Dépenses mensuelles des ménages : 78.000 DA pour s’en sortir !

2018 sera dure, très dure pour les ménages de la classe moyenne. En sus de l’impact attendu du recours à la planche à billets sur l’inflation, les hausses prévues de différentes taxes et des droits de douanes sur certains produits prisés par les consommateurs, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018, ne risquent pas d’arranger les choses. Une chose est certaine, les commerçants n’entendent laisser filer une nouvelle occasion de faire du profit et s’adaptent vite à la nouvelle donne du marché, quitte à anticiper sur les hausses à venir.  Ils s’évertuent surtout à préparer doucement mais sûrement les consommateurs à la flambée des prix qui les attend en 2018 quitte à les emprisonner dans une sorte de fatalisme. Que ce soit dans les grandes surfaces ou dans le commerce de détail, c’est le même constat. Les prix montent crescendo. Entre août et septembre dernier par exemple, la variation mensuelle des prix à la consommation a augmenté de 1,1%, selon le dernier bilan de l’Office national des statistiques (ONS).
Les prix des biens alimentaires ont affiché une hausse de 2%, résultat de l’envolée des prix sur le marché des produits agricoles frais.  Ces derniers ont vu leur prix croître de e 4%, tirés essentiellement par la hausse des prix des fruits (+35,1%) et des légumes (+11%) dont la pomme de terre (+3,6%). Le prix de ce tubercule ne descend pas d’ailleurs au-dessous de 65 DA en dépit du déclenchement de l’opération de déstockage par le ministère de l’Agriculture. Pour le mois d’octobre, l’inflation s’annonce beaucoup plus importante eu égard aux prix affichés sur le marché. Et ce sans prendre en considération les autres catégories de produits  et services. La tendance à la hausse du d’inflationniste risque de durer mais surtout de s’intensifier en 2018 avec les mesures prévues dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018. La hausse prévue des prix des carburants ne sera pas sans impact sur le budget des ménages.  « Si actuellement, je fais le plein à 1.500 dinars, à partir de 2018, ce sera 2.000 dinars par semaine en moyenne. Je devrais donc débourser 2.000 DA en plus chaque mois rien que pour le carburant, sans oublier les autres catégories de produits  que je vais devoir payer plus cher !», s’inquiète un père de famille. Il ne faut pas perdre de vue que la hausse des prix du carburant se répercutera sur les tarifs des transports en commun. Elle affectera aussi la production agricole avec un renchérissement des facteurs de production et de distribution, (machinisme agricole, transport, logistique…ect) ce qui se traduira par une nouvelle hausse des prix des produits agricoles. « Les transporteurs ne veulent pas travailler à perte », avertissent  d’ores et déjà ces derniers. Air Algérie a déjà donné la couleur annonçant une révision de ses tarifs. Mais globalement, ce qui inquiète beaucoup plus les consommateurs, c’est le couffin de la ménagère qui couterait plus cher en 2018.
Des grilles de salaires plus équitables
 
Des études menées dans ce cadre notamment par la fédération nationale des consommateurs évalue les dépenses d’une famille de cinq personnes à 60.000 dinars par mois. Des experts prévoient par ailleurs une hausse de 20% du budget consacré à l’alimentaire.  Pour d’autres, il faudrait au moins 18000 dinars de plus aux familles par mois pour pouvoir faire aux dépenses, soit le Salaire national minimum garanti (SNMG).   Ainsi, à la lumière de ces prévisions, tout porte à croire que l’année 2018 sera des plus dures pour les ménages. Et ce d’autant que le financement non conventionnel conjugué à la baisse de la valeur du dinar pourraient aussi avoir son lot de conséquences dans ce cadre si les mécanismes de régulation ne sont pas actionnés parallèlement ; les économistes ont averti à ce sujet parlant carrément « d’hyperinflation » et de chute libre du pouvoir d’achat alors que de leurs côtés, le premier ministre Ahmed Ouyahia et la Banque d’Algérie (BA) tentent de jouer l’assurance.
En attendant de voir l’impact réel des nouvelles dispositions prises par le gouvernement, les syndicalistes montent au créneau et organisent la protesta. Ils ont prévu un rassemblement à Alger le 25 novembre prochain et des journées de grève à partir de janvier 2018. En effet, les syndicats autonomes de la Fonction publique ont arrêté des actions de protestation pour dénoncer la dégradation du pouvoir d’achat et contester le nouveau code de travail notamment. Lancée en mai-juin 2017, l’intersyndicale regroupe 14 syndicats autonomes représentant plusieurs secteurs de la Fonction publique. Elle a organisé en octobre dernier une journée d’études sur le pouvoir d’achat en présence de l’expert financier, Ferhat Ait Ali. Ferhat Aït Ali, qui avait plaidé pour de nouvelles grilles salariales « plus équitables » pour assurer un pouvoir d'achat décent aux salariés aux plus bas revenus en impliquant des « sacrifices » de la part des hauts cadres de la nation. Un autre expert contacté à cet effet, en l’occurrence Mohamed Badis préconise quant à lui une caisse de solidarité à travers des ponctions salariales sur les salaires élevés pour mieux contenir l’inflation. Mais ces derniers sont-ils prêts à faire ces sacrifices. En tout cas, si rien n’est fait et si les réformes ne suivent pas, le pouvoir d’achat ne sera que grignoté davantage avec la planche à billets.  

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