Vers des autoroutes payantes

Le citoyen algérien devra-t-il s’habituer à payer des services et l’usage d’infrastructures qui étaient jusque-là gratuits ? Il semblerait que la crise financière qui affecte les équilibres financiers du pays risque de l’y forcer. Le fait est que l’Etat n’a plus les moyens de financer la construction d’autoroutes, barrages, et ports, pour ne citer que ces structures, sur allocations budgétaires.  Le ministre des Travaux publics et des Transports, M. Boudjemâa Talaï a indiqué mercredi en marge de l’ouverture du Salon international des Travaux publics qu’il n’était « plus question de compter sur la seule dépense publique » pour le financement des projets d’infrastructures.  Il a dans ce sens annoncé l’élaboration d’une nouvelle loi qui permettrait de financer ces projets via des mécanismes de partenariat public-privé (PPP). Le ministre a considéré que ce mode de financement « représente une solution alternative permettant d'assurer la pérennité du développement en Algérie »,  expliquant par le même occasion que « les pouvoirs publics ont mis en place des mécanismes et introduit des facilitations pour permettre une autre approche du développement du secteur et une plus grande ouverture aux opérateurs nationaux et étrangers dans le financement, la réalisation et la gestion des grandes infrastructures dans le cadre d'une démarche économique rationnelle et d'un partenariat gagnant-gagnant ». Il s’agit en réalité de faire financer la réalisation d’une infrastructure par un opérateur privé au public , lesquels pourront en contrepartie, exploiter l’infrastructure en question et bénéficier des revenus générés par l’activité en question. Pour le Professeur en économie Mohamed Belmihoub, la démarche du gouvernement tend à mieux clarifier la notion de partenariat public-privé. « En Algérie, nous avons tendance à confondre partenariat public-privé et prise de participation dans le capital, alors que se sont deux choses complètement différentes. Je pense que cette loi devrait clarifier les choses », nous explique-t-il. Celui-ci  précise aussi que le recours au partenariat public-privé est un modèle largement utilisé à travers le monde depuis plusieurs décennies.   « Il y’a toujours quelqu’un qui paye » Le professeur Belmihoub précise que ce mode de financement des infrastructures s’appuie sur le BOT (Build, operate and transfer), autre ment-dit « construire, exploiter à travers une concession, et transférer l’infrastructure après trente ans d’exploitation, par exemple ». S’agit-il pour autant d’un transfert des prérogatives de l’Etat vers le privé ou d’une privatisation ? Pour notre interlocuteur ce ne sera pas le cas. « Ce n’est pas un patrimoine que l’on va attribuer à une entreprise, comme c’est le cas pour une privatisation. Il s’agit d’une infrastructure qu’on va réaliser et qu’on va gérer dans le cadre d’une concession limitée dans le temps, et qui aboutira au transfert de l’infrastructure à l’Etat. Cette infrastructure appartient à l’Etat ». Il reste que ce mode de financement aura des implications sur la gestion des infrastructures publiques et de leur rentabilité économique. Dans ce, l’économiste indique qu’il « ne peut pas y avoir de BOT, s’il n’y a pas de rentabilité économique ».  En termes plus clairs, dans le cas d’une autoroute,  un financement en PPP pourrait induire un péage. Pr Belmihoub estime que « la notion de service public est politique, alors que sur le plan économique, il y’a toujours quelqu’un qui paye, c’est soit l’Etat, soit l’usager, l’opérateur, lui exploite et attend une certain rentabilité de son investissement ». Il pense, toutefois qu’il serait « faux  de penser qu’il n’y aura aucune intervention du trésor. Le prix du ticket de péage peut être plafonné et subventionné, tout comme le prix d’un mètre cube d’eau mobilisé grâce un barrage réalisé en PPP. Cette décision est du seul ressort de l’Etat ».  

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