Hausse de la TVA sur les véhicules : quand les députés passent à côté de l’exercice

La présentation mardi du projet de loi de finance complémentaire pour 2018 devant l’Assemblée populaire nationale a tourné, comme c’est le cas à chaque présentation d’une loi de finances, au show politico-médiatique. Une centaine d’intervenants se sont relayés tout le long de la journée pour ergoter sur une question qui semble tenir toute une nation en haleine : la levée de l’exonération de la TVA de 19 % sur les véhicules montés localement. S’il est vrai que l’intervention du président de la République au cours du dernier conseil des ministres pour abroger certaines dispositions de l’avant projet de loi comme l’autorisation de concession des terres agricoles aux investisseurs étrangers, ou la hausse du timbre pour la production de documents biométriques a privé certains de ces intermittents du spectacle de leurs meilleurs arguments, quelques uns ne se priveront pas de quelques notes de rappels, comme ce fut le cas de Lakhdar Benkhellaf, député du FJD,  qui a poussé l’ironie jusqu’à mettre à nu l’instrumentalisation du programme du président de la République par les pontes du système. Chose qui lui a valu une joute verbale pour le moins musclée avec le très « loyal », président FLN de l’APN, M. Said Bouhadja. Certains députés de la majorité, comme l’élu FLN, Mohamed Bennouni a préféré saisir l’occasion rêvée de cette plénière pour régler ses comptes avec l’opposition. D’autres se découvrent une vocation tardive pour le populisme. Au RND, on s’était habitué aux tirades de son chef et Premier-ministre, M. Ahmed Ouyahia à propos de la passion "étrange" et "irrationnelle" pour le yaourt. Qu'impote ! Du côté des élus de ce même parti on préfère plaindre le petit citoyen qui devra payer son véhicule plus cher à cause de cette satanée TVA de 19 %. C’est le cas  de Hakim Berri député RND de Batna qui estime  que le gouvernement devrait améliorer « les conditions de vie du citoyen, au lieu de le taxer », avant de reconnaître que l’APN « a déjà refusé l’instauration d’un impôt sur la fortune, pourquoi accepterait-elle aujourd’hui de taxer les citoyens ».  Son collègue, Mustapha Nassi est allé plus loin, en adressant une critique directe au ministre des Finances, lequel avait expliqué quelques minutes auparavant que les nouvelles dispositions étaient destinées à rendre le marché du véhicule plus concurrentiel. Le député a indiqué que ce genre d’arguments était destiné à créer la confusion au sein de l’opinion publique , dans la mesure où la production nationale était loin de couvrir les besoins du marché, et qu’il était difficile dans ces situations de créer les conditions d’un marché concurrentiel. Pour M. Nassi cette mesure ne créera que des obstacles devant le développement de l’activité. Mais qu’en est-il de la responsabilité des opérateurs ayant investi dans le montage automobile. Si du côté du FLN, on se montre timoré et parfois hésitant à pointer du doigt la responsabilité des opérateurs dans la hausse des prix des véhicules, dans l’opposition on ne va pas par quatre chemins pour accuser ces derniers de s’être mis le bénéfice de l’exonération de la TVA directement dans la poche, au lieu de la répercuter sur les prix des véhicules. il est vrai que du côté du gouvernement, on aura tout fait pour pointer un doigt accusateur vers les concessionnaires automobiles, et se dédouaner ainsi de toute responsabilité quant à la flambée des prix du véhicule. Comme un boomrang, les déclarations fracassantes de certains ministres se sont retournées à leur encontre aujourd’hui.  Les députés de l’opposition, que ce soit du côté du PT, du FJD et du Front El Moustakbal auront tenu le même discours : la réinstauration de la TVA sonnera comme une double sanction pour les petits citoyens qui devront au final payer pour « l’escroquerie » dont se seraient rendus coupables les constructeurs auto au détriment du Trésor public. Ils recommandent, ils exhortent même les pouvoirs publics à enquêter sur l’activité des concessionnaires.  Des enquêtes qui risquent d'ailleurs, de virer à l'’enterrement républicain en bonne et due forme, comme ce fût le cas pour Tahkout, il y’a quelques mois lorsque une commission d'enquête a été dépêchée à Tiaret au lendemain du scandale des voitures importées prémontées dans des conteneurs.  Une commission qui n'a jamais rien trouvé à redire. Ces députés seront, eux aussi, passés à côté de l’exercice, préférant les démonstrations politiques au lieu de s’attarder sur les véritables problèmes : nul n’évoquera la question de la structures des prix et son apport dans le contrôle de certains dépassements pas les opérateurs comme les ententes sur les prix préjudiciables aux consommateurs. Ils n’évoqueront pas non plus le champ d'interventuon des institutions d’un Etat organisé comme le ministère du Commerce, le Conseil de la concurrence ou l’implication des associations de protection des consommateurs, des questions plus judicieuses, plus réalistes et plus réalisables.

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