UNE RENTRÉE SOCIALE EXPLOSIVE !

sellal-soucieux-NP Melissa Roumadi Belferag   Les grands comptes économiques sont définitivement dans le rouge. Et le gouvernement n’a plus d’autre option que de trancher dans le vif.  Après avoir, vainement, tenté de ménager le chou et la chèvre, choisit de réduire de manière drastique les dépenses en capital en gelant les grands projets d’investissements publics. C’est la dépense dite sociale qui risque de faire les frais de la crise. La messe est dite ! L’État n’a plus les ressources qui lui permettaient jusqu’à présent de maintenir à flot un système qui garantissait des subventions dont tout le monde profitait, les riches autant que les pauvres. Il ne peut pas non plus, remédier aux déséquilibres des caisses de sécurité sociale et de la caisse nationale de retraite en y affectant une part de la rente pétrolière, encore moins maintenir les sureffectifs dans la fonction publique et dans le secteur économique public. L’année 2017 ne s’annonce guerre sous de meilleurs auspices. Le gouvernement a, d’ores et déjà, décidé de mettre fin à la retraite anticipée sans condition d’âge et entend introduire, en 2017, de nouvelles taxes sur les ménages. L’épuisement des ressources du Fonds de régulation des recettes fait craindre le pire ! Le gouvernement aura-t-il encore les moyens d’assurer les salaires de la fonction publique laquelle souffre déjà d’un sureffectif d’un million de fonctionnaires. Aura-t-il les moyens de tout subventionner, pain, lait, huile, sucre, logement, santé, eau et énergie ? La peur commence déjà à s’emparer des esprits. Des mouvements sociaux sont déjà annoncés dans plusieurs secteurs de la fonction publique, et qui risquent d’atteindre le secteur économique. En cause, les retraites, un arbre qui cache la forêt de « la défense des acquis ». Des « acquis », qui ont, toutefois, été jusque-là financés par les seuls bienfaits de la rente pétrolière, loin de toute considération liée à la productivité ou à l’efficacité économique.   UN MILLIER DE GRANDS PROJETS GELÉS   Il serait utile de rappeler que l’Algérie a perdu plus de la moitié de ses revenus en devises et une importante de ses ressources budgétaires depuis la chute drastique des cours du pétrole en juin 2014. Le gouvernement a alors décidé, dès janvier 2015, de couper dans les dépenses d’équipement et de geler plusieurs projets d’investissements publics, en attendant de voir venir et d’espérer un léger redressement des cours dès la fin de 2015. Toutefois, le redressement tant attendu n’est pas intervenu. Les prix du Brent ont même plongé flirtant avec la barre des 30 dollars le baril. Jusqu’au jour d’aujourd’hui les cours demeurent accrochés aux 50 dollars le baril sans vouloir se détacher et décoller. Entre temps, des milliers de projets ont été gelés avec tout ce que cela implique sur le dynamisme de l’activité économique. Le député PT Smail Kouadria évoque pas moins de 5 000 projets gelés. De source proche du ministère des Finances, il faudrait faire la distinction entre les différents projets qui ont été gelés, entre ceux menés au niveau central, ceux menés par les collectivités locales, ou encore ceux menés dans le cadre des PCD. Une chose est certaine, explique notre source, « près d’un millier de grands projets, pour une valeur globale de près de 10 milliards de dollars ont été gelés ». Mais au-delà de la question du gel et du financement des projets, c’est la gestion de la dépense publique d’équipement qui pose de nombreuses interrogations, notamment au niveau local. La maturation des projets, les études, le respect des délais, mais aussi et surtout l’opportunité de la dépense et la capacité d’un projet d’équipement à répondre aux besoins des acteurs économiques et sociaux, posent problème. Ne pas y remédier se traduirait par la propension des donneurs d’ordres à jeter l’argent, cette ressource devenue précieuse, par les fenêtres.   LE CHÔMAGE POINTE À L’HORIZON   La situation actuelle impacte en premier le secteur du BTP qui enregistre une décélération de la croissance. Selon les chiffres de l’Office national des statistiques, la croissance dans le secteur du BTP a inscrit un recul  de 0,3 points. Un déclin limité, justifié par  l’activité induite par certains projets toujours en cours et lancés d’avant la crise. Un répit, somme toute, avant que la dépression ne touche de plein fouet ce secteur. Celle-ci a, toutefois, déjà touché d’autres branches d’activité, le commerce extérieur notamment.  La mise en place des licences d’importations a lourdement affecté l’activité des concessionnaires automobiles, lesquelles annoncent des plans de licenciements massifs. C’est ainsi que plusieurs milliers de salariés pourraient venir renforcer les rangs des demandeurs d’emploi d’ici la fin de l’année 2017. Le chômage risque aussi de toucher des salariés dont les emplois étaient jusque-là garantis.  L’intention des pouvoirs publics de faire le ménage dans la fonction publique est nette. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale a indiqué, il y’a quelques mois, que la fonction publique pâtit d’un sureffectif d’un million de fonctionnaires, soit le tiers de l’effectif global.   