Séparer le bon grain de l’ivraie

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Melissa Roumadi-Belferag La crise menacerait-elle la stabilité sur le front social ? Nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour dénoncer un tournant ultralibéral que le pays serait en train de prendre. L’ensemble de la société semble, d’ailleurs, plongé dans une sorte d’hystérie collective. On a peur pour « nos acquis sociaux ». Les événements qui se succèdent alimentent cette peur viscérale de l’inconnu. La levée des dispositions relatives à la retraite anticipée provoque un tel émoi, qu’il peut paraître parfois incompréhensible. Et voilà que l’on agite la possibilité d’une levée des « subventions généralisées ». Deux acquis, deux menaces, au tour desquelles s’articulent les discours de tous les futurs élus, et leurs joutes verbales dans cette foire d’empoigne qu’est la précampagne pour les législatives de 2017. Or, la question mérite que l’on se penche dessus loin de toute volonté d’instrumentalisation électoraliste. Or, il faut bien le concéder, la question transcende, la problématique de la prise en charge des couches les plus défavorisées de la société. C’est la notion même de citoyenneté qui est en cause, et le passage d’un modèle basé sur la redistribution de la rente à une véritable économie de l’offre et de la croissance. La rente coule, cependant, dans nos veines. Le précepte d’«acquis sociaux », cache bien mal les privilèges qui en découlent. Prenons le cas des subventions. Nombreux sont les rapports qui ont démontré, chiffres à l’appui, que celles-ci profitent bien plus aux riches qu’aux pauvres. Le ministre des Finances l’a bien spécifié, il y’a quelques jours. L’intention du gouvernement est de mettre fin aux subventions généralisées, et de réorienter les aides de l’État vers les couches les plus défavorisées de la société. On ne peut plus se permettre de subventionner le sucre destiné aux commerces de pâtisseries, et à l’industrie agroalimentaire. Nous ne pouvons plus subventionner l’huile des friteries et autres sandwicheries. Nous ne pouvons pas non plus subventionner l’essence et le mazout des petites et grosses cylindrées qui se pavanent sur les grandes artères, affichant une aisance grossière et ostentatoire, comme une provocation à l’endroit de tous. Nous pouvons, par contre subventionner les ménages à faible revenu, soutenir le ticket de transport et développer un réseau de transport et de services urbains performant, ainsi qu’aider les agriculteurs. C’est là, le cœur du rôle social de l’État. C’est aussi une question de performance économique. Il lui reste un challenge à relever, cependant : faire la part des choses dans une société en perte de valeurs, cibler les ménages à soutenir, les professions à avantager en termes de retraites, les segments d’activités à encourager. Car lorsqu’il s’agit de privilèges, tous les ménages se disent défavorisés, même ceux possédant des véhicules, ils prétendent tous à l’aide au logement, tous les professionnels prétendent à la retraite anticipée, même s’ils passent quatre heures par jour assis derrière un bureau, et j’en passe ! Bref, il faudra séparer le bon grain de l’ivraie... M.R.B.

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