ENR: en attendant le déploiement à grande échelle

    Lancé en 2011, le programme national de développement des énergies renouvelables, pour la mise en place d’une capacité de production de 22.000 MW en électricité verte, est en passe d’entrer dans sa phase de déploiement à grande échelle. La mise en place des différents éléments de l’écosystème finalisée, le lancement effectif des appels d’offres et des mises aux enchères pour la réalisation des capacités de production d’électricité à partir de sources renouvelables ne devrait plus tarder. Le fait est que le développement des énergies renouvelables dans notre pays devrait tourner autour de trois axes. Ainsi et en plus de l’appel d’offres pour l’attribution de projets de réalisation d’une capacité de 4 GW en trois lots sous la houlette du ministère de l’Energie, les pouvoirs publics misent sur le lancement de projets de plus petites capacités, mis aux enchères. Ces derniers projets relèvent des prérogatives de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz.  Enfin, et en plus des deux programmes pour la production d’ENR  pour le réseau national de distribution de la Sonelgaz, les pouvoirs publics comptent sur le développement des sources autonomes pour l’approvisionnement en électricité verte des villages isolés et des exploitations agricoles, notamment dans le Sud, ainsi que des installations d’éclairage public. Un programme chapeauté par le département de l’Environnement et des Energies renouvelables, avec la contribution des collectivités locales.
RÉPONDRE À LA DEMANDE CROISSANTE EN ÉNERGIE
Dans ce contexte, M. Chahar Boulakhras, P-DG de la SKTM, filiale du groupe Sonlegaz, dédiée aux énergies renouvelables, a récemment estimé que l’ensemble des éléments constituant l’écosystème sont en place. Que ce soit, sur le plan de la réglementation qui consacre  l’ouverture du secteur de l’électricité,  les incitations aux investissements en général, et dans les ENR en particulier, la création d’un régulateur et d’un opérateur système où la démarche globale des pouvoirs publics en matière d’ENR, le cadre est propice pour le développement des ces énergies. M. Boulakhras a également insisté sur l’existence de capacités techniques avec la formation de personnels spécialisés en ENR, de synergies avec les centres de recherches comme le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), de réseaux de transports et de distribution, ainsi que la disponibilité du foncier notamment dans le sud du pays (relativement à la disponibilité des espaces de stockage de l’électricité générée), sont autant d’éléments de l’écosystème qui sont déjà en place. Reste la problématique du financement qui est à examiner. Pour autant, le P-DG de SKTM considère que le potentiel est là.  Il explique que le taux de pénétration a atteint 99 %  pour l’électricité,  et 61 % pour le gaz. Les réseaux de distribution de l’électricité couvrent un  large territoire grâce au réseau interconnecté Nord (RIN), les réseaux de la région de Tamanrasset -Adrar (PIAT) et les réseaux  isolés du Grand Sud. Et d’ajouter que l’inauguration du gazoduc Illizi-Djanet permettrait à l’avenir de remplacer les générateurs au Diesel des réseaux isolés par des centrales hybrides solaires-gaz. Une perspective qui permettrait de réduire de manière significative la consommation de carburant importé. Il s’agit surtout de réduire l’usage des énergies fossiles, le gaz en tête dans la génération électrique pour mieux les valoriser. A ce titre, M. Boulakhras précise que les prévisions de demande d’énergie à moyen terme, plaident pour une plus grande intégration des ENR dans le mix énergétique national. Les prévisions de demande tablent sur un appel de puissance maximale de plus de 25 GW sur le RIN et de 1,196 GW sur le PIAT  selon le scénario  moyen, à l’horizon 2027. Ce qui nécessite de nouveaux besoins en infrastructures, notamment en ce qui concerne des capacités nouvelles de production. Selon M. Boulakhras, les nouveaux besoins se situeraient ainsi à plus de 17.210 MW de capacités additionnelles. L’opportunité de marché est bien là. Et le potentiel aussi.  Il est vrai que dans le cadre du programme national de développement des ENR, lequel prévoit la mise en place d’une capacité de 22.000 MW à l’horizon 2030, la part du lion revient au solaire photovoltaïque avec une capacité projetée de 13.575 MW. Les pouvoirs publics tablent aussi sur la mise en place de plus de 5.000 MW en éolien, le reste devant être ventilé entre les technologies de concentration solaire (CSP), la biomasse, la cogénération et la géothermie. C’est ainsi que pour les technologies du solaire, l’Algérie dispose d’un potentiel de près de 170.000 TWh/an pour le CSP et de 14 TWh/an pour le photovoltaïque. Au-delà du potentiel solaire, l’éolien  offre aussi un segment qui présente un intérêt qui n’est pas des moindres, vu que 21 zones, à fort potentiel éolien avec une vitesse allant de 5 à 9 m/s pour une altitude de 150 mètres, ont déjà été identifiées.
