« L’ÈRE DE LA RENTE EST TERMINÉE ! »

Anisse Terai. Banquier et économiste, ancien cadre supérieur de Sonatrach

  anisse-terrai     Propos recueillis par Lyes Bensid   Beaucoup d’espoirs étaient portés sur la réunion de Doha pour redresser les cours du pétrole. Cependant celle-ci a échoué. Croyez-vous que cela aura un impact sur le marché à terme ? L’échec des négociations est tempéré par la tenue de la réunion, qui constitue en soi une réussite relative car c’est une première dans l’histoire du pétrole. Auparavant, les producteurs OPEP et non-OPEP n’ont jamais participé à un rassemblement d’une telle envergure et avec un niveau de représentation (ministériel) comparable. Les producteurs ne sont pas arrivés à un accord sur le gel de la production et pour cause principale le refus de l’Arabie Saoudite de parapher un accord qui n’inclurait pas l’Iran, qui veut recouvrir ses niveaux de production pré-embargo avant de caper sa production. D’un autre côté, il y a un problème de démarche car les producteurs sont partis à Doha négocier un accord. Alors que la pratique veut que ce genre d’accord soit préalablement négocié, les réunions formelles ne servant qu’à l’officialisation et à la médiatisation. Ceci étant dit, l’épisode de Doha n’aura aucun impact durable sur le marché du pétrole, pour preuve les prix sont remontés suite à la réunion malgré l’échec des négociations. Par contre c’est peut-être le début d’une nouvelle OPEP qui inclurait entre autre pays membre la Russie.   Quelle évolution des cours suggèrent les fondamentaux du marché ? Le prix du baril fluctue au gré des évolutions structurelles et conjoncturelles du marché, mais la tendance depuis le début de l’année est à la hausse, avec un baril de Brent qui se négocie actuellement autour des 45 US$ après avoir atteint le seuil des 30 US$. Cette augmentation substantielle s’explique par la réduction du gap entre l’offre et la demande, la saturation des capacités de stockage et la dépréciation du dollar américain. La demande pour sa part évolue au grès de l’embelli de l’économie mondiale. Toutefois, le changement de paradigme économique en Chine risque d’impacter durablement la demande ; évoluant d’un modèle d’investissement domestique et d’exportation, vers un modèle d’investissement extérieur et de consommation intérieure. Le développement sans précèdent du gaz naturel, des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et des contraintes environnementales limites aussi les perspectives d’une reprise rapide de la demande. Néanmoins, la demande croit, certes moins vite qu’avant mais, toujours, poussée par les besoins en énergie des pays émergents et des pays en voie de développement. L’offre pour sa part est amenée à augmenter avec le retour graduel des exportations de l’Iran et de l’Iraq, et potentiellement de la Libye. En plus l’Arabie Saoudite et la Russie possèdent des capacités de production non-utilisée et les États-Unis peuvent mettre très rapidement en production les gisements de schiste, moyennant un baril un peu plus cher. Ces exceptions faites, la production mondiale n’est pas loin de son niveau maximum. D’une manière générale nous avons déjà atteint le creux de la vague avec un baril à 30 US$. Les prix ne peuvent qu’augmenter mais il difficile d’envisager un baril à 100 US$ avant 2020.   Les monarchies du Golfe intègrent peu à peu la diversification de leurs économies. Cela veut-il dire qu’ils intègrent l’idée d’un pétrole bon marché pour longtemps ? En effet, les pays du Golfe ont lancé une série de réformes pour réduire et/ou arrêter les subventions à l’énergie, diversifier leurs économies et rationaliser leurs dépenses publiques. L’Arabie Saoudite s’est même dotée d’une vision pour le développement à l’horizon 2030 et est entrain de rajeunir son leadership. L’ère de la rente est terminée pour tous les producteurs. L’industrie des hydrocarbures est entrée dans un nouveau cycle d’exploitation caractérisé par des prix relativement bas. Les dynamiques du marché du pétrole ont aussi changé, avec un rôle déterminant pour les producteurs de schiste américains et la Russie qui gagnent en influence au détriment des membres traditionnels de l’OPEP. Toutefois, les hydrocarbures continueront à représenter un avantage comparatif certain. La compétitivité économique des grands producteurs est renforcée du fait d’une énergie abondante et bon marché. Les hydrocarbures renforcent aussi le potentiel des industries dérivées et des activités à forte intensité énergétique. Finalement, cette crise pétrolière est une chance unique pour les producteurs, afin de muter leurs modèles rentiers vers le développement durable et responsable. L.B.

Une pensée sur “« L’ÈRE DE LA RENTE EST TERMINÉE ! »

  • 8 juin 2016 à 16 h 12 min
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    L’Algérie n’a pas besoin de pétrole ni de diamant ni de l’or ; L’Algérie a besoin d’hommes qui peuvent être une vraie locomotive pour le développement dans tous les secteurs, seulement en agriculture, notre Algérie (digne et forte) peut générer des recettes gigantesques.
    A MENIA de GHARDAIA, les rendements du blé dur dépassent les 75 quintaux / hectare, pour le maïs ils dépassent les 100 quintaux/hectare. Imaginer que nous avons une vraie politique agricole et nous exploitons seulement 10% des terres utiles…………….. , le statut de l’Algérie se changera d’un pays importateur à un pays exportateur avec excellence.
    Où se trouvent ces hommes ? Ces hommes existent, mais ils sont marginalisés et écarté.
    Ecrit par: BRADAIA Boualem, Ingénieur Agro-economiste

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