertitude et d’instabilité des relations commerciales mondiales. Quant au gouvernement chinois, ses réactions consistant à majorer à son tour la taxation sur les importations en provenance des USA ne sont que la réponse du berger à la bergère, même si elles n’ont pas plus de sens que les décisions américaines… Néanmoins, comme une guerre commerciale est autant politique qu’économique, les dirigeants chinois ne peuvent se laisser impunément acculer – voire «cornériser» – par Trump sans réagir à leur tour, ne serait-ce que pour sauver leur honneur et ne pas être humiliés à la face du monde. C’est simple : chaque escalade supplémentaire et chaque degré franchi par les américains aggravent d’autant ce conflit en rendant impossible toute concession de la part de chinois très soucieux (et on le comprend) de leur image. L’économie chinoise, quant à elle, n’étant pas faible au point de les contraindre à accepter les termes de Trump… En finalité, les chinois savent bien que cette guerre commerciale a bien plus d’impact auprès des citoyens US et de la démocratie américaine qu’au sein de leur propre pays dominé par un régime autoritaire. Elections de mi-mandat («midterms») de novembre prochain, élections Présidentielles de 2020 : autant de rendez-vous que ne manquera pas d’observer Xi Jinping dont le mandat … est à vie. La vérité est – et a toujours été – que la Chine a une vision sur le long terme. Elle prépare l’après Trump. M.S. * Michel Santi est un économiste et ancien financier franco-suisse. Il conseille depuis 2005 plusieurs banques centrales et est l'auteur de plusieurs ouvrages. Ancien membre du World Economic Forum et de l'IFRI, Michel Santi est un membre fondateur de l'O.N.G. « Finance Watch ».

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