Divinité Algérienne.

Par Brahim CHAHED.                 « A chaque fois qu’on m’a dit non, j’ai dit oui. On m’a dit que je n’avais pas un corps d’athlète, je suis devenu Mister Univers. On m’a dit que, pour le cinéma, je n’avais pas le talent, je suis devenu l’acteur le mieux payé du box-office. On m’a dit que ça n’allait pas se faire, la politique c’est dur, je suis devenu gouverneur de l’État de Californie  ». Arnold Schwarzenegger (Emigrant, Mister univers 5titres, Monsieur Olympia 7titres, Acteur, Gouverneur, fondateur R20….Ce n’est pas fini).   J’ai toujours cru, à tort apparemment, qu’il fallait être un politicien connu, un écrivain reconnu, un sportif de renom ou un homme célèbre pour susciter l’intérêt du public et représenter le héros idéal. De nos jours, loin des héros et des héroïnes de la mythologie grecque, des dieux et des déesses de la mythologie romaine et des divinités nordiques, les États-Unis d’Amériques semblent être la plus grande fabrique des héros anonymes. Note d’intérêt : Les héros, très majoritairement masculins, ont toujours nourris tant de curiosité et fait rêver, indifféremment, les petits comme les grands, les riches comme les pauvres, les masses comme les élites, mais aussi les femmes comme les hommes. Héroïnes, des femmes d’un grand courage, des êtres ordinaires aux destins et aux actions exceptionnelles, des exemples de force de l’âme et de grandeur du dessin. Dans une banale fête de mariage (abus de langage impardonnable, une fête de mariage n’est jamais banale), me vint l’idée de raconter l’histoire de la mariée. Elle m’a fait rappeler les trois Nornes, de la mythologie nordique, gardiennes des destinées. Il y a,  d’abord, Urd : Ce qui est arrivé. Destin accompli, passé. Il y a, ensuite, Verdandi : Ce qui est en train de se passer. Destin présent. Il y a, enfin, Skuld : Ce qui est à venir. Destin à venir, futur. Selon les croyances nordiques, les Nornes veillent à ce que le destin de leurs mondes se déroule correctement et puisent de l’eau dans la fontaine pour arroser les racines de l’arbre, afin qu’il reste toujours en bonne santé. Notrehéroïne le temps d’une chronique se prénomme Nesrine, son histoire est bouleversante, c’est une leçon de vie et un message d’espoir. Elle incarne à la fois Urd, Verdandi et Skuld.  En 2007, à 18 ans elle décroche son baccalauréat. Pour partager sa joie de ce succès mérité, elle organise une petite fête avec quelques-unes de ses amies. Ironie du sort ou scenario hollywoodien, elle se réveille, le lendemain de cette fête, malentendante. Ce n’était, malheureusement et contrairement aux affirmations de tout son monde, pas temporaire. Cela a bien duré 10 années, 10 longues et harassantes années. Une jeune fille pleine d’espoir, se prenant pour la reine du monde, s’est vue stopper nette et renvoyée au fin fond des ténèbres. Comment étudier ? Comment communiquer ? Comment affronter le regard des autres ? Comment vivre tout simplement ? Impossible. Après le déni, il y eut la colère. Après la colère, il y eut le marchandage. Après le marchandage, il y eut la dépression. Après la dépression il y eut encore et toujours la dépression, puis d’abord l’acceptation et enfin l’action. Impossible ou pas facile ? C’est vrai se disait-elle, ce n’est pas facile mais pas impossible. Difficulté supplémentaire, l’humain n’est pas doté naturellement de compassion ou d’empathie, ces sentiments honorables ne sont jamais innés, il lui faut faire un effort, les apprendre, les comprendre et les vivres pour les partager, le moment venu. Certaines personnes, dotées de ces précieux  sentiments choisissent d’être là, quoi qu’il arrive. Ils décident de rester aux côtés de ceux qui souffrent parce qu’ils les aiment ou qu’ils ont réussi à comprendre, mais d’autres désertent, ne donnent plus signes de vie, se font petits puis disparaissent. Ils oublient vite, très vite. Quand on est dans ces cas, on se compte et malheureusement notre camps se rétrécie à vue d’œil. Elle peut compter sur sa volonté, sa détermination, son courage et sa patience mais aussi et surtout sur sa famille et ses proches. Ils ont tous été là, tout le temps. Ils ont été son réconfort et son inspiration.  Ils lui ont consacré du temps et offert leur argent. Tous ont contribué sans jamais fléchir ni perdre espoir. Elle a consulté d’imminents professeurs dans le Pays. Elle a été deux fois à Dubaï, une fois à Paris pour des soins, mais ce n’est pas ça qui l‘a guérie. En 2012, elle prend conscience qu’elle n’avait pas à attendre la guérison pour vivre. Elle devait continuer à vivre. Elle a brillamment appris à lire sur les lèvres pour communiquer et a décidé de reprendre ses études. En 2014 elle décrocha sa licence et en 2016 son mastère en finances. Elle a décidé en outre de ne plus compter sur l’attente ; elle s’est fait apposer un implant et elle entend de nouveau. Nous devons considérer la vie sur la base de ce que nous avons, c’est déjà très précieux, non pas sur la base de ce qui nous manque, rien ne nous est indispensable. Elle travaille désormais dans une Banque et le mariage dont je vous ai parlé était le sien. C’est une revenante, c’est une battante, c’est Nesrine. Elle n’a jamais abandonné même si parfois le doute l’envahissait. Elle n’a jamais baissé les bras même si des fois la fatigue la submergeait. Elle n’a jamais perdu espoir même si des fois la réalité la décourageait, pour elle, c’est la lutte qui donne du sens, la victoire n’est qu’accessoire. Que les autres me parlent de Stephen Hawking, de John Nash, d’Hélène Keller, d’Olesya Vladykino, qu’on me rappelle les histoires d’Albert Einstein et d’Edwin Van Beethoven, qu’on me sorte la vie de Suzanne Lavaud, de Marlee Matlin, moi j’invoque la vie magique de Nesrine. Elle vous dira, elle reprendra en boucle, sans le mot, « Notre plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de nous relever à chaque fois que nous tombons ». C’est une Algérienne et elle est, aujourd’hui, notre Héroïne.

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