{"id":6834,"date":"2026-04-07T17:41:23","date_gmt":"2026-04-07T16:41:23","guid":{"rendered":"https:\/\/capalgerie.dz\/?p=6834"},"modified":"2026-04-07T17:41:23","modified_gmt":"2026-04-07T16:41:23","slug":"les-impacts-de-la-guerre-au-moyen-orient-couts-financiers-et-risque-de-recession-de-leconomie-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/capalgerie.dz\/index.php\/2026\/04\/07\/les-impacts-de-la-guerre-au-moyen-orient-couts-financiers-et-risque-de-recession-de-leconomie-mondiale\/","title":{"rendered":"Les impacts de la guerre au Moyen-Orient Co\u00fbts financiers et risque de r\u00e9cession de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/capalgerie.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image66-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" class=\"alignnone size-medium wp-image-6665\" srcset=\"https:\/\/capalgerie.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image66-200x300.jpg 200w, https:\/\/capalgerie.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image66.jpg 667w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<p><strong>Par Abderrahmane Mebtoul<\/strong><br \/>\nProfesseur des universit\u00e9s, expert international et Docteur d&rsquo;\u00c9tat en management strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Alors que le conflit opposant les \u00c9tats-Unis, Isra\u00ebl et l&rsquo;Iran s&rsquo;enlise, ses r\u00e9percussions \u00e9conomiques d\u00e9passent largement le cadre r\u00e9gional pour menacer l&rsquo;\u00e9quilibre fragile de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. Entre flamb\u00e9e des prix des hydrocarbures, perturbation des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement et risque de stagflation, le professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international en management strat\u00e9gique, livre une analyse rigoureuse des co\u00fbts financiers support\u00e9s par chacun des bellig\u00e9rants et dresse un tableau lucide des perspectives \u00e0 court et moyen terme pour l&rsquo;\u00e9conomie mondiale.<\/p>\n<p>Le conflit USA-Isra\u00ebl-Iran menace une \u00e9conomie mondiale d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9e. La croissance \u00e9conomique mondiale en 2026, avant m\u00eame ce conflit, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 caract\u00e9ris\u00e9e par un ralentissement structurel, s&rsquo;\u00e9tablissant entre 2,6 % et 3,3 % selon le FMI et la Banque mondiale \u2014 un chiffre qui sera certainement revu \u00e0 la baisse, selon la directrice du FMI, si le conflit devait se prolonger. Ce dernier agit comme un choc d&rsquo;offre n\u00e9gatif, provoquant une hausse de l&rsquo;inflation, une perturbation des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement et, par cons\u00e9quent, une stagflation caract\u00e9ris\u00e9e par un faible taux de croissance, un ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 et une inflation persistante.<br \/>\nCe ph\u00e9nom\u00e8ne est accentu\u00e9 par la fermeture potentielle du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz, par lequel transitent entre 20 % et 25 % des flux mondiaux d&rsquo;hydrocarbures, sans compter les tensions en mer Rouge. Il en r\u00e9sulte un cours \u00e9lev\u00e9 des hydrocarbures, fluctuant au gr\u00e9 des d\u00e9clarations du pr\u00e9sident am\u00e9ricain entre 100 et 120 dollars le baril de Brent, et entre 50 et 70 dollars le m\u00e9gawattheure de gaz \u2014 les prix du gaz en Asie ayant d\u00e9j\u00e0 augment\u00e9 de plus de 140 % \u00e0 la suite de frappes sur des infrastructures au Qatar. Ces hausses impactent directement les co\u00fbts de production et de transport \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. L&rsquo;OCDE pr\u00e9voit que l&rsquo;inflation mondiale sera relanc\u00e9e, atteignant potentiellement 4,2 % aux \u00c9tats-Unis (contre 2,6 % initialement pr\u00e9vu) et augmentant significativement dans la zone euro.