MCA: UN GÉANT AUX PIEDS D’ARGILE

Walid Bouâmama   La Doyen des clubs de football algériens, vient de remporter la 8e Coupe d’Algérie. Un sacre qui peine pourtant à masquer les lacunes dans la gestion du club qui se traduisent trop souvent par des contre-performances. Avec près d’un siècle d’existence, et malgré une évolution en dents de scie, le club a acquis une popularité sans bornes. On le crédite d’ailleurs de plus de 2 millions de supporters lesquels ont hérité du joyeux sobriquet de Chnaoua en référence à leur nombre. C’est dire que le Mouloudia a de tout temps été associé au dynamisme de la jeunesse mais aussi et surtout à la résistance à l’occupation coloniale. Rien d’étonnant que le doyen des clubs soit associé au plus grand symbole de l’Algérie économique indépendante, Sonatrach. La relation entre le doyen des clubs algériens, le Mouloudia club d’Alger et le fleuron de l’économie nationale, remonte aux années soixante-dix lorsque l’État avait imposé, avec l’instauration de la réforme sportive, à chaque entreprise nationale de parrainer un club de football algérien. La Sonatrach avait alors jeté son dévolu sur le club le plus populaire en Algérie, en l’occurrence le Mouloudia d’Alger, et c’est sous ce label que le club algérois allait connaître ses lettres de noblesse, se classant à la hauteur de son histoire. En 2001, en pleine période de crise, la Sonatrach avait décidé de se séparer du Mouloudia, laissant le doyen entrer dans une phase de turbulences inauguré en 2000 par une relégation en deuxième division, évitée de justesse une saison plutôt. Malgré tout le club réussira à remonter la pente la saison suivante autour d’une équipe redessinée. Mais ce n’est que dix ans plus tard que la société nationale des hydrocarbures décide de reprendre le club sous la pression de la rue et mais aussi et surtout celle des pouvoirs publics. Car il faut bien le concéder, le Football et plus précisément le MCA a pris une dimension bien plus importante que celle sportive et s’est hissé au rang d’institution et d’émulateur social. Le retour de Sonatrach survient alors que le professionnalisme est promulgué par les instances du football algérien, sous l’instigation de la FIFA. Le professionnalisme ne donnera pas d’effets probants, du moins dans ses premières saisons, mais Sonatrach signe son retour au MCA comme actionnaire majoritaire, lors d’une cérémonie réunissant le Pdg de l’entreprise de l’époque Abdelhamid Zerguine et Omar Gherib alors président de la section football. Un retour qui a non seulement permis à la Sonatrach de prendre le contrôle total du club mouloudéen et d’apaiser quelque peul les luttes intestines qui le minaient, amis d’injecter de fortes sommes dans les veines du MCA. Le retour de Sonatrach au sein du Mouloudia d’Alger aura été d’un grand soulagement pour les supporters du club, d’autant plus que le club n’a eu de cesse d’être affaibli par les déconvenues à répétition. 200 MILLIARDS DE CENTIMES DÉPENSÉS   Cependant, et en dépit du fait qu’il bénéficie de la manne financière de la plus grande et importante entreprise en Algérie, le Mouloudia d’Alger n’arrive plus à se frayer un chemin dans la cour des grands pour devenir un club à la hauteur de son standing et de sa popularité. Victime du bricolage et de la mauvaise gestion, le doyen des clubs algériens a dépensé une somme de plus de 200 milliards de centimes depuis 2013, sous l’ère de Sonatrach. Des dépenses qui ne lui pas permis, toutefois d’éponger des dettes de 50 milliards de centimes. Une somme que les observateurs jugent « colossale » pour un club qui a décroché, durant cette période, deux coupes d’Algérie. Lorsque Sonatrach avait repris le Mouloudia après plusieurs années de tractations, tout le monde parmi les supporters du club avait cru que cela allait permettre au Doyen de reprendre ses lettres de noblesse et de s’illustrer tant au plan national que continental. Mais la réalité fut toute autre. Il est vrai qu’avec le retour de la société pétrolière l’argent coule à flots, mais force est de constater que les deux Coupes d’Algérie gagnées par le club sont loin de refléter le véritable standing d’une équipe de la trempe du Mouloudia, capable de faire parler la poudre et remporter des titres et des trophées plus importants. Aujourd’hui, de nombreux observateurs s’accordent à dire que le Mouloudia est victime de ses dirigeants et de leur mauvaise gestion et que la coupe d’Algérie remportée le 1er mai 2016 n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Il y a eu, certes, le retour, du reste très contesté, de l’ancien président Omar Gherib à la tête du club, mais cela ne risque de changer en rien au devenir du doyen, du fait que le mal est trop profond. Hommes des polémiques, les déclarations tonitruantes de Gherib n’ont pas manqué de faire réagir. Celui-ci a d’ailleurs multiplié les promesses concernant des primes mirobolantes en contrepartie de victoires en matchs de coupe et de championnat, avant qu’il ne se fasse remonter les brettelles par le Patron, Sonatrach. Rappelons que le président sortant, Achour Betrouni, avait tiré la sonnette d’alarme, estimant que le Mouloudia se devait de diversifier ses sources de financement à travers des investissements et des contrats de sponsoring en bonne et due forme. En d’autres termes, le club doit être géré comme une véritable entreprise commerciale et non comme une entité qui dépend de la manne de l’État. D’autre part, le Mouloudia traine une dette qui dépasse, selon certaines indiscrétions, la somme de 50 milliards de centimes, ce qui complique davantage la situation financière du club. Certains, il est vrai, peuvent soutenir que la cagnotte engrangée à la suite de la victoire en coupe d’Algérie (environ 17 milliards de centimes) peut, un tant soit peu, atténuer la crise, mais beaucoup de spécialistes dans le monde du football pensent que le Mouloudia ne doit pas compter uniquement sur le parrainage de Sonatrach et ses dirigeants sont obligés de dénicher de nouveaux contrats de sponsoring pour assurer l’avenir du club. W.B.  

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