La dimension économique de la deuxième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne, tenue à Niamey les 23 et 24 mars 2026, a pris une ampleur qui dépasse le cadre habituel des rencontres diplomatiques bilatérales. La présence de nombreux chefs d’entreprises algériens dans la délégation conduite par le Premier ministre Sifi Ghrieb, l’organisation d’un forum économique en marge des travaux officiels et la tenue parallèle du conseil d’affaires algéro-nigérien ont envoyé un signal clair : la coopération entre les deux pays ne se limitera pas à la sphère étatique mais entend s’ancrer dans le tissu économique réel.
Les opérateurs algériens qui ont fait le déplacement à Niamey ont eu l’occasion de rencontrer leurs homologues nigériens lors du forum économique organisé en parallèle de la commission mixte. Les discussions ont porté sur des partenariats dans des domaines variés, du BTP à l’énergie en passant par les services. Le conseil d’affaires, dont les travaux se sont tenus simultanément, a permis d’identifier des opportunités concrètes de coopération dans le secteur privé. Cette double mobilisation — forum et conseil d’affaires — traduit une volonté méthodique de créer les conditions d’un rapprochement économique qui ne dépende pas exclusivement de la commande publique.
Le ministre du Commerce extérieur Kamel Rezig s’est adressé directement aux opérateurs nigériens pour les inviter à « saisir les opportunités » offertes par ce qu’il a décrit comme « l’amélioration continue du climat d’investissement en Algérie ». Il a promis « un environnement économique et institutionnel stable, transparent, incitatif et attractif, tout en simplifiant les procédures administratives ». Des engagements qui font écho aux réformes engagées par Alger ces dernières années pour attirer les investissements étrangers, même si le chemin entre les déclarations d’intention et la réalité administrative reste parfois sinueux. Rezig a par ailleurs annoncé que l’Algérie a proposé « la mise à jour du cadre juridique régissant les relations commerciales bilatérales », reconnaissant implicitement que le dispositif existant n’était plus adapté aux ambitions affichées.
Le ministre algérien a également souligné le rôle du conseil d’affaires comme « plateforme permettant aux acteurs économiques d’explorer et d’exploiter les opportunités et potentialités existantes ». Cette insistance sur les mécanismes institutionnels de facilitation n’est pas anodine. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et le Niger restent modestes au regard du potentiel des deux économies. Les obstacles sont connus : infrastructures de transport insuffisantes, méconnaissance réciproque des marchés, lourdeurs bureaucratiques, absence de circuits bancaires fluides. Le forum de Niamey a constitué une première étape pour lever certains de ces verrous, au moins au niveau de la mise en relation directe entre opérateurs.
Son homologue nigérien Seydou Abdoulaye a répondu dans un registre similaire, soulignant que les deux pays sont « liés par une histoire commune, une solidarité constante et une vision partagée du développement économique fondée sur la coopération régionale et l’intégration ». Il a appelé à « renforcer les partenariats et valoriser les potentialités économiques disponibles face aux mutations mondiales », une formulation qui laisse entendre que Niamey perçoit le rapprochement avec Alger comme un élément de sa stratégie de diversification des partenaires économiques dans un contexte international en pleine recomposition.
Pour l’Algérie, le marché nigérien représente un débouché potentiel dont l’importance ne se mesure pas seulement en volumes commerciaux immédiats. Le Niger, avec sa population jeune et en forte croissance, ses besoins immenses en infrastructures, en logements, en équipements énergétiques et en services de base, constitue un marché d’avenir pour les entreprises algériennes qui cherchent à s’internationaliser. Le secteur du BTP, où l’Algérie dispose d’une expérience accumulée au fil de décennies de grands chantiers nationaux, est particulièrement concerné. L’énergie, domaine dans lequel Sonelgaz et Sonatrach déploient déjà des projets au Niger, offre un autre axe de pénétration. Les services, enfin, constituent un gisement de coopération encore largement inexploité.
Pour le Niger, l’expertise et les capacités industrielles algériennes représentent un levier de développement qui présente l’avantage de la proximité géographique et culturelle. Dans un pays où les besoins en médicaments, en matériaux de construction, en équipements agricoles et en formation technique sont considérables, le potentiel industriel algérien peut constituer une alternative ou un complément aux fournisseurs traditionnels. Le Premier ministre Ghrieb a d’ailleurs insisté sur sa conviction que « le fort potentiel des économies des deux pays permettra d’établir des partenariats fructueux, contribuant à la création de richesse et à l’offre d’emplois pour la jeunesse de nos deux pays ».
La mention de la jeunesse n’est pas fortuite. Dans les deux pays, la question de l’emploi des jeunes constitue un défi social et politique majeur. Toute coopération économique qui ne se traduirait pas en opportunités concrètes pour cette frange de la population risquerait de rester sans effet sur les dynamiques profondes qui travaillent les deux sociétés. C’est précisément pour cette raison que la signature d’un accord de coopération dans le domaine des micro-entreprises figure parmi les vingt textes conclus à Niamey. Ce volet, moins spectaculaire que le gazoduc ou la centrale électrique, pourrait s’avérer tout aussi déterminant à moyen terme pour ancrer la coopération dans la réalité vécue des populations. R.E



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