L’Algérie consacre 15 millions d’euros pour l’achat de vaccins : Les pénuries source d’inégalités !

Lila Tam   Les responsables du secteur de la santé le rappellent à chaque reprise. La couverture vaccinale en Algérie est bonne alors que les doses de vaccins nécessaires sont disponibles, notamment pour les enfants. Ce qui a encore été souligné lors du lancement de la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière. Cependant, les insuffisances sont toujours là. En témoignent les pénuries enregistrées, ces dernières années, à travers le pays, en ce qui concerne de nombreux vaccins. La rupture du vaccin antipolio, en 2009, a suscité, pour rappel, de grandes inquiétudes que ce soit chez les professionnels du secteur ou chez les parents. Durant cette période, 1 150 000 doses du vaccin avaient été détruites à cause d’une panne d’électricité. Depuis, les incidents se multiplient. A chaque fois, l’on ne donne pas d’éléments pouvant éclairer l’opinion publique sur l’origine de ces ruptures de stocks. Et pourtant, ce ne sont pas les dépenses et les financements dégagés par l’État qui font défaut dans ce cadre. Annuellement, les enveloppes dégagées pour l’importation de vaccins et autres médicaments se chiffrent par milliards de dinars. Rien que pour les vaccins, l’Algérie consacre chaque année 15 millions d’euros pour l’importation, sans pour autant réussir à assurer un équilibre dans la distribution. Un problème qui se pose aussi pour d’autres médicaments. Sinon comment expliquer le fait qu’ils sont nombreux les parents à se retrouver dans l’obligation de reporter la vaccination de leurs enfants ou de se tourner vers les cliniques privées -qui ne souffrent pas paradoxalement de problème de pénurie- pour faire vacciner leurs enfants ? « A la polyclinique du quartier, la demande est forte. Il faut attendre des semaines pour avoir le vaccin et parfois revenir après selon la disponibilité. Je me rabats alors sur le privé moyennant 1000 dinars le vaccin », nous raconte une mère de famille. Et de poursuivre tout en affichant son inquiétude: « Mais là aussi, on n’est pas rassuré. Après le décès de nourrissons signalés l’été dernier, on ne sait plus quoi faire ». Une interrogation parmi tant d’autres à laquelle le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, M. Abdelmalek Boudiaf, répond en assurant que les vaccins contrefaits n’ont pas réussi à pénétrer le marché national. Pour illustrer ses déclarations, M. Abdelmalek Boudiaf a rappelé fin, septembre dernier, que «tous les vaccins utilisés en Algérie sont approuvés par l’Organisation mondiale de la santé et il n’y a aucune inquiétude à se faire à ce sujet. Il faut s’abstenir de porter des jugements anticipés en pareils cas ». Le ministre a, également, souligné que le décès de deux nourrissons à Rouïba n’est pas lié au vaccin. Il a, en effet, affirmé que les analyses effectuées ont démontré que le vaccin «Pentavalent» n’était pas à l’origine de ces décès. Il a fait savoir par ailleurs que son département ministériel a changé de vaccin pour les nourrissons soulignant, dans le même temps, que l’OMS recommandait le vaccin « Pentavalent». Mais pour l’heure, près de trois mois après ces accidents, les causes des décès ne sont pas encore connues, l’enquête étant toujours en cours. Des explications sont, par ailleurs, attendues concernant l’organisation du réseau de distribution, considéré comme le maillon faible de cette chaîne. Ce qui est à l’origine d’inégalités entre les régions. Car, faut-il le noter, le problème de pénurie et de rupture de stocks touche surtout les villes de l’intérieur. Ce n’est pas uniquement le cas pour les vaccins ou autres médicament mais c’est aussi le cas pour la couverture médicale. A ce niveau, les attentes sont nombreuses et focalisées sur la nouvelle loi sur la santé adoptée récemment en conseil des ministres. Mais quel que soit les nouveautés, les changements positifs ne pourraient avoir lieu sans prise en charge effectives des dysfonctionnements et sans avoir des données clairement établies à ce sujet. Ce qui fait cruellement défaut. Le Centre de recherche en économie appliquée à l’économie du développement (CREAD) qui organisera fin novembre des journées nationales sur l’économie sociale ne manque pas de le souligner. Il estime ainsi que « les débats sur le système de santé en Algérie sont maigres en réflexions de fond et souvent détachés de la contrainte financière ». Le CREAD regrette dans le même sillage que « peu d’importance est accordée à la production et à la discussion des données et bases factuelles épidémiologiques, cliniques et économiques dans la prise de décision et l’allocation de ressources. On dirait que l’Algérie peut se permettre de dépenser sans évaluer l’efficacité, l’efficience et l’équité de son système de santé ». Un constat qui met à l’index une gestion qui fait peu cas de la crise laquelle rappelle, pourtant, la nécessité de se doter de moyens de gestion efficaces. « Face à la crise multiforme qui marque le système de santé algérien et son environnement, l’analyse socio-économique est indispensable pour comprendre les faits et agir sur les tendances, dynamiques, leviers et acteurs qui façonnent le système de santé et produisent les résultats médiocres constatés par tous », souligne encore le CREAD. Et d’insister sur une l’utilité d’adopter une approche fondée sur des analyses de terrain pour prendre en compte les nombreux facteurs et déterminants des états, représentations, politiques et pratiques dans les domaines des soins et des services de santé. L.T.

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