Hakim Soufi. P-DG de MacirVie : «Les assureurs privés nationaux doivent être encouragés»

Macir Vie est l’une des entreprises ayant misé sur la transformation digitale. Quel bilan peut-on tirer de ces quelques années de digitalisation et quel apport celle-ci a-t-elle eu pour le développement de la compagnie et pour la relation client ?
En effet nous avons négocié notre virage numérique parce que nous savons et nous sommes convaincus de l’impact de la transformation digitale au sein de notre entreprise. Effectivement la transformation digitale apporte beaucoup plus de productivité et donc d’efficacité au sein même de l’entreprise et entre les différentes directions de notre compagnie. Pour la relation client, ce processus nous a amené à réfléchir autrement, ce processus nous a permis de travailler différemment et enfin ce processus nous a permis de construire une organisation complètement virtualisée et qui permet non seulement une traçabilité de l’ensemble des dossiers clients avec une remontée des informations efficace tout en nous permettant de mettre en place des outils d’aide à la fidélisation et à la décision pour aller plus vite dans l’analyse, la transmission, le paiement de nos clients et donc dans la mise en place de nos process. Enfin, Il est trop tôt pour parler de bilan, nous sommes dans un système de construction d’un ensemble de flux d’informations qui, mis bout à bout, permet de définir un « workflow » stable, logique et redoutablement efficace au profit exclusif de nos clients. Notre objectif étant de mettre en place un écosystème tellement agréable pour nos clients, dans lequel ces derniers seront choyés, pour que naturellement MacirVie soit leur référent pour tout ce qui concerne leurs besoins en assurance vie, voyage et santé.
  Quel pourrait être l’apport de la transformation digitale pour le marché des assurances, lequel traverse actuellement une période de crise ?
Si on parle de l’ensemble des acteurs du marché des assurances, que cela soit pour de l’assurance dommages ou l’assurance de personnes, la transformation digitale est cruciale parce qu’elle va permettre aux sociétés d’assurances de s’adapter aux transformations mondiales du secteur des assurances. Nous parlons ici, de l’AssurTech, qui va permettre de générer de la croissance, de l’innovation et surtout de la qualité de service dans une période de crise.Et puisque nous parlons de crise, il faut comprendre que les assurances peuvent jouer le rôle de secteur « refuge » pour ceux qui souhaitent protéger leurs biens et ceux qui souhaitent capitaliser sur les revenus qu’ils ont chèrement acquis durant toute leur vie. Ce qui est fantastique en Algérie, c’est que tout est à faire dans ce domaine, c’est un marché complètement vierge et je peux même me risquer à dire que c’est un marché de niche. En effet, toutes les compagnies d’assurance quel que soit leur domaine d’activité sont concernés directement au même titre que les banques par cette transformation digitale.
 
