Un déficit à 30 milliards de dollars ?

    Dr Abderrahmane Mebtoul Expert international     L’objet de cette présente contribution est d’analyser la structure des échanges extérieurs de l’Algérie de 2013 à septembre 2016. Le risque, comme analysé dans maintes contributions, est de se retrouver, au vu dernières statistiques officielles, incluant pas seulement les biens mais les services et les transferts légaux de capitaux, est un déficit de la balance des paiements de 30 milliards de dollars fin 2016 et donc une ponction dans les réserves de change.   SITUATION DE LA BALANCE COMMERCIALE  EN 2014 ET 2015   Les résultats globaux obtenus en matière de réalisations des échanges extérieurs de l’Algérie pour l’année 2014 font ressortir un excédent de la balance commerciale de 4,63 milliards de dollars US, soit une diminution de 53,49% par rapport à celui enregistré durant l’année 2013. Cette tendance s’explique simultanément par une hausse des importations et une baisse des exportations. En termes de couverture des importations par les exportations, les résultats en question, dégagent un taux de 108% en 2014 contre 118% en 2013.Concernant la structure des exportations hors hydrocarbures, elles sont toujours marginales et demeurent dominées par les dérivées d’hydrocarbures, et les déchets ferreux et semi-ferreux, excepté le sucre pour un montant de 2,582 milliards de dollars. La structure se présente comme suit : -alimentation 0,62% ; -énergie et lubrifiants 94,54% -produits bruts 0,28% - demi-produits 4,48% -biens d’équipement industriels 0, 05% -biens de consommation non alimentaires 0,03% ; les dérivées d’hydrocarbures dont les huiles représentent 988 millions de dollars soit 36,35 %, l’ammoniac avec 568 millions de dollars soit 21,29%, les engrais 292 millions de dollars soit 11,33% et hydrogène/ gazeux 47 millions de dollars soit 1,82% ayant un total de 71,79%. Pour la situation de la balance commerciale en 2015, nous avons une contraction de 39,91% par rapport à 2014. Les résultats globaux obtenus en matière des réalisations des échanges extérieurs de l’Algérie pour la période de l’année 2015 font ressortir un déficit de la balance commerciale de 13,71 milliards de dollars contre un excédent de 4,31 milliards de dollars durant l’année 2014. En termes de couverture des importations par les exportations, les résultats en question, dégagent un taux de 73% en 2015 contre 107% enregistré en 2014. La structure des exportations se présente ainsi : alimentation 0,62% -énergie et lubrifiants 94,54% -produits bruts 0,28% - demi-produits 4,48% -biens d’équipement industriels 0, 05% -biens de consommation non alimentaires 0,03% . Pour les exportations hors hydrocarbures, elles sont marginales toujours dominées par les dérivées d’hydrocarbures, et les déchets ferreux et semi-ferreux, excepté le sucre. Les huiles représentent 588 millions de dollars soit 37,34%, l’ammoniac 502 millions de dollars soit 24,35%, les engrais 439 millions de dollars soit 21,27%, hydrogène gazeux 25 millions de dollars soit 1,21%. L’ensemble représente 84,17% du total des exportations hors-hydrocarbures.   SITUATION DE LA BALANCE COMMERCIALE JANVIER/SEPTEMBRE 2016   Selon le Centre national de l’informatique et des statistiques relevant des Douanes algériennes (CNIS) , durant les neuf premiers mois 2016, les principaux clients de l’Algérie demeuraient les mêmes, soit l’Italie avec 3,8 milliards de dollars (19,07%), l’Espagne avec 2,71 milliards de dollars (13,5%), la France avec 2,24 milliards de dollars (11,21%), les Etats-Unis avec 1,milliards de dollars (8,22%) et le Canada avec 1,06 mds milliards de dollars (5,31%). Quant aux principaux fournisseurs de l’Algérie, la Chine garde la première position avec un total de 6,19 milliards de dollars (17,64%), suivie de la France avec 3,66 milliards de dollars (10,45%), de l’Italie avec 3,66 milliards de dollars (10,44%), de l’Espagne avec 2,72 milliards de dollars (7,76%) et de l’Allemagne avec 2,15 milliards de dollars (6,13%). La valeur des importations de biens a atteint 35,084 milliards de dollars soit une baisse de 11,09% par rapport à la même période de 2015. La valeur des biens alimentaires importés a atteint de 6,114 milliards de dollars, soit 17,42% des importations globales et une part de demi-produits montrant la faiblesse du taux d’intégration de 8,652 milliards de dollars (24,66% du total). La valeur des biens d’équipements industriels a atteint 11,548 milliards de dollars (32,24%).Si la même tendance se poursuit