<br \/>\nFace \u00e0 cette situation, les bourses ont \u00e9t\u00e9 f\u00e9briles, sans toutefois s&rsquo;effondrer, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9tant moindre qu&rsquo;en 2022 selon certains analystes. Cela dit, la hausse de l&rsquo;inflation li\u00e9e \u00e0 la guerre a entra\u00een\u00e9 une augmentation des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, r\u00e9duisant la capacit\u00e9 d&#8217;emprunt immobilier des m\u00e9nages. Pour les trois zones qui tirent \u00e0 elles seules plus de 80 % de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, les perspectives sont les suivantes : dans la zone euro, la croissance pourrait ralentir \u00e0 seulement 0,5 % au second semestre 2026 ; la croissance am\u00e9ricaine, apr\u00e8s avoir ralenti \u00e0 environ 2,2 % en 2025, devrait stagner autour de 1,5 % \u00e0 1,8 % en 2026 ; l&rsquo;Asie devrait, quant \u00e0 elle, maintenir une croissance robuste, pr\u00e9vue autour de 4,5 % en 2026, consolidant son r\u00f4le de moteur \u00e9conomique mondial. Toutefois, pour la Chine, pivot essentiel de cette dynamique asiatique, la croissance pourrait tomber sous la barre des 3 % en raison de sa forte d\u00e9pendance aux importations \u00e9nerg\u00e9tiques en provenance du Moyen-Orient.<br \/>\nLes pays du Golfe, tels que le Kowe\u00eft ou le Qatar, pourraient voir leur PIB chuter de 14 % en 2026 si les hostilit\u00e9s persistent. L&rsquo;ONU \u00e9value le co\u00fbt du conflit pour les pays arabes \u00e0 186 milliards de dollars en un seul mois, soit 6 % du PIB r\u00e9gional, soulignant la fragilit\u00e9 structurelle de leurs \u00e9conomies de rente. Pour l&rsquo;Afrique, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 est de nature structurelle. Bien que seulement 13 % des importations totales du continent passent par le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz, ce conflit pourrait co\u00fbter jusqu&rsquo;\u00e0 3 points de croissance aux \u00e9conomies africaines (source : Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement &#8211; PNUD), via la contraction des exportations, la diminution de la demande mondiale et la baisse des investissements directs \u00e9trangers (IDE). Les pays riches en hydrocarbures ne sont pas \u00e9pargn\u00e9s : ce qu&rsquo;ils gagnent sur la hausse des prix p\u00e9troliers, ils le perdent en partie sur la hausse des prix des produits alimentaires, cons\u00e9cutive \u00e0 la flamb\u00e9e des intrants \u2014 notamment les engrais \u2014 et au rench\u00e9rissement des mati\u00e8res premi\u00e8res et des produits finis import\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>1. Co\u00fbt financier pour les \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p>Il convient de replacer les co\u00fbts financiers des \u00c9tats-Unis au sein de leurs objectifs g\u00e9ostrat\u00e9giques. Washington entend demeurer la premi\u00e8re puissance mondiale, tant \u00e9conomique que militaire, face \u00e0 son principal concurrent : la Chine. En 2025, sur un PIB mondial estim\u00e9 \u00e0 113 000 milliards de dollars selon les donn\u00e9es du FMI, les \u00c9tats-Unis repr\u00e9sentaient 30 600 milliards de dollars de PIB pour une population de 342 millions d&rsquo;habitants, contre 20 000 milliards de dollars pour la Chine et ses 1,4 milliard d&rsquo;habitants, et 2 540 milliards de dollars pour la Russie et ses 140 millions d&rsquo;habitants.<br \/>\nSelon l&rsquo;indice de \u00ab soft power \u00bb, les \u00c9tats-Unis concentrent leur action sur le maintien du dollar comme monnaie internationale de r\u00e9f\u00e9rence, le soutien \u00e0 leurs entreprises strat\u00e9giques, la pr\u00e9servation de leur h\u00e9g\u00e9monie mondiale face \u00e0 la Chine, la s\u00e9curisation de l&rsquo;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique et le contr\u00f4le de zones g\u00e9ographiques cl\u00e9s telles que le Moyen-Orient et l&rsquo;Arctique. Cette posture implique une militarisation accrue, mat\u00e9rialis\u00e9e par quelque 750 bases militaires \u00e0 travers le monde. Le Pentagone anticipe par ailleurs une militarisation croissante de l&rsquo;Arctique, rendue n\u00e9cessaire par la fonte des glaces, qui ouvre de nouvelles routes maritimes et rend accessibles des ressources strat\u00e9giques consid\u00e9rables.