Gestion des stades : un échec collectif !

Walid Bouamama   En dépit des sommes faramineuses injectées par l’État pour la réalisation, l’entretien et la maintenance des infrastructures et des équipements sportifs, le constat est plus que déplorable, voire alarmant. L’état de délabrement et le laisser-aller dans lequel se trouvent ces infrastructures, plus particulièrement les stades de football, renseigne, on ne peut mieux, sur la faillite des responsables auxquels a été confiée la gestion de ces entités. En l’absence de textes de loi régissant la gestion de ces infrastructures et définissant clairement les règles d’intervention et les prérogatives de tout un chacun, c’est la cacophonie qui y règne. Le cas le plus édifiant de la faillite de la gestion de ces infrastructures, est celui du stade 5-juillet (Alger) qui a fait l’objet de plusieurs opération de réfection et de rénovation à coup de milliards de dinars sans, pour autant, parvenir à le rendre opérationnel. La mise en service en 2015 du Stade du 5-Juillet après 15 mois de fermeture pour d’importants travaux de rénovation ayant ciblé aussi bien les tribunes que la pelouse, n’aura été que de courte durée, puisque le stade qui abrite cette saison les derbys algérois, a, encore une fois, été fermé, pour six semaines, cette fois, en raison de la dégradation de la pelouse, mais aussi des dommages subis au niveau des tribunes. Un état de fait qui démontre la politique de bricolage et de rafistolage adoptée par les responsables du secteur.   8,5 MILLIARDS DE DINARS JETÉS PAR LES FENÊTRES   A titre d’illustration, les travaux de rénovation de ce stade, confiés à une société étrangère, et ayant concerné le drainage, la pose de la nouvelle pelouse, l’installation de nouveaux sièges et d’un système de vidéosurveillance, matériel et main d’œuvre compris, ont coûté pour le trésor public la bagatelle de près de 8,5 milliards de dinars avec, au bout du compte, le résultat que tout le monde connaît. L’état catastrophique de la pelouse, qui a soulevé le courroux du public, n’est pas le seul problème auquel fait face le stade du 5-Juillet, puisque l’éclairage est aussi défaillant et seuls 60% des projecteurs fonctionnent normalement. Les pylônes de 30 mètres, suspendus au-dessus de la crête supérieure, constituent un véritable danger pour les spectateurs. Mais le comble de ce feuilleton interminable a été atteint avec la décision du ministère de la Jeunesse et des Sports de fermer, encore une fois, le stade du 5-Juillet pour une période de six semaines devant permettre la pose d’une nouvelle pelouse en gazon naturel. La pelouse du stade olympique d’Alger s’est nettement détériorée depuis l’entame de la nouvelle saison. Une situation dont se sont plaints les clubs algérois lors des derbies disputés dans cette enceinte sportive. Cela prouve, une fois de plus, la faillite de la politique sportive de manière générale, mais aussi celle des responsables en charge de la gestion de ces infrastructures. Si les pouvoirs publics ont fixé pour objectif de réaliser un complexe sportif dans chaque daïra du pays, il n’en demeure pas moins que cette ambition relève beaucoup plus du populisme que d’une stratégie prenant en considération la réalité du terrain. A ce propos, il n’y a qu’à voir l’état de délabrement et d’abandon dans lequel se trouvent les centres d’entraînement et de préparation des équipes nationales et des clubs sportifs pour se rendre compte de cette amère réalité. Ces espaces aménagés qui devaient contribuer au développement de la pratique du sport en Algérie et favoriser la création de grands pôles sportifs pour les différentes régions du pays, ne sont, malheureusement, que des coquilles vides, dépourvues de toutes les commodités et équipements nécessaires. Cela au vu et au su de tous les responsables qui se sont succédés à la tête du secteur sans que les choses ne bougent d’un iota. Pis encore, la situation s’est tellement dégradée que tout le monde aujourd’hui tire la sonnette d’alarme sur un constat devenu insupportable.   LA FAILLITE !   Des sommes faramineuses ont été dégagées par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour accroître le nombre d’infrastructures construites et réhabiliter celles existantes, oubliant que cette politique a abouti sur un échec retentissant par le passé. En effet, le département de la Jeunesse et des Sports avait dégagé une enveloppe de pas moins de 225 milliards de dinars pour la réalisation de grands projets d’infrastructures sportives. C’est d’ailleurs dans le cadre du plan quinquennal de soutien à la croissance qu’il a été décidé, en 2005 de la réalisation de 5 grands stades, soit deux à Alger (Baraki et Douéra), un à Oran, un à Tizi Ouzou et un autre à Sétif. La construction des stades de Baraki et Douéra, entrant dans la cadre du plan de soutien à la croissance économique, lancé par le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, avance au ralenti, tout comme les cinq autres stades olympiques qui sont en cours de réalisation à Tizi Ouzou (50.000 places), Sétif (50.000), Oran (50.000), Constantine (50 000) et Mostaganem (35.000). Le ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Ould Ali El Hadi, avait d’ailleurs précisé, il y’a quelques mois, que le taux d’avancement des travaux de réalisation du stade de Douéra ne dépasse guère les 12%, tandis que le stade d’Oran a atteint un taux de d’avancement de 75%, contre 58% pour Baraki et 55% à Tizi Ouzou.La gestion des projets des stades de Douéra et de Baraki sont d’ailleurs des cas d’école pour ce qui est de l’avarie qui mine le secteur. Le chantier de réalisation du stade de Baraki, confié à l’entreprise chinoise CRCEG, et qui devait être livré en 2015 s’éternise. Un retard qui coûte cher au contribuable algérien. Le projet qui avait initialement bénéficié d’une enveloppe de 11 milliards de dinars, devraient au final coûter plus de 20 milliards de dinars. Que dire du stade de Douera qui a tant tardé à sortir de terre en raison de contraintes financières soulevées par l’entreprise de réalisation. Celui-ci coûtera au final 15 milliards de dinars contre les 11 milliards de dinars prévus au départ. Grande est, donc, la déception des sportifs algériens quant à la matérialisation des grands projets annoncés dans l’optique de redonner un souffle nouveau à la pratique sportive en Algérie. On veut bien croire que ces nouvelles enveloppes contribueront à la construction de nouveaux stades, de centres de formation, à la mise à niveau des équipements sportifs existants, ainsi qu’à l’organisation de manifestations sportives de grande envergure, mais, hélas, il y a loin de la coupe aux lèvre. Au premier regard, ces axes stratégiques, dont le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports entend faire les bases de sa politique sportive, semblent « prometteurs » mais, comme le soutiennent plusieurs cadres du sport, les expériences antérieures suffisent pour comprendre qu’il s’agit d’autres déboires qui se préparent. Pour le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, il ne suffit pas d’aménager des terrains de pratique sportive, mais le plus important reste le soin et l’entretien qu’on y apporte. Cela passe inévitablement par une politique de maintenance bien adaptée et bien suivie. La gestion des installations sportives suppose donc la mise sur pied d’une structure viable à court, moyen et long termes afin de maintenir ou consolider non seulement les performances sportives mais aussi servir d’un cadre idéal de ressources. W.B.  

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