au dernier trimestre 2016, les importations de biens seront de l’ordre de 48 milliards de dollars. Comme entre 2010/2015, la valeur des services importés non compris dans ces calculs ont été de l’ordre de 10/12 milliards dollars/an et si l’on ajoute les transferts de capitaux des firmes étrangères  qui varient entre 3 et 5 milliards de dollars/an, les sorties de devises pour 2016, supposant une compression, approcheront ou dépasseront 60 milliards de dollars. La valeur des exportations a atteint durant ces neuf premiers mois de l’année, 20,045 milliards de dollars contre 26,932 milliards de dollars pour la même période de 2015. Ce qui représente une baisse de 25,57% donnant un déficit commercial de 15,04 milliards de dollars. Les exportations hors hydrocarbures demeurent marginales puisque la rubrique, énergie/lubrifiants dépasse 95% et tous les autres produits pour les neuf premiers mois totalisent 1,25 milliards de dollars et demeurent caractérisés par une prédominance des demi-produits avec une valeur de 936 millions de dollars dont 70% de dérivés d’hydrocarbures  et  de produits agricoles pour 208 millions de dollars. Ainsi le déficit de la balance commerciale de janvier à septembre 2016 s’est établi à 15,04 milliards de dollars. Si la tendance se poursuit, on risque de clore l’exercice 2016 avec un déficit commercial de 20,05 milliards de dollars. Si l’on ajoute un minimum 7 milliards de dollars de transferts de services et 3 milliards de dollars de transferts de capitaux ( ces montant pourraient être plus importants), le déficit de la balance des paiements, seul agrégat de référence valable, approchera ou dépassera 30 milliards de dollars et ce bien entendu , à condition le cours du pétrole se maintienne à un niveau de 50 dollars et plus.   ALLER VERS DES RÉFORMES STRUCTURELLES OU AU FMI HORIZON 2020   Les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 57% durant les 9 premiers mois de 2016 contre 68% à la même période de 2015.L’important déficit annoncé devant toujours distinguer la dépense en dinars et la dépense en devises, aura un impact sur le niveau futur des réserves de change. On ne peut pas compresser les importations à l’infini quitte à paralyser tout le secteur économique et aller vers une spirale inflationniste à deux chiffres avec des incidences politiques et sociales. C’est que 83% du tissu économique en 2016 est constitué de petits commerces/services. Le secteur industriel représente moins de 5% du produit intérieur brut et sur ces 5% plus de 95% sont des PMI/PME peu innovantes. Environ 70% des besoins en biens finis et semi finis des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15/20% provient de l’extérieur. Une rencontre aura lieu en décembre 2016 Algérie/Afrique ayant pour but d’encourager les exportations hors hydrocarbures en Afrique. Or, dans la structure des exportations algériennes, les hydrocarbures continuent à représenter l’essentiel des ventes à l’étranger. La question qui demeure posée est la suivante : quels sont les produits que l’Algérie exportera. La dynamisation des sections hors rente exportatrices 2017/2020, dans le cadre des valeurs internationales, (coût/qualité), tenant compte de la forte concurrence internationale, dépendra des réformes structurelles qui tardent à venir. Or, cela conditionne des entreprises publiques et privées innovantes reposant sur la recherche/ développement et les nouvelles technologies, pour être compétitives. Je recommande au gouvernement et à certains médias d’éviter de jouer  sur les émotions et de vouloir voir l’ennemi extérieur partout alors que le mal et la guérison sont en nous et dépendent de nous. Il faudra t analyser objectivement la structure économique actuelle et ses perspectives, si l’on avoir une économie diversifiée en termes de cout/qualité face à la concurrence internationale qui sera de plus en plus rude. Ils devront éviter les discours qui ne portent plus. L’Algérie n’a pas d’autres choix : soit continuer dans la voie actuelle et aller directement vers le FMI horizon à l’horizon 2020 avec les incidences géostratégiques que cela implique ou se décider enfin à mettre en œuvre les réformes structurelles, et profiter du semblant d’aisance financière relative de court terme pour amortir les chocs sociaux impliquant une moralité sans faille de ceux qui dirigent la Cité et un langage de vérité fondé sur un dialogue productif. L’Algérie en a les potentialités.   ademmebtoul@gmail.com

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