<br \/>\n\u00c0 fin mars 2026, les d\u00e9penses militaires am\u00e9ricaines ont explos\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du conflit, en f\u00e9vrier et mars 2026. Elles sont estim\u00e9es entre 800 millions et 1 milliard de dollars par jour en moyenne. Plus de 11,3 milliards de dollars ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9s durant les six premiers jours seulement. Le co\u00fbt budg\u00e9taire total pour les \u00c9tats-Unis pourrait atteindre entre 65 et 115 milliards de dollars selon la dur\u00e9e de l&rsquo;engagement, sachant que la perte d&rsquo;un radar am\u00e9ricain sophistiqu\u00e9 de type AN\/TPY-2 repr\u00e9sente \u00e0 elle seule environ 500 millions de dollars par unit\u00e9. Avec la hausse de l&rsquo;inflation qui p\u00e9nalise les m\u00e9nages am\u00e9ricains, la promesse centrale du pr\u00e9sident lors de sa campagne \u00e9lectorale \u2014 \u00e0 savoir la ma\u00eetrise de l&rsquo;inflation \u2014 se trouve directement fragilis\u00e9e. Si le conflit dure plus de trois mois, son co\u00fbt total pourrait d\u00e9passer celui de la guerre en Irak de 2003, \u00e9valu\u00e9e \u00e0 plus de 60 milliards de dollars. Des estimations \u00e0 long terme, formul\u00e9es par les \u00e9conomistes Stiglitz et Bilmes, sugg\u00e8rent une facture totale \u2014 incluant le service de la dette et les soins aux v\u00e9t\u00e9rans \u2014 comprise entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars. Selon Kevin Hassett, conseiller \u00e9conomique de la Maison-Blanche, le Pentagone a par ailleurs demand\u00e9 l&rsquo;approbation d&rsquo;un budget suppl\u00e9mentaire de plus de 200 milliards de dollars \u00e0 soumettre au Congr\u00e8s.<\/p>\n<p>2. Co\u00fbt financier pour l&rsquo;Iran<br \/>\nBien que le r\u00e9gime iranien dispose de ressources \u00e9nerg\u00e9tiques massives, sa capacit\u00e9 \u00e0 soutenir un effort de guerre prolong\u00e9 est s\u00e9rieusement mise en question par une crise financi\u00e8re syst\u00e9mique. Ses r\u00e9serves de change, fin 2025, \u00e9taient inf\u00e9rieures \u00e0 35 milliards de dollars, et plus de 80 % de ses ressources en devises sont tir\u00e9es de ses exportations d&rsquo;hydrocarbures. L&rsquo;\u00e9conomie iranienne, d\u00e9j\u00e0 sous le joug des sanctions internationales, devrait subir une contraction s\u00e9v\u00e8re, estim\u00e9e \u00e0 10 % pour 2026, aggrav\u00e9e par les destructions d&rsquo;infrastructures et une baisse drastique des revenus.<br \/>\nLe gouvernement a annonc\u00e9 une augmentation de 200 % de son budget militaire \u2014 largement contr\u00f4l\u00e9, comme l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 plus de 60 %, par les Gardiens de la r\u00e9volution \u2014 pour l&rsquo;ann\u00e9e 1404 du calendrier iranien (mars 2025 \u2013 mars 2026), suivie d&rsquo;une hausse nominale de 145 % pour l&rsquo;ann\u00e9e suivante (2026-2027). Le co\u00fbt des op\u00e9rations militaires est estim\u00e9 \u00e0 plusieurs centaines de millions de dollars par jour, repr\u00e9sentant une charge colossale pour un budget national total estim\u00e9 \u00e0 environ 65,7 milliards de dollars en 2024.<br \/>\nIl s&rsquo;ensuit un effondrement de la monnaie nationale : le rial a atteint des niveaux historiquement bas, s&rsquo;\u00e9changeant \u00e0 plus de 1,7 million pour un dollar d\u00e9but 2026. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne refl\u00e8te, selon la Banque mondiale, une contraction de l&rsquo;\u00e9conomie iranienne sur les ann\u00e9es 2025 et 2026, avec une inflation globale approchant les 60 %, tandis que la seule inflation alimentaire d\u00e9passe les 70 %, alimentant un m\u00e9contentement social qui fragilise la stabilit\u00e9 interne du r\u00e9gime.