FOOTBALL PROFESSIONNEL : OÙ VA L’ARGENT DU SPONSORING ?

Walid Bouaâmama   Depuis le lancement du professionnalisme dans le monde du football en Algérie en 2010, le sponsoring sportif a connu un boom avec l’objectif de se mettre au diapason des nouvelles mutations que connait le sport roi. Aujourd’hui, et six ans après cette expérience, tout le monde s’accorde à dire que le sponsoring sportif n’est que le miroir aux alouettes. En effet, les transactions conclues entre la Fédération algérienne de football (FAF) et ses différents partenaires sont entourées de la discrétion la plus totale. Pourtant la Fédération ne manque de sponsors parmi lesquels on peut compter des groupe comme Adidas, Coca Cola, Peugeot, Amor Benamor, mais aussi et surtout Mobilis associé depuis août 2014 à la Ligue professionnelle de football. Ce fut d’abord l’opérateur privé de téléphonie mobile, Nedjma (devenu par la suite Ooredoo) de s’ériger en tant que sponsor majeur de la ligue professionnelle de football, avant que l’opérateur public, Mobilis, ne lui ravisse la vedette. Celui-ci a conclu un contrat de sponsoring avec la FAF. Bien que l’événement ait alimenté une vive polémique entre les deux opérateurs de téléphonie mobile, rien n’a filtré, ni sur le montant de la transaction, ni sur la quote-part des clubs de la ligue 1 professionnelle, dans la mesure où lorsqu’il s’agit d’argent, tout le monde a la même religion, ou plutôt le même culte, celui du « secret ». Nous avons d’ailleurs contacté, dans ce sens, le Directeur général de l’Agence de communication MediaAlgeria, M. Riad Ait Aoudia. Si ce dernier a bien précisé que son agence fraye dans le domaine du sponsoring sportif, il n’a toutefois pas jugé utile de répondre aux questions que nous lui avons posé à propos des contrats de sponsoring ainsi que sur les motivations qui poussent les uns et les autres à ne pas communiquer sur les montants alloués à la FAF au titre du sponsoring. Il faut rappeler dans ce sens que l’Agence s’était associée en septembre 2014 au cabinet international Repucom pour mener une étude sur le marketing sportif et le sponsoring. Si l’étude qui avait coûté, rappelons le 30 000 euros, avait mis en avant l’impact du sponsoring sur la perception de la marque par les consommateurs, elle n’avancera en revanche aucun chiffre sur la taille du marché du sponsoring sportif, encore moins dans le monde du football. Il s’agit, donc, pensent de nombreux observateurs, de transactions entourées de « doute et d’ambiguïté » en l’absence de lois régissant ce domaine et de mécanismes de contrôle, ce qui nous amène à s’interroger : où va l’argent du sponsoring ? A ce propos, certains journalistes sportifs estiment que ce qui se passe dans le domaine du sponsoring sportif en Algérie relève d’une « foire d’empoigne » où tous les coups sont permis et où l’argent coule à flots et échappe totalement au contrôle de l’État. Parti pour être un mode de communication publicitaire qui se rapporte au soutien matériel apporté à une manifestation pour en tirer un bénéfice grâce à la mise en valeur de la marque, le sponsoring sportif est considéré aujourd’hui en Algérie comme un moyen de s’enrichir, loin des règles qui régissent ce genre d’activité. Défini par les spécialistes comme étant un positionnement marketing pour les entreprises et les opérateurs économiques afin d’accroître la notoriété, améliorer l’image de marque, stimuler les ventes et élargir la clientèle, le sponsoring sportif doit répondre à une grande diversité de projets, liée au degré d’implication du sponsor. Chez nous, les clubs professionnels de football vont mal, d’une crise à l’autre et cela révèle une faille sérieuse dans leur gestion, financement et management. A l’évidence, le professionnalisme, qui constitue un business à forte valeur ajoutée, ne peut exister dans cette voie dans la continuité de l’amateurisme et sa forme actuelle, tiré par la dépense publique en exigeant notamment des subventions et des aides encore plus conséquentes auprès des pouvoirs publics. Mais aujourd’hui, force est de constater que très peu de clubs sont en mesure de répondre aux besoins de leur standing de performance, car ils sont au cœur d’une instabilité chronique et d’une gestion incohérente, focalisés uniquement sur les charges de fonctionnement à coups de milliards. En l’absence d’un quelconque projet économique, commercial ou sportif, voire la concrétisation d’un partenariat porteur de perspectives de développement, les clubs sportifs recourent, chaque saison à des sponsors pour tenter de renflouer leurs caisses, mais ces opérations s’apparentent beaucoup plus à du bricolage qu’à du sponsoring au sens propre du terme. Car là encore, ce genre de contrats échappe au contrôle et se fait dans l’opacité la plus totale. Cela suppose que notre sport-roi est atteint d’une maladie qui a pour symptôme l’argent, devenu un argument majeur pour justifier les appels sans cesse aux subventions et aides de toutes formes. D’aucuns pensent, à cet égard, qu’il s’agit d’un professionnalisme de façade dont nos clubs se limitent à financer leur standing de performance et non pas la création d’un modèle sportif économique porteur de richesse et de valeur ajoutée. W.B.

Une pensée sur “FOOTBALL PROFESSIONNEL : OÙ VA L’ARGENT DU SPONSORING ?

  • 2 mai 2016 à 20 h 01 min
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    A côté des subventions de l’état, le sponsoring doit être regardé comme un transfert social indirect, étant donné que les sommes versées par les entreprises aux clubs sportifs sont deductibles de l’impôt sur les benefices comnien même que ces sommes soient plafonnées. Et à ce titre, l’administration fiscale et le ministère des finances doivent regarder de près surtout en ces moments difficiles, mais là c’est une autre question qui appelle un autre débat.

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