Tunisie : Craintes pour la transition démocratique après le vote d’une loi

  La société civile et l'opposition tunisiennes ont exprimé leur vive inquiétude pour la transition démocratique de l'unique pays rescapé du "Printemps arabe", après l'adoption d'une loi controversée d'amnistie de fonctionnaires impliqués dans la corruption sous la dictature. L'approbation de la législation mercredi soir à l'issue d'une journée houleuse au Parlement intervient en outre dans la foulée d'un vaste remaniement lors duquel d'anciens ministres du dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali ont rejoint le gouvernement, à des postes importants (Finances, Education). L’Agence France presse rappelle que Ce remaniement a été perçu comme un renforcement de la mainmise du président Béji Caïd Essebsi sur le gouvernement, à l'approches d'échéances électorales --municipales en décembre, législatives et présidentielle dans deux ans. Présenté par le président Essebsi mi-2015, le projet de loi prévoyait l'amnistie de certaines personnes --hommes d'affaires, anciens du régime Ben Ali et autres-- poursuivies pour corruption, en échange du remboursement à l'Etat des sommes indûment gagnées et d'une pénalité financière.n Face au tollé et à la mobilisation de la rue ces deux dernières années, le texte a été revu pour ne concerner que les fonctionnaires accusés d'être impliqués dans des faits de corruption administrative et n'ayant pas touché de pots-de-vin. Pour défendre la loi, la présidence a invoqué l'économie, disant vouloir "libérer les énergies" au sein d'une administration frileuse. Environ 2.000 hauts fonctionnaires "qui n'ont touché aucun pot-de-vin" sont concernés, a noté le directeur de cabinet du président, Selim Azzabi. Pendant la dictature, ils "ont reçu des instructions et les ont appliquées sans en tirer profit", a-t-il insisté.  "Nous voyons aujourd'hui dans les régions qu'il n'y a que 35% du budget alloué (aux régions défavorisées) qui est dépensé. Pourquoi? Parce que l'administration a peur (..), il y a beaucoup d'employés qui bloquent les projets publics", a-t-il ajouté, assurant que la loi pouvait "apporter 1,2% de croissance en plus pour la Tunisie", dont l'économie est atone. Une argumentation rejetée par l'opposition et la société civile, pour qui la législation encourage au contraire l'impunité alors que la corruption est endémique. Elle pourrait même, selon eux, signer le début d'un retour à des pratiques autoritaires.  

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