INTÉGRATION INDUSTRIELLE, DITES-VOUS ?
Les technologies du renouvelable suscitent d’ailleurs un regain d’intérêt dans un contexte de réduction des coûts. Ce qui fait dire à M. Boulakhras que l’Algérie n’est pas en retard en matière d’ENR, bien au contraire : les délais pris dans le développement du programme ont bien profité à notre pays (Lire l'entretien de M, Chahar Boulekhras). Et d’ajouter« qu’au lieu d’un investissement initial de 50 milliards de dollars, le programme national des ENR ne nécessitera que 25 ou 30 milliards de dollars », grâce à la baisse des coûts des technologies du renouvelable. Il n’en demeure pas moins que la maîtrise des coûts passe par une démarche industrielle rattachée au développement du programme ENR. Au-delà des questions liées aux surcoûts logistiques et aux dispendieuses lenteurs bureaucratiques, systématiquement soulevées par les opérateurs économiques, la mise en place d’une industrie des équipements qui représente de 55 à 60 % du coût global, ainsi que l’intégration d’une industrie locale des services et de l’engineering, permettraient une réduction significative des coûts.  L’intégration locale aurait d’ailleurs un impact sur l’écosystème  dans son ensemble via la création de valeur ajoutée et d’emplois.
Dans ce contexte, M. Hacene Fernane Directeur de la promotion de l’intégration industrielle et du partenariat  au sein du Groupe Sonelgaz, a estimé lors d’une journée d’information sur les énergies renouvelables tenue à Alger, que le retour d’expérience sur les 24 centrales ENR déjà réalisées démontre la création de pas moins de 3.400 emplois directs et des milliers d’emplois indirects ainsi que l’intégration de 35 entreprises algériennes de sous-traitance. Et d’ajouter que c’est sur la base de ce retour d’expérience que les besoins en équipements dans le cadre du programme national ENR à l’horizon 2030, ont été estimés à 54 millions d’unités de panneaux photovoltaïques, et à 58 millions de kilomètres de câblages de basse tension et câblages mise  à terre, pour ne citer que ces deux exemples. Il explique aussi qu’il est prévu la création de plus de 132.000 emplois directs durant la phase de réalisation et de 6.300 autres durant la phase d’exploitation. Le ministre de l’Energie, M. Mustapha Guitouni, a d’ailleurs insisté, à plusieurs reprises, sur un fait : la concrétisation du méga projet des 4.000 MW d’électricité de sources renouvelables se fera avec des moyens et équipements locaux. « Nous avons décidé d’installer 4.000 MW d’électricité de sources renouvelables, pour 8 milliards de dollars, et ce, avec nos moyens et capacités et non pas avec des équipements importés », a-t-il souligné en marge d’une journée pour l’incitation à la fabrication en Algérie de matériels électriques et gaziers organisé au début du mois de mai par le groupe Sonelgaz. Une question demeure, l’industrie locale dispose-t-elle des capacités nécessaires pour la prise en charge d’un programme d’une telle ambition? Selon plusieurs acteurs du marché, l’industrie locale du photovoltaïque est loin de satisfaire aujourd’hui à l’étendue du programme et aux exigences de l’appel d’offres pour la mise en place d’une capacité de 4 GW en trois lots de 1,35 GW chacun. Ils estiment que celle-ci est assise sur l’encapsulation des cellules importées et que sa structure actuelle est plus adaptée au développement des sources autonomes et solaire photovoltaïque en hors-réseau. Nos interlocuteurs estiment dans ce sens que la consistance actuelle du programme ENR permet un développement réel de l’industrie du photovoltaïque dans la mesure où le seuil de rentabilité d’une unité intégrée est située à 400 MW. Le ministre de l’Energie a indiqué récemment que  la production nationale de panneaux photovoltaïques s’est située entre 100 et 150 méga watts. L’optimisme du ministre n’est pas entamé pour autant. Le fait est  que l’appel d’offres relevant de son département s’accompagne d’une démarche industrielle, dans l’objectif de créer des capacités et répondre à la demande nationale. Il s’agit aussi de développer un savoir-faire à l’export.
