Le savoir à l’honneur

Par Brahim CHAHED.  « L'insolent orgueil de celui qui sait beaucoup, mais qui ne s'est rien approprié, fait pitié à celui qui sait peu, mais qui sait bien » Constance de Théis - Pensées diverses (1835).    Il est des expériences qui vous changent la vie d’un homme, qui vous transforment un homme du tout au tout, qui vous élèvent l’homme à un exposant supérieur. Un voyage à l’empire du milieu, un voyage en Chine, en fait partie.  Un voyage en Chine vous fait cet effet et, malheureusement, l’effet contraire. Un voyage en Chine peut, aussi, vous faire prendre conscience de votre insignifiance, de votre inconsistance et de l’étroitesse de votre horizon. Mais est-ce vraiment une nouveauté ? Est-ce étonnant ? Assurément, non. La Chine est, en réalité, le berceau des inventions technologiques majeures de l'histoire de l'humanité, et de nos jours, un contributeur incontournable dans le développement des savoirs, pourtant, beaucoup s’entêtent à occulter le génie de la Chine et l’inventivité des générations Chinoises futures. En 2022, la Chine, selon des extrapolations de l’évolution du nombre des publications scientifiques, pourrait produire davantage d’articles scientifiques que les États-Unis. En effet, la Chine produisait près de 30 000 articles scientifiques en 2000 et près de 150 000 en 2010. De leur côté, les États-Unis sont passés, durant cette période, de 250 000 à 280 000 articles. En 2022, si les courbes se poursuivent, ils produiront chacun 350 000 articles. La Chine, cantonnée naïvement par les uns et les autres, au rôle de fabricant d’objets conçus ailleurs, n’est plus seulement l’atelier du monde, on y conçoit désormais des équipements scientifiques qui rivalisent avec les meilleurs mondiaux. Les productions des usines Chinoises se sont complexifiées et requierent des compétences techniques et scientifiques élevées. Cela ne relève ni de l’improvisation ni du court termisme, cela rime avec planification et long terme réflexion. Entre 2000 et 2015, les dépenses de Recherches et Développement ont augmenté à un rythme moyen de 18 % par an, 4 fois plus rapidement que le rythme Américain de 4 % et le nombre de diplômés des sciences et de l’ingénierie, actuellement deux fois plus important en Chine qu’aux États-Unis, a plus que quadruplé en chine, alors qu’il n’a fait qu’à peine doublé aux États-Unis. En 2015, sur les 2000 milliards de dollars de dépenses totales mondiales consacrées aux recherches et développement, la Chine se place deuxième avec plus de 400 milliards de dollars. Penser qu’il ne s’agit que d’argent serait simpliste, croire qu’il est juste question de « faire comme » serait réducteur. Se contenter de ces explications serait identique à « regarder le doigt de celui qui essaye de nous montrer la lune ». Les Chinois ont pour caractéristique de savoir exactement ce qu'ils veulent, précisément ce qu'ils peuvent, et nettement ce qu’ils doivent. Ils évoluent dans l’ordre, en ordre, et ils additionnent indéfiniment savoirs, connaissance et compétences. Ils persévèrent dans l’effort et assurent la continuité des idées. Ainsi leur but est fixe et leur volonté reste intacte. Mais ce n’est pas tout, ce n’est pas suffisant. Au-delà de leurs actes, il y a ce qu’ils sont. Je reste persuadé qu’ils sont, majoritairement, imbibés  d’un peu de naïveté et beaucoup de noblesse. De naïveté, cette grâce naturelle qui vous élève, qui vous rende meilleur pour vous-même et pour les autres. Cette ingénuité qui vous place avec l’autre, jamais à son opposé. Cette pureté qui alimente votre foi et mette l’autre en confiance. De noblesse, ensuite, ces qualités de grandeur, de courage et de combativité. Le tout dans l’honneur et le respect. Cette dignité, cette distinction enduite d’humilité. Cette prestance qui arrive, étonnamment, à mettre les autres à l’aise. Ce qui distingue les Chinois, ce n’est pas l’argent dépensé dans la recherche et développement ou tout au moins ce n’est pas que ça, ce qui les distingue c’est leur mesure. Le juste milieu, leur « juste milieu :Ni penché, ni de travers; Ni servile, ni arrogant; Ni désir, ni abandon; Ni en excès, ni insuffisance ». L’Algérie peut, pourtant, s’enorgueillir d’avoir enfanté Abdelhamid Benbadis. Les concitoyens de cet érudit portent un lourd fardeau : celui de comprendre son œuvre et la faire advenir.  Alors, en ce jour anniversaire de la mort d’Abdelhamid Benbadis, promoteur du savoir, le 16 Avril de chaque année est décrétée en 1976, en son honneur, « Journée du Savoir » ou « Journée de la Science ». Cette journée, loin des célébrations officielles qui prennent des allures de folklore,devrait être l’affaire des scientifiques, des passionnés de science, sa célébration devrait être l’affaire du public. Que les instituions de l’État se chargent de cette tache confondent célébration et commémoration. Le jour du savoir devrait être un évènement de médiation de la science et du savoir. Le jour du savoir devrait permettre, à tout un chacun d’initier, de développer ou de participer à tout évènements qui promeut, à travers ateliers, expositions, conférences et animations diverses, la recherche, l’étude et l’innovation. Cette journée, doit être l’occasion de réflexion sur la qualité de notre patrimoine scientifique, les avancés de notre éducation et l’examen du degré de développement de notre pensée critique. Mais, soixante-dix-huit  (78) ans après la mort de l’homme-institution et quarante-deux (42) ans après avoir décrété l’anniversaire de sa mort « Journée du Savoir », il faut avoir la lucidité pour reconnaitre qu’on a fait de sa mémoire un symbole, et, ensuite usé et abusé du symbole, au lieu de promouvoir la science et la société du savoir qu’il décrivait avec minutie, se souviennent ceux qui l’ont côtoyé, et soutiennent, après eux, ceux qui l’ont étudié. À ce souvenir parcellaire correspondent des structures mémorielles plus globales, qui pourraient nous conduire de succès en réussite et construire nos lendemains de la meilleure des façons. L’héritage (en réalité la marche en avant et non pas l’héritage) Benbadis, pour moi, est unique par le fait qu’il acte une distinction entre le savoir en tant que construction mentale individuelle et le savoir utile en tant que valeur collective. Les Chinois, eux, se sont appropriés le savoir, ne l’ont pas juste cherché. En cela, on est obligé de reconnaitre leur puissance et leur concéder cet avantage.

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