L’annonce faite lors du Conseil des ministres présidé par le président Abdelmadjid Tebboune de la restitution imminente de plus de 110 millions de dollars par la Confédération suisse a suscité une vague de réactions unanimement positives parmi les experts en économie, les juristes et les universitaires algériens, qui y voient le fruit d’un travail rigoureux et méthodique mené de longue haleine par les institutions de l’État. Pour rappel, le ministre d’État aux Affaires étrangères avait révélé lors de cette réunion l’envoi de 33 commissions rogatoires à la Suisse, dont 20 dossiers ont été examinés et acceptés, et quatre définitivement traités, permettant ainsi ce rapatriement historique.
Dans une déclaration à l’APS, le consultant international en développement économique Abderrahmane Hadef a estimé que le dossier de la récupération des fonds détournés constitue un dossier « des plus sensibles et complexes dans le processus de transformation économique et institutionnelle », car il « ne se limite pas à la lutte contre la corruption, mais reflète également le passage de l’État à une nouvelle ère fondée sur le recouvrement de la souveraineté financière et le renforcement de la crédibilité des institutions, tant au niveau local qu’à l’étranger ». Pour lui, ce succès « témoigne de la maturité de l’Algérie en matière de diplomatie judiciaire, à travers la transformation de revendications politiques en dossiers juridiques et techniques conformes aux normes internationales strictes ». Il a également souligné que ce dossier constitue « un test pour les partenariats internationaux », les différences de coopération allant de « la flexibilité suisse et de la coopération espagnole à l’intransigeance française », confirmant que la récupération des fonds « n’est pas seulement un processus juridique, mais aussi une bataille diplomatique nécessitant la mobilisation du poids économique et politique de l’État ».
L’analyste économique Slimane Nacer, interrogé par la même source, a abondé dans le même sens, estimant que ces démarches « vont dans la bonne direction » et « ne se limitent pas à l’aspect financier, mais ont également une portée morale, en tant qu’expression d’une volonté ferme de restituer les droits du peuple algérien ». Consciente dès le départ des défis que posait ce dossier, l’Algérie a su, selon lui, s’appuyer sur « une approche juridique et diplomatique » qui a « permis d’obtenir des résultats concrets », ajoutant que la poursuite de ce processus est à même de « renforcer la souveraineté économique du pays ».
Sur le plan juridique, l’enseignant à la Faculté de droit de l’Université d’Alger 1, Hamza Khedri, a qualifié ces résultats de « fruit du plan d’action rigoureux initié par les instances compétentes, en exécution de l’engagement du président de la République à œuvrer à la récupération des fonds détournés », soulignant le rôle clé de la révision constitutionnelle de 2020 qui a conduit à la création de la Haute Autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption. Le professeur Tayeb Brahim Ouis, doyen de la Faculté de droit de l’Université Djilali-Liabès de Sidi Bel-Abbès, a quant à lui affirmé que cette récupération représente « un acquis stratégique pour l’État algérien, car elle reflète une activation réelle des mécanismes de la justice internationale et renforce le principe de l’État de droit », tout en traduisant « une volonté politique claire de lutter contre la corruption » qui contribue à « consolider la confiance entre le citoyen et les institutions de l’État ». Il a appelé à « élargir la coopération internationale et intensifier la pression juridique sur les pays qui n’ont pas encore répondu ».
Du côté des économistes de l’Ouest du pays, le professeur Hakimi Bouhafs de l’Université d’Oran 2 a salué cette « démarche audacieuse », estimant qu’elle ouvre de « nouvelles perspectives d’investissement au bénéfice du Trésor public et des citoyens », tandis que le Dr Mohamed Kermas de l’Université de Mascara a souligné que cette mesure « reflète la bonne gouvernance et la concrétisation du principe de confiance entre l’État et le citoyen », précisant que les fonds récupérés « profiteront à l’économie nationale à travers leur exploitation dans les budgets complémentaires destinés principalement au développement local ainsi qu’au soutien de plusieurs secteurs vitaux ».


+ There are no comments
Add yours