Détroit d’Ormuz fermé : le chef de l’AIE alerte sur la pire crise énergétique de l’histoire moderne

Le monde traverse actuellement une crise énergétique d’une gravité sans précédent, dépassant en intensité les chocs pétroliers historiques de 1973 et 1979 ainsi que la pénurie de gaz provoquée en 2022 par la guerre de la Russie en Ukraine, a averti mercredi Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, lors d’une intervention dans un podcast. Le patron de l’AIE a dressé un tableau alarmant de la situation, révélant que les pertes d’approvisionnement mondiales atteignent désormais environ 12 millions de barils par jour, soit plus du double des quelque 5 millions de barils quotidiens perdus lors de chacune des crises des années 1970. Sur le front gazier, le constat est tout aussi préoccupant : alors que l’approvisionnement mondial avait diminué d’environ 75 milliards de mètres cubes en 2022, le déficit actuel s’avère encore plus important.

Fatih Birol a prévenu que la situation allait continuer de se détériorer dans les semaines à venir. « Avril sera bien pire que mars », a-t-il déclaré, soulignant que certaines livraisons de pétrole et de gaz naturel liquéfié en provenance du Moyen-Orient étaient encore disponibles le mois dernier. « Mais en avril, il n’y a rien », a-t-il ajouté, laissant entrevoir l’ampleur du choc à venir pour les économies mondiales. Face à cette situation critique, l’AIE a pris une décision historique en annonçant la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques de pétrole, la plus importante mobilisation de stocks jamais décidée par l’agence. Toutefois, le directeur exécutif a tenu à tempérer les attentes quant à l’efficacité de cette mesure. « Mais je dois être très honnête, cela aide seulement à réduire la douleur. Ce ne sera pas un remède », a-t-il reconnu avec lucidité. « Le remède est la réouverture du détroit d’Ormuz », a-t-il martelé, désignant ce passage stratégique comme l’enjeu central de la crise actuelle, les mesures prises ne permettant selon lui que de gagner du temps.

Si l’Asie est pour l’heure la région la plus durement frappée par cette crise, Fatih Birol a prévenu que les effets devraient rapidement s’étendre à l’Europe et au-delà. « Le plus grand problème aujourd’hui est le manque de carburant aviation et de diesel », a-t-il précisé, indiquant que des pénuries sont déjà visibles sur le continent asiatique et devraient atteindre l’Europe dès le mois d’avril ou début mai. Le chef de l’AIE a également mis en lumière les mécanismes de contagion qui menacent le marché européen du gaz : les acheteurs asiatiques, dans l’incapacité de sécuriser du GNL en provenance du Moyen-Orient, se tournent désormais vers les marchés au comptant où l’Europe s’approvisionne habituellement, intensifiant ainsi la concurrence et propulsant les prix vers des sommets. « Étant donné que les prix de l’électricité en Europe sont basés sur le coût marginal du gaz naturel, les prix de l’électricité vont augmenter », a conclu Fatih Birol, annonçant une nouvelle vague d’inflation énergétique pour les consommateurs et les entreprises du Vieux Continent. R.E

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