La Banque mondiale dément l’optimisme d’Ouyahia

  C’est un discours empreint d’optimisme que le Premier-ministre, M. Ahmed Ouyahia a tenu samedi devant un parterre de journaliste. En guise de bilan de ses huit mois de gouvernance, le chef de l’Exécutif a estimé que l’Algérie s’en sort bien en 2017 et que l’année 2018 sera encore meilleure. Mais voilà, la Banque mondiale met son grain de sel 48 heures plus tard et remet en cause ce discours tendant à rassurer l’opinion publique nationale, prévoyant coup sur coup crise financière, hausse de l’inflation et creusement du défit du compte courant et du solde budgétaire au cours des trois prochaines années. Seule lueur au tableau, en termes de croissance, le Premier-ministre ne s’y sera pas trompé, l’année 2018 sera meilleure que 2017, avec un taux de croissance réelle au prix constants du marché de 3,5% en 2018 contre 2,1 % en 2017. Mais le hic est que ce taux de croissance ne sera que le fruit de la croissance des investissements publics financés par les bonnes grâces de la planche à billets. L’institution de Bretton Woods explique ainsi que « La croissance devrait reprendre rapidement en 2018 par suite du processus d’expansion budgétaire ».  Autre souci, cette croissance ne sera que conjoncturelle et s’accompagnera forcément de pressions. Donc et contrairement à ce qu’avait annoncé M. Ouyahia, le recours à la planche à billets s’accompagnera de pressions inflationnistes avec un taux de 7,5 % en 2018, 8,1 % en 2019 et 9 % en 2020, selon les prévisions de la BM. Pis encore la planche à billets ne permettra pas de prendre le train de croissance, encore moins contourner les nécessaires rééquilibrages financiers, qui risquent de se traduire par des cures d’austérité, impactant le secteur hors-hydrocarbures. La Banque mondiale parle même de « crise financière, déclenchée par le recours au seigneuriage », terme savant utilisé pour désigner la planche à billets.  Selon la même institution le double déficit du compte courant et du solde budgétaire continuera de s’aggraver en 2018. Elle estime d’ailleurs « très préoccupante », l’intention manifestée par les autorités de recourir au financement monétaire. Le fait est les dépenses publiques resteront élevés et ne seront pas contrebalancées par une augmentation des recettes, ce qui pourrait induire un recours plus massif à la planche à billets.  Recours qui se traduira forcément par une hausse fulgurante de l’endettement public lequel passerait ainsi de moins de 27 % en 2017 à plus de 42 % en 2019.
Une situation qui se dégradera après la présidentielle de 2019
Pour ce qui est de la situation financière extérieure, la BM fait preuve d’un optimisme modéré, en expliquant que le déficit du compte courant qui tombera à 10,2 % en 2020 restera gérable grâce aux réserves de changes qui représentaient 17 mois d’importations en 2017. Mais, le recours continu aux réserves pour éponger le déficit risque de fortement entamer le bas de laine constitué durant les années d’aisance et lequel ne représenterait plus que 5 mois d’importations en 2020. Le bailleur de fonds international s’inquiète de l’évolution de la situation à partir de la seconde moitié de 2019. Les chiffres sont à ce titre évocateurs. L’institution de Bretton Woods prévoit un taux de croissance d’à peine 2% en 2019 et de 1,3 % en 2020. Ce qui, selon la BM, « représente une progression anémique pour un pays à revenu intermédiaire comptant une très forte proportion de jeunes ». Pour la Banque mondiale la conjoncture pourrait s’aggraver dès la seconde moitié de 2019, dans la mesure où les autorités envisagent de reprendre les rééquilibrages financiers, lesquels devraient se traduire par une révision des subventions et des transferts sociaux, ainsi qu’une baisse de la croissance hors-hydrocarbures au milieu de 2019. Autrement-dit après les présidentielles 2019.
Fortes tensions sociales en perspectives
 
C’est dans une critique à peine voilée des politiques de court terme menées par les pouvoirs publics, que la BM a estimé dans son rapport sur l’Algérie que « les autorités savent qu’il importe d’évaluer les répercussions sur la pauvreté et la vulnérabilité des réformes qui pourraient être apportées au système de subventions », d’autant que les tensions sociales et le mécontentement populaire se font déjà sentir. Pour la Banque mondiale, la population témoigne de son insatisfaction, dans certains cas, depuis le début de l’année (…). L’adoption d’une politique monétaire non conventionnelle allège les contraintes sur les finances publiques à court terme, mais donne de fausses indications sur la réorientation envisagée pour l’économie, qui vise à réduire la dépendance par rapport aux hydrocarbures, et sur le rôle de l’État ». Autrement-dit, l’adoption de politiques économiques destinées à assurer un fragile équilibre social en perspective d’échéances politiques et électorales, ne risque en aucun cas d’aider à lancer les véritables réformes et emprunter la voie de la croissance et de la prospérité. La situation est d’autant plus inquiétante, dans la mesure où la marge de manœuvre accordée par l’épargne publique et les réserves de changes est en phase d’être définitivement consommée.    

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *