FINANCEMENT DES CLUBS DE FOOTBALL : LE TEMPS DES VACHES MAIGRES

Walid Bouamama   L’aide financière et matérielle des pouvoirs publics au profit des clubs sportifs professionnels est subordonnée, selon la nouvelle loi sur le sport, à une souscription à un cahier des charges et à la conclusion d’une convention définissant la mise en œuvre de cette aide tel que prévu par la législation. Les modalités de l’octroi de l’aide et de la contribution de l’État et des collectivités locales au club sportif professionnel sont fixées par le décret exécutif 14-368 du 15 décembre 2014. Le club bénéficiaire doit, en effet, remplir toutes les conditions définies dans le cahier des charges avant de conclure une convention, en bonne et due forme, avec le représentant de l’État ou de la collectivité locale dont il relève, définissant clairement leurs besoins et leur mode de réception. Parmi les conditions imposées par le cahier des charges, figure l’obligation des clubs professionnels de se soumettre à toute opération de contrôle effectuée par le ministère de la Jeunesse et des Sports, la Fédération dont ils relèvent ou les différentes autorités habilitées à cet effet. Les clubs professionnels doivent être légalement affiliés à la Fédération nationale concernée, ainsi qu’à la Ligue professionnelle, en se conformant à tous les règlements en vigueur, ainsi qu’aux normes d’homologation sécuritaires et techniques des infrastructures sportives. Il est primordial, également, pour les clubs professionnels de souscrire à une police d’assurance et surtout de justifier les dépenses antérieures à travers la présentation d’un bilan détaillé, et approuvé par le Conseil d’administration, l’assemblée générale ou le directoire de la société. En contrepartie de remplir les conditions suscitées, les clubs professionnels peuvent accéder à une nouvelle aide de l’État en totalité, ou en tranches, en ce qui concerne les subventions, après présentation d’un formulaire de demande d’aide, ainsi qu’un programme d’activité pour la saison retenue et les objectifs à concrétiser. Dans ce cas, l’aide de l’État peut s’étendre à des contributions matérielles, en sus des subventions, notamment, en mettant à la disposition des clubs professionnels des installations sportives, des moyens de transport et des fournitures médicales. Le club doit, en outre, participer à un championnat professionnel, et doit par ailleurs, accorder aux clubs sportifs amateurs des créneaux horaires d’utilisation gratuite des infrastructures et installations sportives. La loi stipule, toutefois, que l’inobservation du club professionnel des dispositions exigées peut entraîner la suspension ou carrément le retrait des aides et des contributions.   FINI LE SOUTIEN FINANCIER DE L’ÉTAT   A partir de l’année 2018, l’État ne soutiendra plus les clubs de football et chacun sera dans l’obligation de se procurer ses propres financements. D’ailleurs, le ministre de la Jeunesse et des Sports n’a eu de cesse de le répéter : « A partir de 2018, chaque club professionnel de football doit voler de ses propres ailes, car le soutien de l’État ne sera pas éternel ». Chaque club est appelé, donc, à fonctionner selon ses moyens et ressources. « L’État continuera à accompagner le football professionnel, mais pas pour longtemps » avait martelé le premier responsable du secteur. Le ministre a précisé que tous les acteurs de la discipline doivent comprendre les dispositions du décret 14-368 du 15 décembre 2014 fixant les conditions et les modalités de l’octroi de l’aide et de la contribution de l’État et des collectivités locales au club sportif professionnel. Cette loi a consacré le soutien financier étatique à travers un compte d’affectation spécial, mais les clubs doivent renforcer leurs capacités managériales et s’inscrire dans une logique d’autofinancement, vu qu’ils sont des sociétés commerciales. Dans cette perspective, les clubs sont appelés à chercher de nouveaux sponsors, investisseurs et partenaires économiques pour garantir leur équilibre budgétaire, seul garant de la pérennité des sociétés. Les clubs sont devenus des sociétés sportives commerciales, donc régies par le code du commerce et, par conséquent, ils doivent se conformer à la législation fiscale et celle du travail.   LES RESPONSABLES DE CLUBS TIRENT LA SONNETTE D’ALARME Dans une conjoncture économique marquée par un recul drastique des recettes de l’État et une politique d’austérité très rigoureuse, les clubs de football commencent à ressentir lourdement les conséquences de la nouvelle politique prônée par les pouvoirs publics dans tous les domaines et secteurs. Le football professionnel lancé en 2010 en Algérie risque d’être confronté à davantage d’obstacles, si des mesures concrètes et urgentes ne sont pas prises dans le sens de la rentabilisation des sociétés sportives par actions. Selon des responsables de clubs des Ligues professionnelles 1 et 2, l’absence de canaux d’échange d’informations entre les différents acteurs du football risque d’avoir des répercussions néfastes sur l’avenir du sport roi en Algérie. Pour ces mêmes interlocuteurs, il est nécessaire d’assainir la situation financière et fiscale des sociétés sportives par actions pour aller ensuite vers la rentabilisation des entreprises. Sans cela, le projet du professionnalisme subira un cuisant échec. A ce propos, le président de l’ASO Chlef, Abdelkrim Medouar pense que l’apport d’une association des clubs, agissant dans un esprit de solidarité, est judicieux pour donner un nouveau souffle à l’élite footballistique nationale et faire face au « double langage » utilisé par les instances qui gèrent ce projet, lequel « tarde à trouver son rythme de croisière ». Pour lui, le professionnalisme en Algérie est parti du « mauvais pied » car les sociétés sportives par actions ne peuvent pas être traitées comme une entreprise purement économique. Mais en revanche, elles doivent bénéficier de mesures d’exonération fiscale limitées dans le temps, pour se construire.   LE CRB OU L’ÉCHEC D’UNE POLITIQUE   L’exemple du Club Chabab de Belouizdad (CRB) est édifiant à plus d’un titre et traduit, on ne peut mieux, l’échec du sponsoring au sein du championnat professionnel en Algérie. En effet, le Conseil d’administration du CRB a décidé de l’ouverture du capital de la société sportive par actions (SPA) du club aux éventuels investisseurs. Au cours de cette réunion, qui a connu la défection du président du club sportif amateur (CSA), Mokhtar Kalem, principal actionnaire de la SPA, les membres du Conseil d’administration étaient unanimes à recourir à l’ouverture du capital au vu de la situation financière très difficile dans laquelle se débat le vieux club de « Laâkiba ». Le CRB n’est pas le premier club professionnel à avoir opté pour une telle mesure, mais force est de constater que l’opération a échoué dans la majorité des autres équipes, toujours confrontées à une crise financière aiguë depuis le passage du football algérien au professionnalisme en 2010. Seule l’USM Alger s’est adjugée un repreneur privé de taille, en l’occurrence le groupe ETRHB de l’homme d’affaires Ali Haddad, tandis que le MC Alger, le CS Constantine et la JS Saoura, ont été repris par Sonatrach, pour le premier, et deux des filiales de cette entreprise, pour les deux autres.
  1. B.

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