Qu’en est-il pour l’économie nationale dans son ensemble ?
Au même titre que les compagnies d’assurance, l’économie nationale est concernée pour plusieurs raisons, je peux vous en citer quelques unes. En effet, la transformation digitale permettra à terme de passer à l’économie numérique. Cela signifie quoi ? Cela signifie que vous allez avoir beaucoup plus de petites entreprises de TPE/PME/PMI qui sont le socle d’une économie avec donc un élargissement de l’assiette fiscale de ces dernières. Par ailleurs, grâce à la transformation digitale il va y avoir la possibilité de payer l’ensemble des biens et des services que proposent ces entreprises à travers Internet et via des sites Web marchands ce qui va permettre une plus grande traçabilité des flux financiers, mais aussi et surtout une dématérialisation de la monnaie ayant pour conséquence une diminution de la masse monétaire mise en circulation sur le marché et donc une diminution de l’inflation. Enfin, la transformation digitale permettra une mise à niveau certaine de nos entreprises dans leurs infrastructures informatiques et aussi dans le traitement précis de leurs datas qui tend à devenir une des plus grandes valeurs au monde, tout le monde recherche de la data et elle devient de plus en plus cher.
La digitalisation et l’instauration d’une économie numérique est l’un des axes de développement prioritaires du gouvernement. Pourtant, celle-ci n’arrive pas à percer dans la majorité des entreprises. Y’a-t-il, selon vous, une certaine frilosité chez les opérateurs économiques ? Les efforts des pouvoirs publics en ce sens, sont-ils suffisants ?
Il n’est pas question des opérateurs économiques, il n’est pas question de l’adoption de ces nouveaux types de paiement par les consommateurs, non ! Il s’agit aujourd’hui de vulgariser ce type de paiement en élargissant et en donnant la possibilité à toutes les entreprises, à tous les commerçants et à tous les opérateurs économiques de pouvoir vendre sur Internet leurs biens et services. Qu’est-ce que cela signifie ? Ça signifie qu’aujourd’hui, il faut absolument permettre à l’ensemble des opérateurs économiques d’accéder et d’avoir l’autorisation de pouvoir vendre via leur site Web marchand, c’est une nécessité absolue qui correspond à la première étape de la transformation de notre économie et le passage à une économie numérique qui est capable de soutenir les efforts de notre gouvernement dans la diversification de l’économie du pays, Par ailleurs, il faut rendre hommage aux pouvoirs publics qui ont, comme vous l’avez dit, décidé et mis en place tous les moyens nécessaires pour pouvoir parler et activer dans le domaine de la digitalisation, aujourd’hui ce que je remarque objectivement, c’est que nous avons les passeports biométriques, nous allons recevoir les Permis biométriques, nous avons aujourd’hui la carte d’identité biométrique, et enfin nous pouvons par exemple télécharger les casiers judiciaires et les documents d’État civil dont nous avons besoin. Donc aujourd’hui ce qu’il reste à faire à mon sens c’est d’exiger par l’autorité de la loi de n’utiliser que la carte de payement pour accéder à des services de masse, ainsi pour que l’utilisation de la carte de paiement devienne un véritable réflexe il faut qu’elle soit obligatoire, pour qu’elle soit obligatoire il faut que le paiement de services de masse ne se fasse plus exclusivement que par la carte et à travers des sites web marchands et là nous commencerons à parler d’économie numérique.
Le lancement de l’e-paiement, après plusieurs années d’hésitation a permis de faire des pas de géant en matière de transformation digitale. Or, nombreux sont ceux qui estiment que c’est le mobile banking et le m-paiement qui permettront de démultiplier l’inclusion financière des populations et de faire basculer l’Algérie dans la nouvelle ère du tout-numérique. Qu’en pensez-vous ? Pourquoi tarde-t-on, à votre avis, de développer ces solutions innovantes ?
Nous ne tardons pas, nous allons étape par étape. Comment voulez vous développer le M-paiement alors que l’E-Paiement n’est même pas vulgarisé ? Cela ne servirait pas à grand chose pour le moment. Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas lancer le M-Paiement, je dis qu’il faut absolument passer d’abord par la vulgarisation de l’E-paiement pour ensuite penser à implémenter autre chose. C’est vraiment pour générer un réflexe qui va devenir au fur et à mesure naturel et qui permettra l’inclusion de ses nouveaux services, comme le M-paiement.
Le segment des assurances vie a inscrit une croissance de 8 % en 2017. Il a ainsi porté le marché des assurances et permit de compenser le ralentissement du marché des assurances dommages. Il reste cependant en deçà de ses potentialités. Le développement des assurances-vie fait-il encore face à des problèmes réglementaires, ou de culture des assurés ?
Le développement des assurances de personnes fait face aux problématiques suivantes: 1) Aujourd’hui les banques publiques travaillent avec les compagnies d’assurances publiques et les banques privées étrangères travaillent avec des assureurs étrangers de Droit algérien. Ça veut dire que les assureurs privés algériens ne sont pas assez liés aux banques pour pouvoir pénétrer toutes les couches de la société. C’est un vrai problème car les compagnies d’assurance privées ont une place dans ce pays et doivent être renforcées dans les efforts de commercialisation qu’ils font tous les jours. Mais nous avons bon espoir que cela va changer dans les mois et les années à venir. 2) Aujourd’hui, les compagnies d’assurance de personnes ne commercialisent que trois familles de produits sur les 10 pour lesquelles elles sont autorisés à travailler. Ces trois familles de produits sont l’assurance groupe, l’assurance voyage et l’assurance vie. Les sept autres correspondent à des produits de capitalisation que nous ne pouvons pas mettre en circulation et commercialiser pour la simple et unique raison que nous avons un marché financier embryonnaire. Dès que la Bourse aura beaucoup plus de valeurs en son sein et sera beaucoup plus dynamique nous pourrons, nous en tant que compagnie d’assurance de personnes, adosser nos produits de capitalisation à des actions ou des obligations que nous pouvons trouver au niveau de la Bourse. Je suis convaincu, qu’avec tous les efforts du Directeur général de la Bourse, d’ici quelques années nous allons pouvoir opérer la commercialisation de ces produits dits de capitalisation comme la retraite complémentaire par exemple, ou le capital éducation, etc.... 3) Il faut aussi arriver à commercialiser des produits qui sont extrêmement demandés sur le marché par les clients algériens. Je vous donne un exemple, celui de l’assurance santé internationale. C’est un produit dont les clients ont besoin et les clients en sont demandeurs, cette garantie permettrait de capter une partie de la masse monétaire en circulation sur le marché. Or, aujourd’hui, ce produit est suspendu jusqu’à nouvel ordre. Nous avons énormément d’entretiens avec la Direction des assurances au niveau du ministère des Finances pour réactiver ce produit, car nous croyons dans son potentiel et nous avons bon espoir pour que cela se fasse.
Que faut-il pour améliorer les canaux de distribution des produits d’assurance-vie ?
La loi sur les assurances impose aux compagnies de n’utiliser que trois canaux de distribution à savoir: 1) les courtiers 2) les agences d’assurance 3) les banques Nous militons au sein de l’Union algérienne des compagnies d’assurance et de réassurance pour que le régulateur puisse ouvrir tous les canaux de distribution et ainsi toucher le plus grand nombre de clients. Cela va se faire incha’ALLAH à travers la nouvelle loi sur les assurances.
Les produits d’assurances-vie permettent-ils d’améliorer l’inclusion financière ?
Selon la définition de la banque mondiale : « L’inclusion financière définit la possibilité pour les individus et les entreprises d’accéder à moindre coût à toute une gamme de produits des services financiers utile et adaptée à leurs besoins ». C’est la mission de base de l’activité des assurances. Donc oui, les produits d’assurance - vie permettent évidemment d’améliorer l’inclusion financière car vous apportez des solutions de couverture optimale à des personnes morales et physiques pour sauvegarder leur patrimoine à moindre coût permettant de générer un effet de levier

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