Mohamed Hadj Djlani. Premier secrétaire du FFS : “Le pouvoir a dépolitisé la société »

      Dans cet entretien, le Premier secrétaire du Front des forces socialistes, M. Mohamed Hadj Djilani plaide pour la nécessité de jeter les fondations de la deuxième République. Il défend un projet de société social-démocrate, lequel devra à terme, selon lui prendre place et mettre fin au « libéralisme autoritaire », qui dit-il ouvre la voie aujourd’hui à une minorité qui « met en danger le pays ». Le premier secrétaire du FFS, prendra soin cependant, de ne pas afficher les positions de son parti quant à une éventuelle participation ou non aux présidentielles de 2019.
 
 En déclarant que « nous sommes en présence de deux lignes, le social-démocratie et le libéralisme hégémonique et que les acteurs politiques et la société civile doivent choisir d’entre les deux ». Pensez-vous que la société algérienne tend vers un modèle de société donnée ou croyez-vous qu’il y a trop de divisions idéologiques qui prennent le pas sur l’essentiel ?
Effectivement, le FFS  a appelé les acteurs politiques et de la société civile à  se déterminer par rapport à deux lignes politiques, ou c’est la ligne du socialisme démocratique au bénéfice de la majorité de notre peuple et la ligne du libéralisme autoritaire au profit d’une minorité bourgeoise naissante liée au grand capital national et étranger. En effet, la loi de finances 2018 et les mesures qui s’en sont suivies reflètent cette évolution. Les manifestations d’octobre 88 déclenchées suite à l’austérité imposée à la population déjà privée de ses droits et de ses libertés ont accéléré le processus de libéralisation de l’économie. Le pouvoir et ses alliés, politiques et sociaux, appuient cette ligne politique, l’assument ouvertement en déclarant que le socialisme est mort. Les lois antinationales, antisociales et antipopulaires, que le pouvoir de par ses lois a fait passer par un parlement à majorité soumis, ouvre la voie à une minorité qui met en danger les richesses nationales, et par là-même, la souveraineté du pays. Ces lois, au lieu d’améliorer la situation sociale des Algériens et Algériennes, ne font que l’aggraver.  
 La population a pâti de l’absence d’une véritable socialisation politique ayant profité plus au discours de propagande et aux appareils idéologiques de l’État. Que propose le FFS pour y remédier ?
C’est vrai que le pouvoir  a versé dans la dépolitisation de la société pour pouvoir la manipuler à sa guise, et imposer sa vision et son discours. Nous disons seulement que les Algériens ne sont pas dupes, la mobilisation des syndicats autonomes, des militants des droits de l’homme, et des collectifs d’étudiants et des médecins n’est qu’un signe d’une prise de conscience pour la nécessité du changement. Le FFS inscrit son action dans la durée avec la mobilisation des citoyens et des acteurs autonomes de la société civile pour expliquer sa ligne politique , y faire adhérer la majorité du peuple  et créer un rapport de force favorable à un consensus national répondant à l’aspiration de tous pour mettre fin au régime actuel  et permettre l’avènement d’une deuxième République fondée sur le droit et la démocratie. Nos dernières rencontres avec les partenaires sociaux, les syndicats et les associations s’inscrivent dans cette action.
Vous considérez que le consensus économique et social n’est pas possible sans débats politiques et sans la mise en place d’un État de droit. Pourriez-vous nous expliquer votre point de vue ?  
Le FFS croit toujours en la primauté du politique sur l’économique. Le développement économique ne peut se faire par des institutions illégitimes, et issues de la fraude. Un pouvoir en manque d’un projet et d’une vision politique, ne peut que faire le bonheur d’oligarchies possédantes et de forces diverses qui instrumentalisent les archaïsmes. Le progrès social ne peut être l’émanation d’un pouvoir dictatorial et usurpateur dont la seule quête est la survie et le maintien de ses privilèges, au détriment des richesses nationales bradées. Le progrès social ne peut être construit par un pouvoir qui se nourrit de la corruption et de la violence, qui, à l’image de ce que feu Hocine Ait Ahmed décrivait : « incapable de construire une route ou des tracés de pâturage entre deux communes sans provoquer une guerre ! ».  
Comment pensez-vous concrétiser cet ordre des priorités ?  
Nous visons à reconstruire un consensus national qui débouchera sur une deuxième République, un État de droit et de justice sociale. Cela passe inévitablement par un dialogue sérieux et inclusif, regroupant toutes les forces vives de la nation.  
 Il y a une convergence de vues entre le FFS et certains partis d’opposition sur la constituante, le PT, par exemple, a lancé une initiative concrète, une pétition dans ce sens. Pourquoi ne pas sortir du simple discours et serrer les rangs ? Est ce par esprit de leadership et d’exclusivité ?
 
  Un observateur initié de la scène politique affirmera que le FFS est le parti qui a rencontré le plus de partis politiques, y compris ceux du pouvoir, le plus d’associations et d’acteurs de la société civile, que ce soit durant la décennie noire lorsque nous avons appelé au contrat national, ou lors de la présentation de notre projet de reconstruction du consensus national.
Par quels mécanismes comptez-vous parvenir concrètement à ce projet de constituante qui traine depuis les années 60 ?  
Si le chemin est long à parcourir pour aboutir à une deuxième République réincarnant les fondements du 1er Novembre 1954 et du 20 août 1956, c’est par la faute du pouvoir qui s’est entêté à rejeter toutes les propositions sérieuses de sorties de crises, à défaut de les pervertir et les dénuder de leur sens, comme ce fut le cas pour la réconciliation nationale. Nous croyons néanmoins, que lorsque tous les acteurs, de tous les courants politiques qu’ils soient, conviendront à un accord contractuel fondé sur le respect des libertés démocratiques, les droits de l’Homme et la justice sociale, nous pourrons alors dessiner les prémices de la deuxième République.  
En attendant, un important rendez-vous, les présidentielles de 2019, est à nos portes. Quelle est donc la position de votre parti à ce sujet ?  
En attendant, il est primordial pour nous de s’intéresser à la situation difficile que vivent beaucoup d’Algériennes et d’Algériens.  Le FFS s’inquiète de la situation des étudiants qui ont comparu devant les tribunaux et les conseils de discipline des universités pour avoir revendiqué des droits pédagogiques et sociaux. Le FFS dénonce la répression des médecins résidents pour avoir manifesté pacifiquement. Le FFS condamne la volonté d’étouffer les libertés politiques et sociales. Quant aux présidentielles, il faut dire qu’il y a un temps pour toute chose. Pour finir, le FFS , solidaire , salue la résistance des syndicats autonomes , des associations, des journalistes, des avocats et les défenseurs de droit de l’homme devant toutes les formes de répression, administrative, policière et judiciaire.  

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