Quand la porte de l’Airbus A330 s’est ouverte sur le tarmac d’Alger, ce lundi 13 avril un peu avant 9 heures, la pluie et le vent se sont engouffrés dans la carlingue. Quelques minutes plus tôt, à bord de l’avion reliant Rome à la capitale algérienne, le pape Léon XIV avait déjà affronté une autre tempête, celle déclenchée par le message agressif que Donald Trump lui avait adressé la veille sur son réseau Truth Social. Premier pape originaire des États-Unis, Léon XIV a choisi l’Algérie comme première étape d’une ambitieuse tournée africaine de dix jours qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, parcourant près de 18 000 kilomètres à travers onze villes et dix-huit vols, dans le but affiché d’attirer l’attention des dirigeants mondiaux sur les enjeux d’un continent où vit plus d’un cinquième des catholiques dans le monde.
Mais c’est dans les airs, avant même d’atterrir, que le souverain pontife a posé l’acte le plus retentissant de ce voyage. Venu saluer un à un les journalistes en vol, comme il en a l’habitude en début de déplacement, il a réaffirmé son intention de « bâtir des ponts » à travers ce périple au croisement de plusieurs réalités culturelles, linguistiques et religieuses. Très vite rattrapé par les questions sur les attaques de Trump, qui l’accusait notamment d’être « faible contre la criminalité » et « mauvais pour la politique étrangère », le pape a répondu avec une clarté désarmante. « Je n’ai pas peur de l’administration Trump », a-t-il déclaré devant les journalistes, selon l’agence ANSA. « Je parle de l’Évangile et je continuerai donc à m’exprimer haut et fort contre la guerre », a-t-il ajouté, avant de préciser avec une sobriété calculée : « Je n’ai aucune intention d’entrer dans un débat avec lui. Je ne suis pas un politicien. Le message est toujours le même : promouvoir la paix. »
Ces mots font écho aux déclarations que le chef de l’Église catholique avait prononcées quelques jours plus tôt lors d’une veillée de prière à la basilique Saint-Pierre : « Assez de l’idolâtrie de soi et de l’argent ! Assez de démonstrations de puissance ! Assez de guerre ! », en référence directe au conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. C’est précisément cette prise de position qui avait déchaîné la colère de Trump sur Truth Social. Le président républicain y avait écrit ne pas vouloir « d’un pape qui pense qu’il est acceptable que l’Iran possède une arme nucléaire », qualifiant Léon XIV de « faible » et ajoutant, avec l’arrogance qui le caractérise : « Si je n’étais pas à la Maison Blanche, Léon ne serait pas au Vatican. » Il avait également affirmé : « Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis, car je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, DE FAÇON ÉCRASANTE, à savoir faire baisser la criminalité à des niveaux historiquement bas et créer le plus grand marché boursier de l’histoire. » Un échange d’une nature inédite dans les relations entre Washington et le Saint-Siège, qui confère à ce voyage africain une dimension géopolitique supplémentaire.
C’est dans ce contexte de haute tension que l’Algérie prend une signification particulière. Pays à très large majorité musulmane comptant moins de 10 000 catholiques pour 48 millions d’habitants, elle accueille pour la première fois de son histoire un pape catholique, dans ce qui constitue également la deuxième visite d’une mosquée par Léon XIV depuis son élection. Au programme de ces deux jours algériens figurent une rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune, une allocution devant les responsables politiques du pays et une visite à la Grande Mosquée d’Alger, seul lieu de culte musulman au monde abritant un centre de recherche sur le dialogue interreligieux. Le 14 avril, le souverain pontife poursuivra son déplacement à Annaba pour visiter les ruines de l’antique cité d’Hippone, haut lieu du christianisme ancien qui revêt pour lui une importance toute particulière : membre de l’ordre augustinien, Léon XIV se réclame des enseignements de saint Augustin d’Hippone, père fondateur de la pensée chrétienne occidentale né sur cette terre algérienne au IVe siècle.
Ce choix de l’Algérie comme premier acte d’une tournée censée remettre l’Afrique au centre de l’attention internationale n’est donc pas fortuit. Il dit quelque chose d’essentiel sur ce que représente ce pays dans la géographie symbolique du dialogue entre les civilisations, et sur la volonté d’un pape américain de s’affranchir des pressions de Washington pour porter, depuis Alger, une voix universelle que ni la pluie sur le tarmac ni les tweets reflétant l’ivresse de la démesure d’un président ne sauraient étouffer. A.B


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