Limogeage de Hamel : les mots de trop

On dit qu’un malheur n’arrive jamais seul. Et pour cause, il aurait fallu à peine d’une sordide affaire de drogue, d’une histoire de parkings et de parasols plantés sauvagement sur des plages négligées tout le long de l’année pour déclencher un éboulement. L’effondrement a fini par emporter dans son sillage une kyrielle de pontes, de hauts cadres et de responsables occupants d’importants postes névralgiques. Des magistrats, des procureurs, des commis de l’État, des P/APC et la longue liste n’est qu’exhaustive et risque de s'allonger. Une calamité pour le système qui, comme pris par surprise, commence déjà à grincer. Serait-ce la fin ou s’agirait-il simplement d’un renouvellement de personnel en prévision du prochain rendez-vous électoral ? Les joutes semblent avoir commencé à quelques mois de la tenue des présidentielles de 2019 annonçant l'ouverture du bal. Dans cette bataille rangée où le trop a fini par nuire et pour avoir trop ou peu dit, la tête du désormais ex DGSN, Abdelghani Hamel a fini, elle aussi, sur le billot, décapitée. Guerre de tranchée ou juste crime de lèse-majesté, le général Hamel regrettera sûrement d’avoir « douté », ne serait-ce qu’un instant, des capacités et compétences de l’ANP qui a diligenté le traitement de l’affaire des 701 kg de cocaïne et supervise le déroulement des opérations menées conjointement par la Gendarmerie et la Justice. En déclarant qu’« il y a eu des dépassements et des violations lors de l’enquête préliminaire, mais les juges étaient vigilants et ont tranché en évitant la dilution des choses », Abdelghani Hamel aura ouvert la boite à pandore. Un commentaire qui semble de trop au point d'avoir déplu et coûter son poste à l’homme fort de l’institution de sécurité à qui l’on s’évertuait, hier encore, à tirer un portrait digne d’un homme présidentiable. Hamel qui déclare "detenir que « l’institution de la police est déterminée à poursuivre son travail et à continuer la lutte contre la corruption » aurait-il provoqué le déluge en lançant une sorte de défi par son « Là, je dis que celui qui veut lutter contre la corruption doit être propre » ? Un grief qui sonne tel ce récit biblique que « celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » rappelant au passage, l’air menaçant, que « Personne ne peut arrêter l’institution avec les allégations, les manipulations ou en lui faisant peur. Nous résistons » ? Si en d’autres temps une telle déclaration aurait été passée sous silence et considérée comme un haut le coeur, les circonstances ne le permettent plus et une pareille communication ne saurait être permise, car faisant office de menace si ce n’est une défection.

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