SYLABS : L’ACCOMPAGNEMENT DES STARTUPS SE CONJUGUE AU PRIVÉ

Samira Ghrib   La création de startups innovantes peut s’avérer être un véritable chemin de croix. Si la théorie veut que la condition sine qua non de la création d’un business est d’abord d’avoir « une idée innovante », en Algérie, force est de constater que cela ne suffit pas. Le premier des obstacles auxquels devra faire face l’entrepreneur étant d’avoir accès à un espace professionnel à prix abordable. L’explosion des prix de l’immobilier locatif dans les grandes villes n’y aide pas. Il est vrai que les pouvoirs publics ont pris l’initiative de créer des Technoparcs et des incubateurs d’entreprises destinés à accompagner les startups, tant en matière d’hébergement, qu’en matière de conseil en financement durant la phase de création. Le premier a été créé au sein de ce qui devait devenir la nouvelle ville de Sidi Abdellah, à Alger, avant qu’un second incubateur n’ouvre ses portes récemment à Oran. Or, ces efforts semblent encore insuffisants pour satisfaire une demande de plus en plus importante, d’autant que le Technoparc de Sidi Abdellah pèche par une localisation trop excentrée par rapport aux agglomérations urbaines. D’où l’apparition de plusieurs espaces privés de coworking, autrement dit de travail collaboratif, comme espaces complémentaires aux incubateurs de l’Agence nationale de développement technologiques. Après Coworking Algérie, Buro Club en plein Boulevard Amilcar Cabral près de l’Amirauté d’Alger, The Adress qui a ouvert un espace dans le Mall d’Al Mohammadia, c’est au tour de Sylabs de créer une nouvelle surface. Le concept est à chaque fois le même; des espaces de bureaux adossés à une ou plusieurs salles de réunion, ou de conférence. Sylabs se démarque cependant par sa volonté d’aller plus loin que le simple coworking. Pour le fondateur et le manager de Sylabs, M. Abdellah Mallek, l’espace qu’il a créé est, avant tout, un accélérateur de talents. Le fait est que la jeune entreprise se démarque par un laboratoire de prototypage créée en partenariat avec le géant américain General Electric. C’est grâce à l’apport d’une imprimante 3D que les jeunes porteurs de projets pourront ainsi voir les idées passer du simple dessein ou croquis au prototype bien concret. Un vrai plus dans l’accompagnement de projets selon M. Mallek, qui précise que pas moins de 4 projets ont bénéficié des services de ce laboratoire de prototypage depuis l’ouverture de Sylabs, le mois de mars. C’est, d’ailleurs de cette particularité que Sylabs tire son nom, une digression entre synergies et laboratoires.   SYNERGIES   Parce qu’il faut le préciser, Sylabs se décrit comme un melting pot intellectuel, où les efforts de chacun sont mis en synergie dans cette espace de travail collaboratif. Abdellah Mallek explique que l’espace réservé aux conférences n’est loué que trois ou quatre jours par mois. Un choix que le jeune entrepreneur assume, d’autant que l’espace est utilisé le reste du temps pour abriter des conférences et entrepreneurs Open Coffees que Sylabs organise gratuitement. En réalité, cet espace sert d’émulateur pour les partenaires de Sylabs. Selon M. Malek, les conférences organisées permettent ainsi de susciter le débat sur les questions de l’innovation et startups. Il s’agit d’en apprendre plus, mais aussi d’améliorer la visibilité des entreprises qui travaillent avec Sylabs, que de la startup en elle-même. Sylabs se décrit, d’ailleurs ,comme une « Académie », où « chaque compétence est transmissible, voire contagieuse). Chacun des membres peut offrir ses connaissances à la communauté, et bénéficier de celles des autres. Pour nourrir cet esprit de partage, elle organise des workshops et des mini-formations autour du numérique comme le développement, le design ou la stratégie digitale.   COWORKING   Le coworking et la location d’espaces de conférences, n’est en fait qu’une activité secondaire de Sylabs. Ainsi pour 8 000 DA par mois, un jeune entrepreneur, porteur de projet ou même un freelancer peut louer un espace de travail. Sylabs ne permet, cependant pas la domiciliation d’entreprises, préférant ne pas se positionner sur ce segment, pourtant autorisé par la réglementation. Ceux qui souhaitent organiser une conférence peuvent même bénéficier de l’accompagnement logistique qui fournit catering, logistique et équipe, stratégie digitale et visual communication, ainsi que la couverture photo et vidéo. Mais c’est surtout la localisation de l’espace qui présente un attrait certain. La Eurl Talfact qui gère l’espace Sylabs a convertit une ancienne usine en une surface de travail. C’est 300 m2 d’espaces ouverts aux porteurs de projets et aux freelancers dans l’Hyper-centre d’Alger, tout près de la grande poste. Un choix loin d’être anodin. Abdellah Mallek explique que dans le coworking, le plus important est la localisation. « Location, location et toujours location (à lire en Anglais. NDLR ), explique M. Mallek. Et d’expliquer que le choix s’est porté sur Alger-centre en raison de sa proximité et de son accessibilité par rapport aux principaux centres universitaires, les espaces professionnels et entreprises. Il avoue néanmoins, que la création en cours d’un quartier d’affaires à Bab Ezzouar, tout près de l’Université Houari Boumédiène, même si la vision n’est pas aboutie, pourrait conduire l’entreprise à revoir à terme ses projections. Il expliquera que c’est la localisation qui a été le principal défaut de l’incubateur de l’ANDT à Sidi-Abdellah, même si celui-ci avait été conçu au départ pour faire partie intégrante de la nouvelle ville éponyme.   UN ÉCOSYSTÈME FAVORABLE AUX STARTUPS   Le patron de Talfact, se rappelle, d’ailleurs, de son passage par l’incubateur de Sidi Abdellah en 2011, lorsqu’il a tenté de développer une plateforme dédiée au tourisme et dénommée «Ali Tourisme». Un projet qui n’a pas abouti, malgré l’accompagnement de l’ANDT, en raison de divers facteurs comme l’absence de données relatives au secteur du tourisme, mais aussi en raison de la culture managériale des responsables des entreprises touristiques qui ne voyaient pas l’intérêt d’une plate-forme dédiée au secteur et encore moins de la communication numérique. Abdellah Mallek pense, dans ce contexte, que les espaces dédiés au développement et à l’accompagnement des startups ne suffisent pas pour booster l’économie numérique, mais il faut tout un écosystème la favorisant, que ce soit sur le plan des mentalités, du marché, de la réglementation, et même de l’accès aux financements. Sur ce dernier point, M. Mallek explique que le système bancaire algérien « n’a pas de perception de la valeur intrinsèque des entreprises à valeur intellectuelle. Les banques financent des investissements et l’achat de matériel, tandis qu’une startup innovante n’a pas besoin de matériel, mais de financer la production intellectuelle, donc de payer des salaires et financer un budget d’exploitation. » Il estime que le modèle de financement de l’Ansej n’est pas du tout adapté aux startups, pour ces mêmes raisons. S.G.

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