Épargne des ménages : Est-il rentable de placer son argent à la bourse ?

  Lina Djoudi   Près de vingt ans après sa création, la Bourse d’Alger n’a réussi à attirer que très peu d’entreprises : le marché actions ne compte aujourd’hui que quatre titres, en attendant l’introduction d’un cinquième au cours de ce mois. Mais, est-il rentable pour un particulier de placer son argent dans des titres boursiers?   CAP SUR LA BOURSE D’ALGER Dans l’attente de voir le groupe pharmaceutique privé Biopharm à la Bourse d’Alger, quatre actions sont déjà cotées à savoir celles de la Chaine EGH El Aurassi (Hôtellerie), du groupe Saidal (pharmaceutique), d’Alliance Assurances et de NCA Rouïba (agro-alimentaire). Estimée à 15,43 milliards de DA en 2015, la capitalisation de cette Bourse est répartie comme suit : 41,48% détenus par Saidal (2 millions d’actions), 20,32% par Alliance Assurances (1.804.511 actions), 19,54% par NCA Rouiba (2.122.988 actions) et 18,67% par l’Aurassi (1,2 millions d’actions). Selon le dernier rapport annuel de la COSOB (Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse.), la Société de gestion des bourses des valeurs (SGBV), ou tout simplement la Bourse d’Alger, a enregistré 2,2 millions de transactions en 2015, totalisant 1,25 milliards de DA, soit une forte hausse par rapport à 2014. Sauf que cette évolution a été réalisée suite à une transaction de bloc qui a permis à Eurl Khelifati Investment Corporation d’acquérir 35, 73% du capital d’Alliance assurances, une transaction qui représente 96% du volume transigé en 2015 ! Plus de 95% des transactions ont été, en outre, réalisées au niveau de la banque privée BNP Parisbas El Djazaïr en tant qu’intermédiaire en opérations de Bourse (IOB). Les huit autres IOB agréés n’ont réalisé que des parts minimes de transactions. Quant au marché obligataire de la Bourse, il n’a enregistré aucune introduction depuis l’arrivé à terme, début 2015, de l’emprunt obligataire de l’entreprise DAHLI.   QUELLE RENTABILITÉ DES TITRES COTÉS ? Pour 2015, le rapport de la COSOB constate « une amélioration dans les montants des dividendes versés comparativement à 2014 ». Pour ces dividendes distribués en 2015 au titre de la répartition des bénéfices réalisés en 2014 par les quatre entreprises cotées, le Groupe Saidal demeure en tête avec 40 DA pour chaque action détenue, suivi d’Alliance Assurances (35 DA pour chaque action détenue), El Aurassi (30 DA/action) et NCA Rouiba (12 DA/action). Plus on détient d’actions, plus le gain est important : pour un actionnaire détenant 10 actions de Saidal par exemple, le rendement pour 2015 serait de 400 DA seulement, pour un autre qui en détient 1.000 actions le gain serait de 40.000DA… Mais contrairement aux obligations, qui offrent un taux d’intérêt annuel fixe ou à coupons progressifs, le rendement des actions n’est pas connu d’avance, même si les résultats financiers de l’entreprise et ses perspectives de croissance permettent aux actionnaires de tabler sur un certain seuil de rendement. C’est justement ce niveau d’incertitude qui fait que les titres boursiers sont considérés « halal » (licites) du point de vue de la Charia.   LES IOB, DES INTERMÉDIAIRES… EN ATTENDANT L’INTERMÉDIATION ! Il faut d’abord savoir qu’un IOB est, selon la législation, est une personne morale spécialisée dans le commerce des valeurs mobilières. Pour cela, il doit avoir l’agrément de la COSOB, soit pour un IOB « d’activité limitée » qui offre seulement un service d’exécution des ordres pour sa clientèle, soit pour un IOB de « pleine activité » qui doit aussi conseiller les investisseurs et offrir des services de gestion de portefeuille ou de placement. Aujourd’hui, neuf IOB seulement sont agréés : les six banques publiques du pays, deux banques à capitaux privés (BNP Parisbas El Djazaïr et Société générale) en plus du cabinet Conseil privé Tell Markets SPA qui a été agréé en 2015. « Il y a trop peu de produits sur le marché boursier pour que la bourse d’Alger soit réellement dynamique. Mais, il y a aussi les agences bancaires qui ne jouent pas le jeu en matière de conseil des clients pour des placements boursiers », analyse l’économiste Chérif Belmihoub. Selon lui, pour que les gens commencent à s’intéresser à la Bourse, il faut que les banques se mettent à communiquer sur les produits boursiers et à proposer des placements pour les clients ayant des dépôts bancaires importants. Mais, il faut d’abord que ces intermédiaires en opérations de bourse soient formés pour cela, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, soutient-il. Et en attendant une déburaucratisataion de la mission de ces IOB, les placements classiques dans des valeurs refuges comme l’immobilier, la devise ou l’or, continuent à faire de l’ombre à la Bourse d’Alger.   DES TITRES QUI PERDENT EN VALEUR L’incertitude sur le taux de rentabilité de l’action est encore plus importante lorsqu’on sait que l’entreprise cotée peut décider de ne pas distribuer de dividendes pour une année déterminée et de réinvestir, en revanche, les bénéfices réalisés. Pour calculer la rentabilité de ces titres, il suffit de diviser le bénéfice par action par le cours du titre au moment de distribution des dividendes. Ainsi, les taux du rendement réel de ces actions (qui est l’inverse du PER « Price earning ratio »), et qui n’est pas rendu public par la Bourse, ont varié, selon le titre, dans une fourchette allant de 3 à 6,75%, selon des calculs effectués par CAP Algérie, et ce sur la base du ratio entre les dividendes et les cours annuels des actions. Ces taux sont donc nettement supérieurs aux taux d’intérêt bancaires qui ne dépassent pas les 2%. Certains observateurs prennent comme base de calcul le ratio entre les dividendes et le cours d’introduction de l’action. Une base de calcul qui induit des taux de rendements inférieurs variant entre 3 et 4,8 %, soit en dessous du taux de rémunération de l’emprunt obligataire national à 5 %. Cependant, et en raison de la faible dynamique des transactions boursières, c’est-à-dire la vente et l’achat des titres sur le marché secondaire, tous les titres cotés ont perdu de valeur par rapport à leurs cours d’introduction. Selon le même rapport de la Cosob, Saidal qui a intégré la Bourse en 1999 avec un cours de 800DA/action a vu ses actions osciller entre 555 DA et 665 DA en 2015, l’Aurassi, introduit en 2000 avec une action à 400 DA, a vu les siennes chuter à 540-625 DA, Alliance, a vu son action baisser de 830 DA à la date de son introduction en 2011 à 410-480DA alors que l’action NCA Rouiba a reculé de 400 DA en 2013 à 355-380 DA en 2015. « C’est tout à fait normal que les cours des titres baissent car il y a plus de vendeurs de titres que d’acheteurs… s’il y avait plus de titres et plus de transactions, le marché serait plus liquide et les cours des titres augmenteraient », analyse un expert boursier. La faible liquidité des titres cotés constitue donc un obstacle face au développement de la Bourse: un détenteur de titres qui veut vendre ses actions peut rencontrer des difficultés pour trouver des acheteurs et c’est cela qui fait que les cours restent figés ou baissent et que les gens ne s’y engagent pas par craintes de voir leurs placements immobilisés, commente un autre expert. Selon des économistes interviewés par CAP Algérie une grande part de responsabilité de cette léthargie des transactions boursière incombe aux IOB (Intermédiaire des opérations en Bourse). L.D.

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