Déploiement des réseaux 4G/LTE : Les startups dans l’expectative !

Samira Ghrib   L’Algérie entre enfin et de plein pied dans l’ère de la téléphonie de 4e génération. Les licences d’exploitation de réseaux de quatrième génération ont été attribuées, au mois de mai dernier, aux trois opérateurs de téléphonie mobile, Mobilis, Djezzy et Ooreedoo. L’objectif : mettre fin au retard pris par l’Algérie en matière de développement des réseaux de télécommunication, et aller enfin vers le développement d’une véritable économie du savoir. Une volonté qui transparait d’ailleurs à travers le lancement des services de téléphonie mobile 4G moins de 3 ans après ceux de troisième génération. Une évolution qui a d’ailleurs été marquée par une surchauffe du marché des smartphones. Apple, Samsung, sont aujourd’hui les vedettes du marché, même si ces grands constructeurs laissent filer une part de leur succès à des juniors des télécommunications comme Oppo et Wiko, et dans une moindre mesure des équipementiers nationaux à l’image d’Iris et de Condor, pour ne citer que ceux-là, grâce à des prix plus accessibles.  Beaucoup de nos compatriotes se laissent tenter par les sirènes de la téléphonie 4G, même si le déploiement des réseaux n’en est qu’à sa phase embryonnaire. Les chiffres manquent quant à l’évolution des ventes de smartphones, tout comme toutes les indications quant à la qualité réelle de ce qui est écoulé sur le marché algérien. Une chose est sure. Le plan national de déploiement de la 4G, est une démarche progressive qui s’étalera sur une durée de cinq ans. Il prévoit que les opérateurs assurent, au cours de la première année, un taux de couverture minimum de 10% dans les wilayas qui leur ont été attribuées soit Alger et Oran pour Mobilis ; Djelfa, Sétif et Constantine pour Djezzy ; Ouargla, et Bechar, Tlemcen et Tizi Ouzou pour Ooredoo. Une fois ce seuil initial atteint, les opérateurs pourront déployer la 4G dans trois ou quatre wilayas supplémentaires chaque année. Il n’en demeure pas moins que le débat qui mérite le plus d’attention et qui est pour l’heure occulté est de savoir dans quelle mesure le développement des réseaux de télécommunications pourrait-il contribuer à la croissance de l’économie nationale. La téléphonie mobile 4G doit-elle se contenter de booster les ventes de smartphones, équipements, qui sont pour la plupart, doit-on le rappeler, importés ou bien contribuer au développement de contenus numériques locaux, et par ricochet à la création d’entreprises innovantes, plus communément appelées startups. Le cabinet de consulting britannique Oxford Business Group a, d’ailleurs, mis en avant dans son dernier rapport que « le déploiement d’un réseau 4G LTE, franchissant ainsi une étape décisive, permettra d’accroître le taux de pénétration d’Internet et la consommation d’Internet mobile dans le secteur des télécommunications » en Algérie. Selon les chiffres publiés par le rapport, l’Algérie comptait, pas moins de 18,5 millions d’abonnés à l’Internet, dont 16,3 millions abonnés à l’Internet mobile à la fin de décembre 2015, soit une augmentation de 92% par rapport à 2014 et ce grâce au seul développement de la 3 G. L’avènement de la 4 G permettra un accès au très haut débit internet mobile.   DÉVELOPPEMENT DES MOYENS DE PAIEMENT   Une question se pose alors, que faire de cet accès au haut débit dans un contexte où le contenu vient à manquer. L’infrastructure est certes là, mais pour quel usage ? Le développement des startups est ainsi hissé au rang des priorités des autorités publiques. Un ministère dédié à l’économie numérique a, d’ailleurs, été mis en place dans cette perspective. Même si celui-ci n’est qu’un département délégué auprès du ministère des Finances, celui-ci s’est attelé à lancer les services de e-paiement en Algérie. Un lancement qui a mis fin à d’interminables atermoiements et reports et qui ont duré près de deux années. Il vise ainsi de moderniser quelques peu les moyens de paiement. C’est aussi le gage d’une promesse, celle du passage au m-paiement susceptible de provoquer une évolution nette dans le comportement des consommateurs qui, grâce aux facilités offertes par ces moyens de paiement, seraient susceptible de se détacher du cash. Une question qui revêt une certaine importance, lorsqu’on sait que l’archaïsme du système financier algérien et des moyens de paiement font obstacle à la promotion des entreprises innovantes et des startups, ainsi qu’au développement d’un modèle économique qui leur soit propre, celles-ci évoluant, pour le moment et le plus souvent, dans le cadre du système D. Cependant, et malgré les efforts entrepris en la matière, le lancement du e-paiement en Algérie se limite aux grands facturiers à l’image de la Seeal (services des eaux), d’Air Algérie (transport aérien), de la Sonlegaz (électricité et gaz) ainsi que des opérateurs de téléphonie (Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo). Le développement de l’e-paiement à grande échelle se heurte à un obstacle de taille, celui de la réglementation. En effet, et même si le projet de loi relatif à la signature électronique a permis de faire une percée en la matière, la forme actuelle du code de commerce et qui ne prévoit pas de règlements spécifiques aux transactions électroniques, et aux litiges qui en découlent, empêche pour l’heure, une avancée réelle du e-paiement et par ricochet de l’économie numérique. Une question sur laquelle deux département ministériels, ceux des TIC et du Commerce, se penchent actuellement dans la perspective d’un amendement.   DES FINANCEMENTS POUR LES STARTUPS   Il n’en demeure pas moins que le développement des startups doit composer avec un environnement peut propice aux PME, notamment en matière d’accès aux financements. Ainsi et si la problématique du crédit est souvent handicapante pour l’entreprise algérienne en général, celle-ci prend une toute autre dimension lorsqu’il s’agit de startups et d’entreprises innovantes.Abdellah Mallek fondateur et manger de la startup Talfact nous expliquait, il y’a quelques mois que le système bancaire algérien « n’a pas de perception de la valeur intrinsèque des entreprises à valeur intellectuelle. Les banques financent des investissements et l’achat de matériel, tandis qu’une startup innovante n’a pas besoin de matériel, mais de financer la production intellectuelle, donc de payer des salaires et financer un budget d’exploitation. » Pour remédier à la problématique, les pouvoirs publics ont décidé de créer, dans le cadre de la nouvelle loi sur les PME, un Fonds d’amorçage pour encourager la création de start-up innovantes. Les ressources de ce Fonds, seront d’ailleurs, destinées à financer les frais préalables devant permettre la conception du produit prototype. Ils permettront de palier le handicap du défaut de financement de la phase pré-créaction de l’entreprise qui n’est pas pris en charge par le capital investissement. Les autorités pensent également à créer des débouchées en terme de marché pour ces entreprises. Si la conception même de la nouvelle ville de Sidi Abdellah offre de nombreuses opportunités en la matière, les services de la wilaya d’Alger ont récemment décidé d’octroyer pas moins de 20% de la commande publique à des startups et ce, pour soutenir les entreprises créées par les jeunes. Reste à en découdre avec les problématiques liées à l’innovation et à la recherche. Le potentiel est là. Encore faut-Il que les startups made en Algeria dépassent le cap de l’engineering en adaptant des solutions au contexte algérien, et fasse enfin de l’innovation leur cheval de bataille. Le marché est immense, ses besoins sont innombrables, et ceux sont tout autant d’opportunités pour les entreprises innovantes. S.G.

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