Mohamed Benmeradi : « l’État subventionne indirectement les importations »

  C’est un pavé dans la marre que le ministre du Commerce, M. Mohamed Benmeradi a jeté dimanche matin lors de son passage sur les ondes de la radio nationale. Entre son appréciation du taux de change du dinar qu’il considère surcoté par rapport à sa valeur réelle, plus proche selon lui à la cote du square Port Said, et un aveu à peine voilé quant aux maux qui minent réellement le commerce extérieur, le ministre qui semble s’être empressé de répondre aux attaques d’Amar Benyounes, chef du MPA et ex-ministre du Commerce, se serait-il enflammé ! M. Benmeradi a, en effet, reconnu au micro de la Chaîne III que l'État subventionnait indirectement les importations à travers un taux de change du dinar "surcoté" sur la place officielle. "Les importateurs passent actuellement par un système bancaire avec un taux de change qui ne reflète pas toujours sa véritable valeur. La véritable valeur du dinar est probablement plus proche de celle du marché parallèle. L'État est donc en train de subventionner indirectement l'importation", a-t-il déploré. En outre, le ministre a réaffirmé qu'une évaluation du système de subvention était en cours au niveau du gouvernement : "Nous sommes en train de travailler pour voir concrètement comment basculer d'un système de subvention généralisé vers un système ciblé qui nous permettra de mettre fin à cette incohérence qui contribue aux dérèglements observés dans le commerce extérieur". Le ministre considère néanmoins que le système des licences d’importation a atteint ses limites, même si celui-ci a permis de tirer certains avantages comme la réduction de la facture à l’import de 50 % sur certaines catégories de produits et une baisse de 9 % sur la facture globale. Il considère cependant que ce système a induit certains inconvénients comme la perturbation du fonctionnement de l’économie, en provoquant des coupures dans les approvisionnements en intrants et des hausses de prix, se traduisant parfois, par des « ruptures d’activités ». Le ministre du Commerce relève aussi , qu’en 2017, il a été  observé des surenchérissements de prix « que nous n’arrivons pas à nous expliquer ». Il cite notamment celles du lait, dont il indique au passage que les importations ont augmenté de 50%. Commentant le phénomène des surfacturations des marchandises soumises à importation, M. Benmeradi déclare que celui-ci est « incontestable », assurant qu’il ne saurait préciser dans quelle proportion. Le premier responsable du département du commerce a également indiqué que la suspension des produits à l'importation sera levée dans deux ou trois ans pour être remplacée par un dispositif d'encadrement du commerce extérieur basé essentiellement sur les tarifs douaniers. À ce propos, il a expliqué que la suspension des importations vise fondamentalement à redresser la balance commerciale qui demeure déficitaire et à promouvoir la production nationale: "J'ai entendu dire par ici ou par-là que nous voulions priver les Algériens de consommer ce qu'ils veulent. Non, ce n'est pas du tout ça l'objectif (...) Il faut arriver à tout prix à assurer progressivement une intégration de tout ce qui se produit localement pour faire de la substitution à l'importation". Pour lui, il s'agit d'un "choc" à provoquer dans l'économie nationale où l'ensemble des filières hors hydrocarbures présentent une balance commerciale déficitaire. "Les investissement consentis en Algérie depuis des années tournent seulement entre 20% et 25% de leurs capacités du fait que les entreprises, qui interviennent en aval, ne recourent souvent pas aux produits (fabriqués localement)", a-t-il constaté. Par contre, les importations représentent 80% du chiffre d'affaire de l'industrie nationale, selon M. Benmeradi qui a mis en exergue la nécessité de faire des ajustements économiques visant à mieux intégrer l'économie domestique. Dans ce sens, a-t-il préconisé, le taux d'intégration national dans la filière du montage automobile en CKD/SKD doit monter en cadence pour freiner le niveau très élevé d'importation dans cette filière, qui a atteint 1,7 milliard de dollars en 2017 et pourrait augmenter à 2 ou 3 milliards de dollars dans les prochaines années.
     

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