DE PETITES CENTRALES…
Il est vrai que l’appel d’offres s’adresse aux investisseurs et porte sur la réalisation d’installations de production d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables. Il recouvre la conception, la fourniture d’équipements, la construction et l’exploitation d’installations de production d’électricité à partir de sources renouvelables, ainsi que la commercialisation de l’électricité produite. Mais en attendant ce déploiement à grande échelle,  les pouvoirs publics comptent sur le lancement par la Creg de petites capacités aux enchères. M. Guitouni a  annoncé la mise sur le marché « dans peu de temps »,  de « quelques 160 MW d’électricité d’origine renouvelable dont deux fois 25 MW, au titre du programme de Sonelgaz, pour débrider les centrales du Sud et diminuer la consommation du gasoil, alors que 100 à 120 MW devant être mis aux enchères pour permettre aux investisseurs privés de s’y mettre ». L’appel d’offres est à investisseurs, « lorsque son lancement intervient à l’initiative du ministre chargé de l’Energie, pour des quantités d’énergies renouvelables préalablement déterminées » ou aux enchères, « lorsque son lancement intervient à l’initiative de la commission de régulation de l’électricité et du gaz, pour des offres de fourniture d’énergies renouvelables correspondant à une puissance minimale préalablement déterminée » dont le volume annuel « ne peut être inférieur à 10 GWh » a-t-il expliqué. Un programme qui sera destiné aux opérateurs nationaux afin de permettre de développer une industrie locale dans ce domaine, précise-t-on du côté de la Creg.
L’OFF-GRID NE SERA PAS EN RESTE
Au-delà des programmes de développement de capacités de production de masse, les pouvoirs publics comptent sur le développement des ENR en sources autonomes (Hors-réseau). Un ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables a été créé pour prendre en charge les dossiers relatifs à l’efficacité énergétique et au développement des sources autonomes. Une récente étude du département de Mme Fatma Zohra Zerouati, ayant impliqué une enquête auprès des walis et des cadres d’entreprises et d’instances publiques a démontré que 60 % des énergies nouvelles en sources autonomes devraient être dirigés vers le secteur agricole pour assurer l’irrigation des terres. L’étude en question a également révélé  qu’il fallait diriger 10 % des énergies renouvelables hors réseau électrique au profit des logements ruraux par la création de toits à panneaux solaires. Aussi, il est prévu la généralisation de l’éclairage public par énergie renouvelables aux 1.540 communes du pays. En effet, le département de l’Intérieur et des Collectivités locales a développé un programme destiné à réduire la consommation d’énergie électrique au sein des Collectivités locales, notamment dans l’éclairage public. Une récente étude du Centre de développement des énergies renouvelables a démontré que l’utilisation de l’énergie solaire en éclairage public en adoptant des lampes économiques LED a contribué à rationaliser la consommation d’électricité. Les résultats de cette étude, qui a ciblé un chemin de 5 kilomètres d’installations dotées de panneaux photovoltaïques et de 250 lampes LED, ont fait ressortir que la consommation d’électricité est deux fois et demie plus basse par rapport à l’utilisation de l’électricité et de lampes classiques. Et d’ajouter que ce type d’installations permettrait de réduire la facture d’électricité de 60 %, pour l’éclairage public. Selon les chiffres présentés, début mai, par Mme Nahla Keddache, chef de projet ENR au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales la facture d’électricité supportée par les Collectivités locales est de 20,9 milliards de dinars, soit 2 à 5 % des budgets communaux. L’éclairage public représente à lui seul une facture de 10,3 milliards de dinars. Les installations équipées de lampes LED ne représentent que 2 % du parc global, tandis que celles dotées de panneaux photovoltaïques ne représentent que 0,42 %. Au-delà de l’éclairage public, le département de Noureddine Bedoui  mise sur un portefeuille d’action pour l’installation de panneaux photovoltaïques aussi bien sur le segment territoires des Collectivités locales, que celui du patrimoine de celles-ci. Ainsi, en ce qui concerne les territoires, l’on mise sur l’électrification par panneau photovoltaïques dans les zones isolées et non raccordées au réseau de distribution de Sonelgaz, le lancement de projets pilotes en photovoltaïques dans les zones d’activités et les lotissements sociaux, ainsi que pour l’électrification agricole et le pompage de l’eau. Dans le segment patrimoine et au-delà de l’éclairage public, il s’agit de l’installation de panneaux PV pour alimenter les salles de soins et les installations sportives, et enfin les bâtiments administratifs, les écoles primaires, les bibliothèques communales ainsi que les mosquées.  

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