Le compte à rebours est enclenché. Abdelkader Djellaoui, ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, a présidé mardi à Alger une séance de travail consacrée à la ligne minière Est, ce projet ferroviaire de 422 kilomètres qui doit relier le port d’Annaba aux gisements de phosphate de Tébessa. Selon le communiqué du ministère, la réunion s’est tenue « en présence des cadres du ministère, du directeur général de l’ANESRIF en sa qualité de maître d’ouvrage mandaté, des directeurs de projets chargés de la réalisation, ainsi que des représentants d’entreprises nationales et des bureaux d’études et de laboratoires ».
La séance n’était pas ordinaire : elle s’inscrit, précise le communiqué, « dans le cadre de la préparation d’une visite de terrain prévue en début de la semaine prochaine », signe que le ministère entend désormais exercer un contrôle direct et régulier sur l’avancement des travaux. Trois tronçons ont été passés en revue : la déviation Tébessa-Tnoukla (43 km), le tronçon Annaba-Bouchegouf (54 km) et le tronçon Dréa-Oued El Kebrit (30 km).
Face aux retards accumulés, le ministre n’a pas ménagé ses directives. Le communiqué fait état de la nécessité d’« accélérer la cadence de réalisation et de garantir le respect des délais contractuels, à travers le renforcement des chantiers en moyens matériels et humains » et « l’adoption du système de travail continu (3×8) ». La mobilisation de capacités nationales supplémentaires, notamment pour la construction des gares, a également été soulignée, de même que « la nécessité de renforcer la coordination entre les groupements d’entreprises ».
Cette urgence s’explique par une pression politique de premier ordre. Le président Tebboune a fixé une échéance ferme : la première cargaison de phosphate transformé doit quitter le port d’Annaba avant la fin de l’année 2026, au plus tard début 2027. Le projet de mine de phosphate doit, quant à lui, être officiellement lancé dès le mois d’avril prochain. Sans cette artère ferroviaire, les responsables du secteur ont eux-mêmes reconnu que l’exploitation à grande échelle des gisements demeurerait « de l’ordre de l’impossible ».
L’enjeu dépasse largement la seule logistique ferroviaire. Le phosphate algérien, classé parmi les plus importants gisements mondiaux, est au cœur d’un méga-projet intégré visant une capacité annuelle de six millions de tonnes d’engrais et de produits dérivés. L’ambition affichée est de faire de l’Algérie un acteur de premier plan sur un marché mondial en forte tension, porté par les inquiétudes croissantes autour de la sécurité alimentaire. En parallèle, le gisement de fer de Gara Djebilet — avec dix millions de tonnes de concentré par an — et le projet zinc-plomb de Béjaïa complètent un tableau industriel qui vise à repositionner le pays sur la carte minière régionale et internationale. Derrière ces projets, c’est une ambition macroéconomique précise qui se dessine : porter le PIB national à 400 milliards de dollars d’ici 2027, ce qui impose une accélération sans précédent de la mise en œuvre des grands chantiers miniers — principal levier d’une diversification économique que l’Algérie appelle de ses vœux depuis des décennies, sans encore avoir réussi à s’affranchir durablement de la rente hydrocarbures. La réunion de mardi est un signe que, cette fois, l’heure n’est plus aux annonces. R.E


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