Emmanuel Macron à Alger : la mémoire, l’économie et le Sahel

Entre le candidat Emmanuel Macron, qui qualifiait la colonisation française de «crime contre l'humanité» et l’actuel président de la République française qui refuse de présenter son mea culpa au peuple algérien, « le poids du passé » subsiste et sépare. C’est un lourd contentieux non apuré qui continuera à empoisonner la relation Algéro-française. Ce passé douloureux qui pèse de tout le poids des 132 ans de colonisation, semble bien rattraper le nouveau locataire du Palais de l’Élysée qui, dans un moment « d’ivresse » de campagne reconnaissait, en février 2017, lors de son premier voyage à Alger, appartenir « (…) à une génération qui n'a pas connu la Guerre d'Algérie mais (...) qui ne peut pas vivre sans. » Car disait-il, « cela fait partie de notre viatique ». Et comme pour tourner cette page et en guise de gage de bonne volonté, le chef de l’État français n’hésitera pas à se démarquer de ses prédécesseurs en lançant à partir de Ouagadougou son «Je suis comme vous d’une génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé.» Celui qui ambitionne désormais d’être « le président » de l’Afrique promet « des partenariats d’avenir » en donnant « encore plus de densité » à cette dernière association entre la France et l'Algérie, pays ou Emmanuel Macron est attendu. Or cela risque fort de froisser le partenaire Algérien, attaché à la reconnaissance de la France de ses crimes de guerre au point d’en faire une condition sine quo non à toute évolution du développement des relations bilatérales. Il faut dire qu’en plus d’une relation passionnelle, entre les deux pays du chemin reste à faire, notamment en terme d’échanges économiques, de libre circulation des personnes et surtout d’histoire commune. 1,7 million d’Algériens vivent en France parfois dans des conditions difficiles et aucun investissement algérien, hormis la petite percée du groupe Cevital, n’est remarqué dans l’Hexagone contre 21.212 français et 450 entreprises françaises présents sur le sol Algérien offrant quelque 40 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects, selon les chiffres de l’Ambassade de France en Algérie. Ce qui permet à la France d’avoir un rôle particulier dans notre pays et d’être le premier investisseur hors hydrocarbures dans notre pays avec 1,8 MDS € de stock d’investissements directs à l’étranger (IDE), le deuxième fournisseur de l’Algérie avec plus de 5 MDS € d’exportations en 2016 et troisième client de l’Algérie avec à peine près de 3 MDS € d’importations durant la même année. Mais au delà de ces considérations d’ordre historique et économique, ce sont de nouveaux objectifs tracés par les Français qui seront à l’agenda d’Emmanuel Macron lors de ce voyage en cette veille d’élection présidentielle algérienne aux enjeux hautement significatifs pour la France qui lutte à conserver sa place privilégiée que menace l’intérêt tout particulier que portent les Américains à l’Algérie. Ce qui pousse entre autres raisons, le président français à redoubler d’effort en ce sens. Bien qu’annonçant les temps de la Françafrique révolus, Macron risque d’être soumis à son premier test de président « pas comme les autres » avec l’hypothétique et gênante question d’un cinquième mandat que briguerait Abdelaziz Bouteflika à troquer contre la participation militaire de l’Algérie dans la région et prendre part à l’initiative du G5 Sahel que la France compte doter d’une force militaire de 10 000 hommes que constitue le Tchad, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et la Mauritanie et d’un financement à hauteur de 400 millions d’euros, opération à laquelle s’oppose les USA, le Royaume-Uni et l’Algérie. Alger reste toutefois fidèle à son principe de non-ingérence étrangère et semble ne pas valider la démarche française. D’ailleurs Ahmed Ouyahia était clair à ce propos en déclarant en marge du 5e sommet Union africaine-Union européenne qui s’est tenue dans la capitale ivoirienne que « sur sept ou huit ans, l’Algérie a dépensé plus de 100 millions de dollars d’aide à cinq pays (Tchad, Mali, Niger, Mauritanie, Libye) de la sous-région du Sahel pour former une dizaine de compagnies de forces spéciales et leur donner d’énormes équipements. Devant ce « Niet » catégorique, le président français ira-t-il jusqu’à s’impliquer en s’immisçant, au nom de l’intérêt de la république de Marianne, dans des affaires internes et relevant de la souveraineté algérienne ou se montrera-t-il ferme en affichant la neutralité de l’ancien colonisateur qui veut vraiment changer et signifiant par là la fin de la main mise de la France. Les termes des négociations prendraient alors un sacré coup !

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