Gestion et contrôle

    Près de deux milliards de dollars quittent chaque année le pays via des canaux illégaux. Les autorités multiplient les mesures censées arrêter la saignée. Resserrement de la surveillance sur le commerce extérieur et renforcement du contrôle des changes sont autant de processus administratifs, supposés bloquer ces capitaux aux frontières. Mais, les capitaux sont comme les marées, en perpétuel mouvement. Est-on susceptible d’arrêter la marée ? Le fait est que la fuite des capitaux n’est nullement un problème exclusivement algérien. Elle est l’enfant de la défiance dans les systèmes économiques d’aujourd’hui. Que ce soit pour des raisons monétaires ou fiscales, les propriétaires de capitaux, jaloux de leur réussite, et pensant tout naturellement que leur fortune n’est que le fruit de leurs efforts, veillent à soustraire cette richesse à la collectivité, même si la valeur ajoutée ainsi produite est aussi le résultat de l’action collective. Or, si ailleurs, la fuite des capitaux est l’apanage des riches et privilégiés, chez nous c’est un sport national. Toute richesse cumulée est ainsi convertie en devises et placée à l’étranger. Il serait aisé de conclure que ceux sont les fortunes illicitement amassées dans le commerce informel, ou grâce à la corruption qui fuitent pour être blanchies. Il est tout aussi facile de penser que ce mouvement sans précédent de capitaux est lié à la dépréciation du dinar. Mais l’un dans l’autre, c’est la défiance qui motive cette sortie massive de fonds. Défiance en le dinar, transformé en monnaie de singe en raison de politiques économiques non visionnaires, et ayant conduit au recours à la planche à billet. Perte de confiance aussi dans le marché, pour ne pas dire dans le pays. Climat d’investissement délétère, instabilité juridique et institutionnelle, qui donne l’impression que les règles changent au grès des humeurs, en l’absence d’un véritable cap économique, sont quelques un des facteurs qui empêchent les détenteurs de fonds d’investir ici et pas ailleurs. Cela ne devrait pas justifier pour autant, le recours aux moyens illégaux. Mais force est de constater que certaines règles édictées, et utilisées trop souvent de manière scélérate, donnent l’impression à l’investisseur potentiel que mettre son argent dans le circuit est synonyme de confiscation. Il pense qu’il risque de ne plus disposer de son argent comme il le souhaite. Le système, qui n’est pas dans une logique de gestion mais de contrôle a, aussi, tendance à instaurer une certaine tutelle sur l’ensemble des agents économiques, leur prescrivant la meilleure manière d’user de leur argent !  Car contrôler l’argent induit de contrôler les hommes. L’écrivain russe Fiodor Dostoïevski  disait que “l’argent, c’est la liberté monnayée.” La confiscation de l’argent serait dans ce sens, la confiscation de la liberté. M.R.B.

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