«IL FAUT ÉVALUER LES PROGRAMMES D’INCUBATION»

Younes Grar. Consultant en TIC

  Propos recueillis par Samira G.   Plusieurs espaces ont ouvert leurs portes ces derniers mois, se présentant tantôt comme incubateurs, un autre comme accélérateurs de talents, parfois comme espace de coworking. Quelle est la différence entre ces différents concepts ? Ce sont des solutions qui se complètent. Un incubateur assiste les porteurs d’idée et de projet. Il accompagne les projets pilotes et découvre les concepts novateurs et l’idée viable qui tient la route. Un incubateur dispose de coachs et de mentors qui permettent au porteur d’idée de passer de l’idée à un projet pilote et du projet pilote à l’entreprise. Il s’agit d’accompagner le porteur de projet dans les procédures administratives, de lui apprendre à faire un business plan, un bilan prévisionnel, chercher les financements, faire un plan marketing et recruter une équipe. On accompagne le porteur de projet durant environ une année jusqu’à la création de l’entreprise, et durant six mois après la création de l’entreprise, jusqu’à ce qu’il puisse voler de ses propres ailes. D’autres espaces sont créés par des entreprises pour accompagner les porteurs de projets. Cependant ces espaces sont créés dans un but lucratif. Mais chacun y trouve son compte. Les espaces de coworking sont des espaces qui permettent de partager les ressources pour ceux qui souhaitent louer un espace. C’est une structure qui réserve un espace de travail à louer à un prix très attractif. Cela permet aux personnes aux moyens financiers limités d’avoir accès à une salle de réunions. Ils peuvent ainsi louer une salle pour 5000 Da par jour à titre d’exemple. Une entreprise qui dispose de siège assez grand peut louer une salle de réunion, ou de conférence pour faire une présentation à un client ou un partenaire, à titre d’exemple.   Pensez-vous que ces espaces peuvent contribuer au développement des startups et de l’économie numérique en Algérie ? En général, une idée novatrice qui apporte une solution à un besoin exprimé au sein de la société, n’arrive, malheureusement pas à se développer. Les porteurs d’idées ne savent pas comment créer une entreprise, ne connaissent pas la réglementation régissant l’activité, ou n’arrivent pas à trouver les financements. Les incubateurs peuvent les accompagner. La création d’entreprises est un véritable parcours du combattant. Les incubateurs peuvent aussi faire appel aux investisseurs pour financer leurs activités. On n’invente rien. C’est un système qui a prouvé son efficacité aux États-Unis, en Europe et en Chine.   L’ANDT vient d’ouvrir un nouvel incubateur à Oran en plus de celui d’Alger et on évoque la création d’un cluster de l’économie numérique à Sidi Abdellah. Croyez-vous que ces espaces permettent la création de ce cluster ou faudrait-il repenser l’ensemble de l’écosystème ? Ces espaces sont importants. Il faut cependant évaluer, tous les six mois ou chaque année, leur travail. Il faut répondre à plusieurs questions : combien d’idées ont été reçues ? Combien d’idées ont été converties en projets pilotes ? Combien de projets pilotes ont donné naissance à des entreprises ? Et combien d’emplois ont été créés ? On doit avoir une idée du chiffre d’affaire des entreprises créées, de la plus-value dégagée, pour savoir si nous avons réussi ou pas. S’il n’y a pas d’évaluation on remet en cause la création des incubateurs et on s’interroge alors à quoi cela a servi. Je m’interroge comment a-t-on pensé à ouvrir un Technoparc à Oran, sans savoir si on a atteint les objectifs, et sans connaître les résultats. Il faut d’abord connaître les objectifs et se les fixer ainsi que cibler les domaines d’activité à développer pour évaluer les résultats. Un débat doit être lancé pour évaluer tous ces programmes. Le débat doit inclure tous les acteurs.   Justement, l’une des plus grandes tares de Sidi Abddellah est que le Technoparc était largement excentré par rapport au centre urbain. Cela parait incohérent… Le débat aiderai à corriger le tir. Des erreurs ont été commises dans la conception de l‘incubateur de Sidi Abdellah. Avant l’aller créer un incubateur à Oran ou à Ouargla, il faut se poser cette question : pourquoi créer un incubateur s’il n’y a pas d’idées à incuber ? Il faut créer tout un écosystème pour gérer et évaluer ces programmes. Le projet de création de l’incubateur de Sidi Abdellah date de 1999 avant que celui-ci ne soit inauguré en 2008-2009. Cela fait 7 ans que cet incubateur a été créé, mais on n’a aucune idée ni des objectifs assignés, encore moins des résultats. Je dirai même plus, certaines des startups hébergées au sein de cet incubateur n’ont pas d’idée nouvelle et n’ont pas de liens avec l’innovation. Avant d’incuber une idée, il faut savoir si le concept est viable et s’il tient la route. Il faut se poser toutes ces questions pour comprendre pourquoi cela ne réussit pas en Algérie, alors qu’il a réussi ailleurs. S.G.

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