Électroménager : halte à l’arnaque !

Lina Djoudi   Sur la panoplie d’appareils électroménagers commercialisés sur le marché, le choix des consommateurs se fait généralement en fonction du rapport qualité-prix. Cela risque-t-il de changer en 2017. Les pouvoirs publics décident d’introduire dès 2017, une nouvelle taxe sur l’efficacité énergétique, laquelle ira crescendo selon la classification des équipements électroménagers. Pour l’heure, rares sont les consommateurs qui se préoccupent de cela. Pourtant, la question est cruciale si l’on sait que c’est de cette classification que devrait dépendre la taxation et pas seulement. L’impact de la consommation d’un appareil électroménager, selon qu’il soit énergivore ou pas, sur la facture d’électricité devra à terme se hisser en tête des préoccupations des ménages, dans un contexte où le pouvoir d’achat s’érode chaque jour un peu plus. Malheureusement et en l’absence de normes en la matière et de contrôle du marché de l’électroménager, cette classification se fait, apparemment, de manière aléatoire, et semble dépendre des désiratas des importateurs et des fabricants. Pour preuve, nous avons constaté de visu que des appareils à forte consommation en énergie sont classés dans la catégorie A, considérée comme la plus économe. Quid des petites ficelles des vendeurs de réfrigérateurs…   NOUVELLES TAXES   Le front social est en ébullition. Les mauvaises nouvelles se suivent et mettent à mal les budgets des ménages. Dans ce contexte, une nouvelle hausse des prix de l’électricité est écartée. Le Gouvernement semble toutefois avoir trouvé l’alternative devant lui permettre d’engranger des ressources fiscales, tout en tentant d’agir sur la croissance de la demande en électricité et la limiter. Il a, ainsi, décidé de soumettre tous les produits fonctionnant à l’électricité à une taxe d’efficacité énergétique (TEE). L’objectif escompté est de faire augmenter les prix des produits énergivores pour orienter le choix des consommateurs vers les produits économes en énergie. La finalité étant de faire baisser la consommation électrique des ménages laquelle ne cesse de croître. Le projet de loi de finances pour 2017 a fixé un barème progressif pour cette taxe : 5% pour les produits de la classe «A» (faible consommation énergétique), 30% pour la classe «B», 35% pour la classe «C», 40% pour la classe «D», 45% pour la classe «E», 50% pour la classe «F» et 60% pour la classe «G» (très forte consommation énergétique). Le taux de la TEE est ainsi fixée selon une classification préétablie par….les fabricants et les importateurs eux-mêmes ! selon des critères, quand même, définis par l’APRUE. Nous avons tenté d’en savoir plus sur le respect de ces critères préétablis, en faisant un petit tour à travers quelques points de ventes d’appareils électriques et équipements électroménager. Notre objectif, comprendre quels sont les produits énergivores et ceux économes en énergie et quelle est l’attitude des consommateurs vis-à vis de chaque catégorie. Le constat est d’ailleurs affligeant et reflète le peu d’importance que revêt la question aux yeux, non seulement des consommateurs, mais aussi des commerciaux chargés par les fabricants et les importateurs d’écouler leurs stocks. Nous avons posé la question de savoir si les appareils qu’il vendait étaient énergivores ou pas à l’un des représentants d’un magasin multimarques. « Je ne sais pas ! », se précipitera-t-il de dire, avant de se rattraper et de préciser que « seuls les réfrigérateurs sont accompagnés d’une étiquette précisant leur classe énergétique ».   HARO SUR LES RÉFRIGÉRATEURS   En effet, sur tous les réfrigérateurs exposés, il y avait l’étiquette conçue par l’APRUE pour définir la consommation électrique des appareils avec la couleur verte pour la classe A, et ses trois dégradés (A, A++ et A+++ pour les appareils très économes d’énergie), la couleur vert pistache pour la classe « B » et la consommation basse, l’orange clair pour la « C » et la consommation assez élevée, l’orange pour la « D », soit la consommation élevée et enfin l’orange foncé pour les appareils assez énergivores, classés E. Un constat est alors vite fait : tous les réfrigérateurs, qui étaient exposés et qui étaient, pourtant, de différentes marques, étaient classés A. Notre stupéfaction est d’autant plus grande, que nous savons pertinemment que les réfrigérateurs sont considérés comme les plus énergivores parmi les équipements de base d’un ménage. « Ce n’est pas important ! Les clients ne cherchent jamais après cette classification, ce qui les intéressent c’est surtout les prix », dira le vendeur. Nous avons alors décidé de voir ce qui se passe dans les grands centres commerciaux d’Alger, réputés temples du modernisme et du consumérisme. Nous avons choisi l’enseigne Ardis, dont les rayons sont parés de dizaines d’appareils électriques et électroménagers de différentes marques de sorte à avoir une plus large palette de choix. Cela n’a rien changé pour autant. Le constat est le même : l’étiquetage est affiché uniquement pour les réfrigérateurs et les lampes à part de rares exceptions, alors que pour les climatiseurs, pourtant impliqués dans la réglementation relative à cet étiquetage, la mention de la classe énergétique ne figure pas. La représentante de la marque Condor, qui ignorait complètement l’existence d’une réglementation relative à l’efficacité énergétique, confie, à son tour, que les acheteurs ne cherchent pas vraiment après cette classification. « Ce qui intéressent les gens ce sont les prix et le design surtout. En ce qui concerne notre marque, la hausse des prix est généralement bien tolérée par le grand public », se vante-t-elle en montrant un réfrigérateur dont le prix a augmenté d’un million de centime en une année « sans que cela n’influe sur ses ventes ». C’est, d’ailleurs, dans ce contexte que nous avons interpellé la Direction de Condor, entreprise qui se dit pourtant très impliquée dans le renouvelable et l’efficacité énergétique, sur la question de TEE et de l’impact que cela aura sur le marché et les consommateurs. Ni le Directeur marketing et encore moins le P-DG du groupe n’ont jugé utile de répondre à nos question. Une réaction, somme toute similaire à ses congénères sur le marché, à l’image d’Iris Sat.   