Que dire des jeunes gens employés dans le cadre du préemploi, et qui constituent une charge supplémentaire pour le budget de l’Etat. A la fin de l’année, le déficit du Trésor atteindra les 2300 milliards de dinars, tandis que les ressources du Fonds de régulation des recettes ne dépassent guère les 800 milliards de dinars. Autrement dit, l’Algérie n’a plus les moyens d’entretenir une pléthore de fonctionnaires qu’on veut pousser à la retraite, sans pour autant les remplacer. Elle risque aussi de se passer de la formule DAIP, dont l’objectif était de placer les jeunes primo-demandeurs d’emplois en orbite. Autant dire que ceux qui jubilent à la vue des chiffres de l’ONS quant à un taux de chômage de 9,9 % en 2016, risquent vite de déchanter. En tout état de cause, même l’Office note une précarisation de l’emploi, en raison d’une progression de l’emploi non permanent, au détriment  de l’emploi permanent.   ENCORE DES TAXES...   Il est clair que dans pareille conjoncture, la propension à la réduction des dépenses ira crescendo et risque de toucher une nouvelle fois les subventions. Le soutien des prix de l’électricité, du gaz et des carburants, a baissé en 2016. Il pourrait suivre la même tendance en 2017. Les prix de logements réalisés dans le cadre des programmes publics augmentent. Le gouvernement se trouve aussi dans l’obligation d’augmenter ses ressources fiscales. Pour se faire, un seul canal. Celui de la hausse des taxes. La loi de finances 2016 a introduits une hausse des taxes sur les produits énergétiques tous types confondus, des taxes foncières et d’habitation et des taxes sur les véhicules neufs et la vignette automobile, pour ne citer que ceux-là.  Il en sera de même en 2017. Celle-ci prévoit d’introduire une taxe pour l’efficacité énergétique. Autrement dit, les équipements électroménagers, notamment les climatiseurs, énergivores seront taxés. Elle prévoit aussi d’instaurer un régime d’imposition aux activités de vente de biens meubles d’occasion. Autrement dit, les transactions sur le marché de l’occasion seront désormais taxées. La même LF 2017 prévoit de nouvelles taxes sur la publicité sur les produits importés. Il va s’en dire que toutes ces taxes seront supportées par le consommateur final.   TROUVER DE NOUVELLES RESSOURCES   Tout autant de mesures destinées à trouver de nouvelles sources de financement budgétaire. Ce qui est devenu un défi en soi omettant que trop d’impôts tuent l’impôt. Le gouvernement a d’ailleurs tenté « d’innover » en ce sens. Il s’est essayé à un semblant d’amnistie fiscale dans l’objectif de canaliser l’argent de l’informel dans le circuit bancaire et d’élargir, par la même occasion, l’assiette fiscale. En vain !  L’opération qualifiée de mise en conformité fiscale volontaire, et qui devait prendre fin cette année 2016, sera prorogée jusqu’à fin 2017. Et c’est autant pour l’emprunt obligataire national qui poursuivait les mêmes objectifs. Il a, certes, mobilisé plus de 2,1 milliards de dollars en juin 2016, mais il s’est soldé au final par le transfert d’une part importante des ressources bancaires vers le Trésor public.  Du coup l’on pense à l’ouverture du capital de banques publiques comme le CPA via la bourse pour trouver de nouvelles ressources. Or, cela est-il encore faisable ? « La réussite » de l’emprunt n’a été que le fruit de l’engagement d’opérateurs publics, notamment, les compagnies d’assurance, et dans une moindre mesure de certains opérateurs du secteur privé. D’ailleurs, il aura fallu, au président du Forum des chefs d’entreprises, M. Ali Haddad, d’apostropher ses collègues du FCE pour les mener à respecter leurs engagements en matière de souscription à l’emprunt. Autant dire que la confiance règne.   DES RÉFORMES : OUI MAIS…   Ces quelques  mesures sont loin de constituer un remède à la crise. Il faudra réformer et c’est un impératif. La Banque mondiale note que le gouvernement algérien a pris un train de mesures en « autorisant les investissements privés dans des entreprises publiques, la création de nouvelles zones industrielles et un assouplissement des restrictions imposées à l’investissement des revenus tirés d’allègements fiscaux ». Aussi, un «nouveau modèle de croissance économique» a été, récemment,  débattu et adopté en Conseil des ministres. Les objectifs sont ambitieux, sauvegarder la croissance tout en garantissant la justice sociale. Les axes s’articulent sur « une politique budgétaire rénovée soutenue par une amélioration des recettes de la fiscalité ordinaire de sorte qu’elle puisse couvrir, à l’horizon 2019, les dépenses de fonctionnement ainsi que les dépenses incompressibles d’équipements publics ». Ce modèle s’appuie aussi sur la mobilisation du marché financier local.  On s’attache aussi aux dépenses d’équipements publics, mais aussi à investir essentiellement dans les secteurs à forte valeur ajoutée tels que les énergies renouvelables, l’agro-industrie, les services, l’économie numérique et celle du savoir, l’industrie en aval des hydrocarbures et les mines. Les hydrocarbures auront toujours de l’importance vu que le projet en question compte sur un relèvement de la production hydrocarbure. Le modèle comprend également des mesures visant à consolider la justice sociale sans surcoûts économiques, réformer la fiscalité et mettre le budget au service de la croissance et du développement humain et durable. Que de professions de foi. Et dire que ce sont ces mêmes objectifs que l’on poursuit depuis plus d’une décennie, s’attachant à promouvoir des projets aux contours toujours aussi flous. M.R.B.

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