L’Agence algérienne de promotion de l’investissement a réuni mardi les principaux acteurs du projet de valorisation du minerai de fer de Gara Djebilet — Sonarem, Tosyali Algérie et les administrations concernées — pour accélérer la concrétisation d’un investissement de plus de 750 millions de dollars destiné à produire quatre millions de tonnes de concentré de fer par an, avec une montée en puissance prévue à dix millions de tonnes d’ici 2032, dans ce que les autorités algériennes présentent comme la pièce maîtresse de la diversification industrielle hors hydrocarbures.
Le directeur général de l’AAPI, Omar Rekkache, a présidé cette réunion de travail en présence de Réda Belhadj, PDG de la Société nationale de recherche et d’exploitation minière (Sonarem), d’Alp Topcuoglu, vice-président du groupe Tosyali Algérie, et de représentants de la Direction générale des domaines nationaux. L’ordre du jour portait sur l’état d’avancement concret de l’un des plus grands chantiers industriels jamais lancés en Algérie : la construction d’une chaîne sidérurgique intégrée reliant les mines du Grand Sud aux complexes de transformation du Nord.
Le projet est « porté par l’entreprise mixte FTTF, fruit d’un partenariat stratégique entre le groupe Tosyali Algérie et FERAAL, filiale du groupe Sonarem, avec un investissement dépassant 750 millions de dollars et des prévisions de création d’au moins 760 postes d’emploi directs et de milliers de postes indirects », précise l’AAPI dans un communiqué. L’objectif industriel est ambitieux : « traiter le minerai de Gara Djebilet et produire du minerai de fer concentré selon des technologies avancées d’élimination du phosphore, avec une capacité de production annuelle estimée à quatre millions de tonnes », afin de « valoriser les ressources naturelles nationales et de les transformer en valeur industrielle ajoutée ».
Le défi technique est ancien. Le gisement de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, dont les réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, est connu depuis des décennies mais restait inexploitable en raison de sa forte teneur en phosphore, qui rendait le minerai impropre à une utilisation sidérurgique directe. Tosyali Algérie a confirmé la réalisation d’une usine de traitement primaire comprenant une ligne d’enrichissement, une unité de chaux et une troisième dédiée à la production d’acide sulfurique, le tout devant être finalisé d’ici décembre 2028. L’objectif est de produire un concentré de fer à haute teneur de 63 % après réduction du phosphore, avant acheminement vers les fours du complexe de Bethioua, près d’Oran. Entre 2028 et 2032, une extension doit porter la capacité à dix millions de tonnes de concentré et de boulettes par an.
Le verrou logistique, longtemps considéré comme l’obstacle principal, a été levé avec la mise en service en février dernier de la ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet, longue de 950 kilomètres. C’est cette infrastructure qui a permis l’acheminement des premières cargaisons de minerai vers le complexe de Bethioua, lors d’une cérémonie organisée sous la supervision du Premier ministre Sifi Ghrieb, agissant sur instruction du président Tebboune.
Les discussions de mardi ont également porté sur « les aspects pratiques de la concrétisation du projet dans la wilaya de Béchar, considéré comme un maillon essentiel du projet intégré de la mine de Gara Djebilet, qui est appelé à constituer un véritable levier de relance de l’industrie nationale lourde ». Omar Rekkache a réaffirmé « l’engagement de l’Agence à accompagner ce projet dans ses différentes phases, en facilitant l’obtention des autorisations nécessaires » et « en permettant au porteur du projet de bénéficier de l’ensemble des avantages offerts par l’Agence, notamment la mise à disposition du foncier économique qui lui est destiné ainsi que les avantages fiscaux et parafiscaux, de manière à garantir une entrée rapide en phase d’exploitation ».
Sur le plan macroéconomique, les autorités algériennes conçoivent ce mégaprojet comme un instrument de souveraineté industrielle. Il doit substituer une part significative des importations de matières premières sidérurgiques, sécuriser l’approvisionnement national en minerai de fer et conférer au Sud-Ouest algérien un rôle productif structurant. Les pouvoirs publics y voient également un levier d’aménagement du territoire, avec des flux réguliers de marchandises, des bases de maintenance, des emplois qualifiés et des infrastructures pérennes dans une région historiquement éloignée des grands corridors économiques. La cible à l’horizon 2040 est de 40 à 50 millions de tonnes de minerai par an. Si ce calendrier est tenu, l’Algérie disposerait de l’un des plus importants complexes miniers intégrés du continent africain. R.E



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