Planche à billets : les arguments surannés d’Ouyahia

  Le Premier-ministre, M. Ahmed Ouyahia a présenté dimanche son plan d’action devant l’Assemblée populaire nationale. Un exposé qui  fait la part belle aux questions économiques et financières, dans le plus pur style Ouyahia, lequel ne s’est pas empêché de distiller arguments chiffrés et petites piques aux détracteurs de son programme. D’emblée, le Premier-ministre explique que la démarche de son gouvernement, vise sur le plan économique le double objectif de préserver la souveraineté et l’indépendance financière du pays tout en maintenant la trajectoire de croissance et de développement du pays.  Il ne se privera pas non plus d’encenser la démarche du président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, laquelle dit-il a permis de préserver le pays des effets du choc externe, trois années durant. Au titre de ce train de mesures « sages » et « clairvoyantes », M. Ouyahia citera la décision du Président de la République de pays par anticipation, une dette externe évaluée à plus de 20 milliards de dollars en 2005. Il citera aussi la « gestion prudente des réserves de changes, malgré les recommandations des experts de les placer à l’extérieur ».  Une décision qui a permis selon le premier ministre de préserver nos réserves de change  des pertes occasionnées à certains pays par la crise des marchés financiers en 2008. Il évoque enfin la création du Fonds de régulation des recettes alimenté par le surplus de la fiscalité pétrolière non budgétisée. le chef de file de l’Exécutif omettra cependant de préciser que malgré cette démarche vertueuse, les besoins de financement du déficit public  ont induit des décaissements du FRR supérieurs au dotations plongeant le Trésor dans la spirale des déficits  dès 2011 sous son gouvernement.
La fin du sursis
Il n’en demeure pas moins, qu’au bout d’un sursis de 3 années,  la « capacité de résistance offerte par ces mesures s’est érodée », avoue-t-il. Le Premier-ministre qui ne se gêne pas pour évoquer « une crise importée », rappelle que les réserves de changes sont tombées de » près de 200 milliards de dollars en 2014 à près de 100 milliards de dinars actuellement », explique que le gouvernement a réagi grâce à « une politique de sauvegarde » et au « contingentement des importations par le biais des licences ». Une politique qui sera selon lui affinée grâce à l’introduction de nouvelles mesures et à l’encouragement de la production nationale. Il citera au titre des mesures sa récente instruction pour une application stricte du code des marchés publics au bénéfice des entreprises nationales, publiques et privées. Reste que sur le plan interne, l’extinction du FRR au mois de février dernier et les résultats mitigés du l’emprunt national pour la croissance économique, ne laisse guère d’alternatives en matière de financement du déficit public. D’où le recours aux financements non –conventionnels, justifié selon M. Ouyahia par sept arguments. Il s’agit en premier lieu du fait que le marché financier local n’est pas « de taille à permettra au Trésor de s’y endetter, d’autant que les banques de la place se retrouvent elles-mêmes à une raréfaction de la liquidité », ce qui a même ralentit le financement de projets rentables. Il explique en second lieu que le recours à l’endettement extérieur a été écarté « pour éviter à notre pays (…) de se retrouver après quelques années en situation d’insolvabilité, (…) et de solliciter l’aide du Fonds monétaire international, en contrepartie d’un ajustement structurel économiquement et socialement tragique ».  M. Ouyahia explique aussi que le financement « exceptionnel » du déficit du Trésor par la Banque d’Algérie aura « un impact positif » sur les citoyens car il permettra de relancer les projets de développement gelés ou arrêtés. Et d’ajouter que cet emprunt permettra « à l’Etat de fonctionner sans imposer aux citoyens de nombreux impôts nouveaux » dans le cadre de la loi de finances 2018. Ouyahia avouera même que le fait d’imposer de nouveaux impôts de réglera rien à la crise. Il dira même que ces financements seront une bouffée d’oxygène pour les entreprises locales et les PMI qui recouvriront leurs créances auprès des administrations publiques.
Contradictions
Quant aux critiques adressées par certains économistes et experts à cette démarche, M. Ouyahia, et comme à son habitude lancera une boutade, en expliquant que le rôle des experts et son rôle en tant que chef du gouvernement ayant le souci de payer les salaires de la fonction publique et les retraites, sont différents.  Il se justifiera néanmoins en disant qu’avec un ratio de dette publique interne inférieur à 20 % du PIB, le Trésor a encore une marge de manœuvre. Le chef de file de l’Exécutif se laissera toutefois prendre au jeu des contradictions.  Il sous-entendra aussi les financements  non conventionnels ne participeront pas à la dévaluation du dinar, dans la mesure où celle-ci est induite par la baisse des réserves de change. Une réflexion qui laisse dubitatif quant au crédit d’un tel argument face à la logique économique. Enfin, le premier ministre affirme que ces emprunts n’auront pas d’effets inflationnistes dans la mesure où ils ne financeront pas la consommation, mais l’investissement public, sachant que les emprunts de la Banque d’Algérie serviront aussi à racheter les dettes de la Sonelgaz auprès des banques ainsi que les dettes du Trésor public auprès de la Sonatrach estimées à 900 milliards de dinars au titre des subventions au carburant consommé localement.  

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