L’Algérie a-t-elle vraiment prêté de l’argent au FMI ?

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  La porte-parole du Parti des travailleurs a jeté un pavé dans la marre, en affirmant, vendredi à Alger qu’il n’y aurait pas eu de prêt de 5 milliards de dollars au Fonds monétaire international (FMI). Mme Louisa Hanoun a déclaré, lors des travaux de la session ordinaire du bureau politique, que « les experts du FMI ayant visité le Parlement algérien, il y a peu, nient avoir reçu un prêt de la part des autorités algériennes en 2012». Info ou intox ? La question mérite le détour. Il faut savoir que tout prêt concédé au FMI aurait dû être converti en Droits de tirage spéciaux (DTS) et apparaître ainsi sur les comptes de la Banque d’Algérie. Or, ce n’est pas le cas. Lorsque nous consultons les rapports annuels de la Banque centrale et cherchons dans la colonne allocation de DTS, rien n’est spécifié ni en 2012, et encore moins en 2013. Mieux encore, lorsqu’on vérifie la situation de la Banque centrale au 31 août dernier, on se rend compte que rien n’est clair en ce sens. Les chiffres publiés évoquent une valeur de DTS de 1,5 milliards de dollars, et des placements pour 114 Milliards de dollars, sans plus de détails sur la structure de ces placements et encore moins sur leur rémunération. Louisa Hanoun demande des explications à propos de ce qui est advenu de l’argent qui était destiné à alimenter le prêt du FMI. Et dans pareil contexte, il est difficile de ne pas s’en interroger. L’Algérie a-t-elle prêté de l’argent au FMI ou pas ? Simple effet d’annonce De sources bancaires, on nous explique qu’il faut revenir à l’année 2012 pour bien comprendre les tenants et aboutissants de l’affaire. En contexte de crise, le FMI s’était alors adressé à plusieurs pays disposant de ressources financières relativement importantes pour solliciter des emprunts. C’est dans ce contexte, que l’Algérie s’est engagée à mettre 5 milliards de dollars à la disposition du FMI. Or, « entre l’engagement pris et la décision d’engager effectivement le prêt, il y’a tout un monde », affirme nos sources. Autrement dit, l’Algérie s’est, certes, engagée à prêter 5 milliards de dollars à l’Institution de Bretton Woods, mais « les fonds n’ont pas été mobilisés par celle-ci ». Les responsables algériens, le ministre des Finances de l’époque, auraient-ils commis leur plus grande forfaiture ? M. Karim Djoudi expliquait à l’époque que le prêt au Fonds, entrait non seulement dans une stratégie de diversification des réserves de change, mais tendait à renforcer le poids de l’Algérie au sein de l’institution financière dans la perspective d’un retournement du marché pétrolier et d’une dégradation des équilibres extérieurs du pays. Au final, il n’y a nul prêt. L’argent est placé en bons du Trésor européens et US, et même dans les banques commerciales européennes, et pourraient servir à termes à couvrir les importations. Nos sources se veulent, cependant, rassurantes, « nous n’avons pas de problèmes de la balance commerciale, et encore moins de réserves de change. Si nous avons recours au FMI pour un soutien, nous sommes solvables ». La messe est dite. A défaut d’être de bons créanciers, nous sommes de bons emprunteurs !

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