IRRIGATION : UN PROGRAMME AMBITIEUX, MAIS…

Lila Tam   La faiblesse des précipitations durant les cinq derniers mois est venue encore une fois rappeler la vulnérabilité du secteur agricole et sa dépendance aux aléas climatiques. L’on misait sur des pluies en mars et en avril mais est-ce suffisant? S’il a généreusement plu en mars dernier, ce n’est pas le cas le mois d’après. L’impact d’une telle situation pourrait être important sur certaines filières agricoles notamment la céréaliculture. Et ce d’autant que la généralisation des systèmes d’irrigation se fait toujours attendre dans un pays connu pourtant pour son aridité dans la majeure partie de ses régions. Avec des épisodes de sécheresse qui reviennent régulièrement, la menace pèse lourd sur la sécurité alimentaire. L’amenuisement des recettes pétrolières, principale source de financement des importations alimentaires ne fait qu’accentuer les appréhensions des uns et des autres sur les capacités du pays à faire face aux besoins alimentaires d’une population en croissance puisque nous avons dépassé cette année la barre de 40 millions d’habitants. Il faudrait donc produire localement plus de céréales, plus de lait, plus de viande, plus de fruits et de légumes avec les moyens du bord.   RELEVER LE DÉFI DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE   Les appels pour redoubler les efforts de manière à réduire la dépendance alimentaire et réduire la facture des importations se sont d’ailleurs multipliés ces derniers mois. Le dernier en date remonte à avril dernier et a émané du premier ministre, Abdelamalek Sellal qui a exhorté les agriculteurs, à partir de Constantine ou il effectuait une visite, à travailler pour gagner la bataille de l’agriculture. Mais, faudrait-il assurer les conditions nécessaires à cet effet principalement les ressources en eau à travers l’adoption des techniques modernes d’irrigation. Un dossier que suivent conjointement le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche (MADRP) et celui des Ressources en eau. L’objectif étant d’atteindre 2,3 millions d’hectares de surfaces céréalières irriguées en 2019, contre 1,2 millions d’hectares actuellement. Comment ? Selon le projet adopté à cet effet, 43% de la surface prévue concerne les Hauts plateaux, 43% pour le sud du pays et 22% dans le Nord. Il est prévu également la réalisation de nouveaux barrages, l’exploitation des eaux souterraines notamment albiennes et les transferts des eaux depuis les barrages déjà opérationnels. Il reste à savoir si toutes ces mesures seront mises au rendez-vous d’ici la fin du quinquennat pour faire face au stress hydrique. Mais surtout pour couvrir les besoins nationaux en produits agricoles. C’est l’objectif que s’est fixée le département de l’agriculture.   25.000 HA IRRIGUÉS LIVRÉS   Pour l’heure, l’on note juste l’engagement de l’État à finaliser un tel projet. «L’État mettra tous les moyens nécessaires pour mener le projet en question à terme qui prendra du temps», a rassuré en février dernier lors d’une visite d’inspection dans la wilaya de Mascara le ministre des Ressources en eau et de l’environnement, Abdelwahab Nouri. Une assurance toutefois qui reste mitigée. Est-ce une manière de prévenir contre un éventuel retard en précisant que le projet prendra du temps ? La question mérite d’être posée d’autant que la superficie des terres irriguée déjà livrées dans le cadre dudit projet est de 25.000 ha, soit 2,5% de la superficie totale alors que 143.000 ha (14, 3%) sont en cours de réalisation. Donc, au total, prés de 17% de la superficie à irriguer (1, 3 million) sera réceptionnée d’ici à fin 2016. A ce rythme, il risque d’y avoir un grand retard. D’où les prévisions de M.Nouri.   L’APPORT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES   Seul un suivi et un contrôle rigoureux d’un tel chantier pourraient accélérer l’élargissement des terres irriguées. Il y a aussi lieu d’assurer une coordination intersectorielle et associer toutes les parties. Dans ce cadre, un rôle important est attendu du côté des responsables et de institutions en charge de développer les énergies renouvelables (ENR). En d’autres termes, mettre, ces énergies au service de l’irrigation. Des actions ont déjà été entreprises. Les unités de recherche du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) se sont impliquées dans ce projet en réalisant en 2015 prés de 200 pompes solaires. Ces dernières ont été installées pour l’irrigation de périmètres agricoles dans le sud du pays. Fonctionnant à l’énergie solaire, ces pompes assurent l’alimentation en eau pour l’irrigation de périmètres agricoles à partir des forages avec une profondeur pouvant aller jusqu’à 70 mètres et un débit de 180 m3/jour pour chaque pompe. Faudrait-il encore généraliser ce concept. Pour faciliter le raccordement des vastes régions du Sud et des Hauts plateaux à l’eau d’irrigation. Et ce d’autant que ces régions ont un grand rôle à jouer dans l’augmentation de production nationale en produits agricoles. L.T.

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