Planche à billets : la Banque d’Algérie génère plus d’argent que prévu !

La Banque d’Algérie joue la transparence et publie les chiffres quant aux prêts accordés au Trésor public, dans le cadre de l’article 45 bis de la loi sur la monnaie et le crédit qui avait autorisé le recours à la planche à billets. Les situations mensuelles de la Banque d’Algérie publiées sur la dernière livraison du Journal officiel font ressortir qu’entre le 11 octobre et le 30 novembre 2017, celle-ci a avancé au Trésor public des prêts de l’ordre de 2.485 milliards de dinars, soit l’équivalent de près de 22 milliards de dollars en moins de deux mois.  L’on apprend aussi que l’Autorité monétaire a versé au Trésor public 300 milliards de dinars dans le cadre de la titrisation de ses fonds propres en obligations d’État à court terme. Des montants qui dépassent de plus de 1.900 milliards de dinars ce qui a été avancé par le ministre des Finances M. Abderrahmane Raouiya.  Il est vrai que le recours à la planche à billets avait été justifié par le gouvernement par la nécessité de trouver des solutions alternatives pour la couverture du déficit public. C’est à ce titre que le premier argentier du pays avait estimé ces besoins à près de 30 milliards de dollars d’ici à la fin 2019. Dans le détail, ces derniers ont été estimés à 570 milliards de dinars (5,5 milliards de dollars) en 2017, à 1.815 milliards de dinars (18 milliards de dollars) en 2018 et à 580 milliards de dinars (5,6 milliards de dollars) en 2019.
Ce que le gouvernement omet de dire
Cependant, et si l’on se penche sur les situations mensuelles de la Banque d’Algérie on prend conscience que les 570 milliards de dinars nécessaires à la couverture du déficit public ont été versés au Trésor dès le mois d’octobre. Une question demeure alors : où sont passés les 19 milliards de dollars restants. Le fait est le gouvernement s’est évertué à rassurer l’opinion publique en avançant des montant bien précis et bien rond en termes de besoins budgétaires, en omettant d’expliquer clairement que la planche à billet devait servir à financer, non seulement, le déficit public, mais aussi au rachat des dettes publiques et au financement des opérations du Fonds national de l’investissement. Et la nuance est de taille !  Les prêts de la Banque d’Algérie sont ainsi destinés à régler les créances que les entreprises de BPTPH nationales et étrangères détiennent sur l’État, et à racheter les dettes que des entreprises stratégiques comme la Sonatrach, la Sonelgaz, l’ADE et autres détiennent sur le Trésor du fait des subventions implicites. La planche à billets doit également servir à financer les investissements du FNI dans le secteur de l’Habitat (AADL, LPP…ect), ainsi que les prêts bonifiés que celui-ci concède aux futurs acquéreurs.
La Banque d’Algérie pour limiter les dégâts
Il devient donc clair, que malgré tous les discours tendant à rassurer l’opinion publique, l’Exécutif est loin de s’en tenir aux impératifs d’orthodoxie financière, que le recours à la planche à billets impose. La montée de la contestation sur le front social, et la résurgence des tactiques usitées pour l’achat de la paix sociale, ne front que pousser le gouvernement à retomber dans ses travers. Situation qui ne plaidera certainement pas au respect de l’orthodoxie financière et pour la rationalisation des dépenses publiques. L’impact en serait un emballement du taux d’inflation et une hausse des indices des prix à la consommation. Pour faire face à cette perspective, l’Exécutif s’en remet aux bonnes grâces de la Banque d’Algérie, qui, usant des outils de politique monétaire a récemment décidé de doubler le taux de réserves obligatoires des banques pour absorber les liquidités injectées massivement dans le circuit bancaire, et limiter ainsi l’inflation. Or, comme tout le monde le sait, l’efficacité des outils de politique monétaire est limitée, sans gestion rigoureuse et sérieuse des finances publiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *