Air Algérie prend son envol continental : nouveaux hubs, fret en plein essor et ambitions mondiales pour la compagnie nationale

Air Algérie entre dans une nouvelle dimension. En l’espace d’une seule journée, la compagnie nationale a signé un mémorandum d’entente stratégique avec la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger pour la construction d’un centre de fret moderne, tout en dévoilant un programme d’expansion commerciale sans précédent vers l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Une conférence de presse tenue jeudi à Alger, animée conjointement par le PDG d’Air Algérie, Hamza Benhamouda, le PDG de la SGSIA, Mokhtar Saïd Mediouni, et le directeur général d’Air Algérie Cargo, Abdelkader Salmi, a permis de mesurer l’ampleur de cette transformation en cours.

Sur le front du développement du réseau passagers, Hamza Benhamouda a annoncé l’ouverture imminente de la ligne Alger-Libreville, prévue à la mi-juin, qui sera suivie de l’inauguration de quatre autres destinations africaines : Luanda en Angola, Maputo au Mozambique, Accra au Ghana et Lagos au Nigeria. Au-delà du continent africain, la compagnie prévoit d’ouvrir une ligne vers Shanghai à l’hiver 2026, ainsi qu’une nouvelle destination européenne avec Varsovie, la capitale polonaise. Le PDG a toutefois précisé que « la concrétisation de ce programme dépend de la poursuite de la réception de nouveaux avions acquis », liant ainsi directement l’expansion commerciale au renouvellement en cours de la flotte.

C’est précisément dans ce contexte de montée en puissance que s’inscrit la signature du mémorandum d’entente pour la réalisation du centre de fret. Le document a été paraphé en présence de personnalités de premier plan, dont le PDG du groupe Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, le directeur général des Douanes, le Général-Major Abdelhafid Bakhouche, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache, et le président de l’Union nationale des entrepreneurs publics, Ahmed Belayat, soulignant la dimension interministérielle et stratégique du projet. Le futur centre sera implanté dans la zone sud-est de l’aéroport, via l’aménagement et la réhabilitation de l’aérogare 3, dont le bâtiment actuel s’étend sur une superficie de 10 530 mètres carrés avec une capacité de stockage de 25 500 mètres cubes. Il comprendra des zones dédiées au traitement des marchandises à l’importation et à l’exportation, des entrepôts modernes, des chambres froides pour les produits sensibles et pharmaceutiques, des zones de tri rapide, de contrôle douanier et des quais de chargement. Une extension de 5 000 mètres carrés supplémentaires est également prévue à l’horizon de vingt-quatre mois. Le délai de réalisation de la première phase est fixé à douze mois, et le projet repose sur un modèle d’autofinancement adossé à un contrat d’exploitation d’une durée de trente ans.

Pour Hamza Benhamouda, ce projet représente bien plus qu’une infrastructure supplémentaire. Il a affirmé qu’il « s’inscrit dans le cadre des efforts de diversification de l’économie et de promotion des exportations hors hydrocarbures, visant également à activer les mécanismes d’intégration économique, à l’instar de la Zone de libre-échange continentale africaine ». Il a par ailleurs annoncé des prévisions tablant sur « une hausse du fret d’environ 19 000 tonnes en 2023 à plus de 65 000 tonnes à l’horizon de 2029 », des chiffres qui « traduisent clairement l’accélération de la demande et la confiance accrue dans les capacités du fret aérien national ». Ces perspectives s’appuient sur une croissance déjà spectaculaire : 26,5 % en 2023, un « bond qualitatif » de 31 % en 2024, et une dynamique maintenue à plus de 25 % en 2025. Pour renforcer ses capacités opérationnelles, le groupe prévoit la conversion de cinq avions supplémentaires au profit de l’activité cargo, portant la flotte totale à six appareils, afin de cibler de nouveaux marchés en Afrique, en Asie et en Amérique du Nord. Hamza Benhamouda a également annoncé la conclusion prochaine d’un accord de partenariat stratégique entre Air Algérie Cargo et Ethiopian Airlines, « permettant l’exploitation optimale des réseaux » des deux compagnies sur le continent africain.

Du côté de l’aéroport d’Alger, la transformation est tout aussi profonde. Mokhtar Saïd Mediouni a indiqué que l’aéroport Houari-Boumediene avait enregistré plus de dix millions de passagers en 2025, avec des prévisions dépassant les onze millions en 2026. Des travaux sont en cours pour développer le Terminal 1, notamment en y orientant les vols à bas coût. Des systèmes d’enregistrement intelligent et des parcours en libre-service appuyés par des technologies de reconnaissance biométrique seront mis en place dès l’été prochain, contribuant à réduire les temps d’attente. Des bus électriques et un système de gestion des risques aviaires viendront compléter ce dispositif. Pour Mokhtar Saïd Mediouni, ces initiatives traduisent « une réelle volonté de développer le secteur du transport aérien national, d’en renforcer la compétitivité et de consolider la position de l’aéroport d’Alger en tant que hub régional majeur ». Une ambition que le directeur général d’Air Algérie Cargo, Abdelkader Salmi, résume en une formule : faire de l’aéroport d’Alger « une plateforme logistique régionale capable d’attirer les flux commerciaux ». R.E

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