Présidentielles 2019 : Quand le vide politique impose un 5e mandat 

« Le « Système » est riche de toutes les terrifiantes significations qu'on veut bien lui attribuer. Et les candidats antisystème ne cesseront pas de sitôt de faire prospérer ce petit capital sémantique. »Johann Chapoutot - Libération - Les multiples sens du discours « antisystème », 15/02/2017
  Une année à peine nous sépare des prochaines échéances électorales et déjà la prochaine présidentielle algérienne se présente comme un véritable casse-tête chinois. Entre pro Bouteflika qui redoublent, ces temps-ci, de sorties et d’efforts pour préparer l’opinion publique à un chimérique 5eme mandat, une opposition défaitiste et éparpillée et l’absence d’un quelconque dauphin susceptible de reprendre le flambeau et assurer la survie du système, les horizons semblent confus. En plus de la morosité politique qui envahie la scène nationale, le manque d’audace mais surtout de courage politique inhibe les volontés et laisse le champs libre au seul candidat du pouvoir qui apparait aux yeux du citoyens-électeurs lambda comme l’unique option à défaut d’alternative. Cette résignation collective semble pourtant gagner les esprits les plus rassis. Si une autre partie de la population est subitement atteinte d’apolitisme préférant s’investir dans des tâches moins ardues et plus rentables, l’autre partie a, quant à elle, privilégié de s’enfermer dans une autarcie affichée en guise de démission. « La politique c’est nocif », semblent-ils dire. L’absence des partis politiques a fini par les discréditer et les faire supplanter par des mouvements syndicalistes autonomes et de réseaux sociaux qu’on a remarqué investir la scène politique. Facebook est devenu la Mecque des sans-partis et des mal représentés. Contrairement aux formations politiques qui ont adopté le leitmotiv galvaudé du « champs politique est fermé » car manquant de base militante autant que d’un véritable projet de société et ne détenant même pas le Smig politique. Un groupe de jeunes medecins residents avait realisé l'inconcevable et faire entendre sa voix à un pouvoir qu'on qualifie d'autiste. Des syndicats autonomes en ont fait autant. Les facebookers ont suscité le desarroi de ce même pouvoir à qui les partis politiques attribuent des pouvoirs surnaturels. « Les murs » de fb sont devenus des plates-formes de revendication, de dénonciation et de révolte. Quoiqu’on dise, le pouvoir s’est montré « conciliant et coopératif » au point où le président de la République, Abdelaziz Bouteflika avait, lui-même, à l'occasion de la fête de la victoire, tenté de relancer le débat politique car considérant que « (…) la scène politique doit connaitre une diversité, une confrontation de programmes et une course au pouvoir, cependant il est du devoir de tout un chacun de contribuer à ce mouvement démocratique pluraliste en plaçant l'Algérie et les intérêts suprêmes de son peuple au dessus de toute autre considération. (…)». Une scène qui reste cependant vide et figée car désertée dès le lendemain de chaque élection locale ou législative. Ce « battez-vous un peu » nuancé par Bouteflika cingle comme une gifle au visage de cette opposition qui semble s’être interdit d’aspirer à la magistrature suprême se limitant à peine à briguer quelques mandats à l’Hémicycle où il fait bon vivre. Les partis politiques algériens semblent désintéressés du Palais d’El Mouradia. Pis encore, la génération post indépendance, venue sans discours politique ni vision du monde, n’aurait pas réussi à engendrer une élite légitime continuant de se cacher derrière la légitimité révolutionnaire et s’accrochant à peine à ses basques. Celle-ci n’est-elle donc pas encore prête à prendre les rennes du pouvoir ? Car comme si parler d’une hypothétique candidature à la présidence de la République ou afficher ses ambitions relève aussi bien pour l’opposition que des acteurs du système d’une certaine pudeur voire même de l’incongru. En abdiquant ainsi et en adoptant la position du « armons-nous et partez », l’opposition politique qui refuse de combattre n’aura-t-elle pas fait qu’un 5eme mandat s’impose comme pour combler un vide politique sidéral et sauver la République ? Et puis, après tout, le petit peuple aime bien les « Bis repetita » (les choses répétées plaisent). Et les promoteurs d’un nouveau mandat semblent l’avoir compris et comptent bien en profiter en se disant « laissons pisser le mérinos ! »  

Une pensée sur “Présidentielles 2019 : Quand le vide politique impose un 5e mandat 

  • 15 avril 2018 à 20 h 32 min
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    Je suis entièrement en accord avec ce que tu dis, mais crois tu vraiment qu’il y a une opposition politique dans le pays ? crois tu qu’il y en a qui veulent du changement ? Et crois tu que cette maffia politico- finanancière qui est bien incrustée dans les rouages du système et aux ordres de la finance internationale donnerait du leste au risque de perdre toutes les largesses et les privilèges dont elle a toujours beneficié ? j’en doute mon ami ! Moi, je crois que cette politique du fait accompli ou du roi borgne au pays des aveugles, arrange tout le monde, pouvoir et (semblant d’opposition) et au final, personne n’exprime de volonté réelle qui pousserait les compétences à aspirer au pouvoir et encore mois ceux qu’on appelle oppposition.

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