TRICHE-T-ON AVEC NOUS?   Une chose est sûre pourtant, l’application de la TEE risque d’avoir un impact marginal sur la production de ces groupes. A Ardis, nous avons aussi constaté de visu que la quasi-totalité des réfrigérateurs exposés portaient l’étiquette classe A, ce qui implique que ces appareils risquent de subir une TEE de 5% seulement dès 2017. Une question se pose alors quant à la bonne foi des fabricants et des importateurs. Anticipent-ils sur la prochaine application de la TEE ? Profitent-ils d’un vide réglementaire en la matière pour affilier leurs produits à la classe énergétique qui leur convient ! La consommation électrique de ces appareils varie de 166 kWh/an pour les A+ à 554,8 kWh/an pour les A. Mieux encore, un réfrigérateur Beko qui consomme 349kwh/an est classé A+ (très économique) alors qu’un Starlight qui consomme 219 kWh/an est classé A (économique en énergie). « Je ne sais pas ce que cela veut dire (A, A+, Ndlr), mais, à ma connaissance le réfrigérateur consomme beaucoup d’électricité », dira un visiteur du centre commercial. Celui-ci a, d’ailleurs, été interrompu par un commercial qui fait mine de le corriger en affirmant que « le réfrigérateur ne consomme pas 24heures/24h, il possède un thermostat qui régule sa consommation énergétique, plus il est sollicité, plus il en consomme ». Tout le monde sait que cela ne change rien à la consommation d’un réfrigérateur et son impact sur votre facture. Semer le trouble dans l’esprit des gens et mentir par omission, tel est la tactique idoine pour vous convaincre. Qu’à cela ne tienne, pour l’heure les consommateurs semblent plus préoccupés par les prix de leurs équipements à l’avenir que par leur future facture. « Les prix sont déjà élevés, je ne sais pas comment fera mon fils qui se mariera l’année prochaine pour équiper sa maison ! », s’indigne une vielle dame en réponse à une question sur son avis quant à l’instauration de la TEE. « Il sera obligé d’acheter par facilités », prédit-elle.   LES MACHINES À LAVER AUSSI   Soyons justes et disons-le, la problématique ne concerne pas que les réfrigérateurs, qui risquent de devenir les bouc-émissaires d’une facture salée, aux côtés des climatiseurs. Les congélateurs, dont la consommation électrique tourne en moyenne autour de 380 kWh/an, sont généralement classés C ou D, ce qui les soumettra en 2017 à des TEE respectivement de 35% et 40%. Certaines machines à laver, qui sont des appareils électriques connus pour être énergivores, sont également déclarées dans la classe A : Une machine à laver Condor d’une capacité de 8KG et qui consomme 196kwh/an est classée A+++ (très très économes en énergie). Mais qu’à cela ne tienne, celles-ci seront taxées à 45 % quelle que soit leur classification. Un peu plus loin, sur les étals où sont vendues les ampoules, la classification énergétique est plus visible. Toutes les ampoules contiennent l’étiquetage énergétique exigé par la réglementation. Plus l’ampoule est économe en énergie, plus son prix augmente. Une ampoule Philips de 60 watts par exemple, cédée à 50 Dinars, est classée E (assez énergivore), une ampoule économique qui consomme 23 watts par heure de la même marque (soit deux fois moins qu’une lampe ordinaire) et qui coûte 430 DA, est classée B « assez économe en énergie » alors qu’une lampe LED de 7 watts, et classée A, est cédée à 470 DA.   VERS UN ÉVEIL DES CONSCIENCES…   En 2017, la lampe E coûtera environ 50% de plus du fait de l’application d’une TEE de 45% en plus de la TVA, soit 90 DA. Le prix de la lampe classée B augmentera de plus de 30%, soit plus de 570 DA, pendant que celui de la lampe LED augmentera de plus de 5%, soit plus de 493 DA. La TEE n’y changera rien l’ampoule à incandescence classique coûtera six fois moins cher que l’ampoule économique et l’ampoule LED. Il semble pourtant plus rationnel et malin de s’orienter désormais vers le LED à condition d’être équipés pour la circonstance ! « Que voulez-vous qu’on face, on est obligé d’acheter des lampes quel que soit leur prix. Moi, j’achète uniquement les lampes LED car elles sont économiques, je les utilise depuis deux ans, et depuis, j’arrive à économiser 1.000 à 2.000 DA sur ma facture d’électricité », témoigne un consommateur. Ira-t-on au final vers un changement radical des comportements des consommateurs. L’aggravation de la crise et la fragilisation du pouvoir d’achat des ménages se traduiront-t-elles par un éveil des consciences ? A partir de janvier 2017, les nouvelles taxes se traduiront par de nouveaux prix des électroménagers, des prix dont l’objectif est d’orienter leur choix vers des équipements moins énergivores. Il ne reste plus à espérer que des dispositions sérieuses soient prises en amont de la chaîne. L.D.

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