<br \/>\nCertes, l&rsquo;\u00e9conomie iranienne \u2014 bien que structurellement affaiblie par des d\u00e9cennies de sanctions internationales \u2014 a d\u00e9montr\u00e9 sa capacit\u00e9 de r\u00e9silience. L&rsquo;Iran poss\u00e8de en effet des atouts consid\u00e9rables : les troisi\u00e8mes r\u00e9serves mondiales de p\u00e9trole, les deuxi\u00e8mes r\u00e9serves mondiales de gaz, un potentiel industriel dans les secteurs de l&rsquo;automobile et de la p\u00e9trochimie, ainsi qu&rsquo;une main-d&rsquo;\u0153uvre qualifi\u00e9e. Sa r\u00e9silience tient \u00e9galement \u00e0 ses liens avec la Russie, et surtout avec la Chine, qui maintient l&rsquo;\u00e9conomie iranienne sous perfusion gr\u00e2ce \u00e0 des accords \u00e0 long terme garantissant un minimum de revenus, limitant ainsi un isolement total. Malgr\u00e9 les frappes, l&rsquo;Iran continue de tirer des revenus de ses exportations p\u00e9troli\u00e8res, le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz n&rsquo;\u00e9tant pas totalement ferm\u00e9.<br \/>\nToutefois, ces alliances sont soumises \u00e0 rude \u00e9preuve, d&rsquo;autant que l&rsquo;objectif am\u00e9ricain serait de prendre le contr\u00f4le de l&rsquo;\u00eele de Kharg \u2014 ou Kh\u00e2rg \u2014, situ\u00e9e dans le golfe Persique, qui constitue le principal hub p\u00e9trolier de l&rsquo;Iran. Cette \u00eele abrite le plus grand terminal d&rsquo;exportation de brut du pays, traitant environ 90 % \u00e0 95 % des exportations iraniennes de p\u00e9trole et de gaz. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, il ne s&rsquo;agirait pas d&rsquo;une invasion de l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du territoire iranien \u2014 ce qui aurait peu de chances d&rsquo;aboutir et peu de sens d&rsquo;un point de vue strat\u00e9gique \u2014 mais essentiellement de raids men\u00e9s par des forces sp\u00e9ciales et de la prise de contr\u00f4le, par des forces conventionnelles, de sites strat\u00e9giques pour une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e, dans le but d&rsquo;asphyxier financi\u00e8rement l&rsquo;Iran, pourtant membre des BRICS+ et du groupe de d\u00e9fense de Shanghai.<br \/>\nLa question demeure enti\u00e8re : les Gardiens de la r\u00e9volution \u2014 \u00e0 moins que d&rsquo;autres forces politiques pr\u00f4nant la n\u00e9gociation ne prennent le dessus, ce qui pr\u00e9figurerait non pas un changement de r\u00e9gime mais une mutation interne profonde \u2014 opteraient-ils pour une d\u00e9flagration embrasant toute la r\u00e9gion ? Quelle sera \u00e9galement la r\u00e9action de la Chine, qui s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre la grande perdante de ce conflit, et de la Russie, qui en est le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire, ses recettes tir\u00e9es des ventes d&rsquo;hydrocarbures augmentant m\u00e9caniquement ? Ces deux puissances sont rest\u00e9es passives lors de l&rsquo;offensive am\u00e9ricaine contre le Venezuela, rappelant que dans les relations internationales, il n&rsquo;existe pas de sentiments, seulement des int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nIl n&rsquo;est dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ni des \u00c9tats-Unis \u2014 ni de l&rsquo;Occident en g\u00e9n\u00e9ral \u2014 de reproduire les exp\u00e9riences n\u00e9gatives de l&rsquo;Irak et de la Libye et de plonger l&rsquo;\u00e9conomie mondiale dans une longue r\u00e9cession. Il n&rsquo;est pas davantage dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;Isra\u00ebl ni dans celui de l&rsquo;Iran, qui, d\u00e9j\u00e0 sous sanctions et confront\u00e9 \u00e0 une contraction \u00e9conomique s\u00e9v\u00e8re estim\u00e9e \u00e0 10 % pour 2026, \u00e0 des destructions d&rsquo;infrastructures et \u00e0 une baisse drastique de ses revenus p\u00e9troliers, ne saurait soutenir durablement une autarcie totale. Le pays traverse une crise profonde, marqu\u00e9e par une chute du pouvoir d&rsquo;achat et une pauvret\u00e9 en hausse, engendrant des tensions sociales croissantes.<\/p>\n<p>3. Co\u00fbt financier pour Isra\u00ebl<br \/>\nLe co\u00fbt \u00e9conomique de la guerre est colossal pour Isra\u00ebl. Depuis le 7 octobre, le pays a perdu l&rsquo;\u00e9quivalent de 8,5 % de la croissance de son PIB, soit 177 milliards de shekels (le shekel s&rsquo;\u00e9changeant \u00e0 environ 0,33 dollar), d&rsquo;apr\u00e8s les estimations de la banque centrale isra\u00e9lienne. Les op\u00e9rations de Tsahal co\u00fbtent environ 500 millions de dollars par jour, et Isra\u00ebl est largement soutenu financi\u00e8rement par les \u00c9tats-Unis et les pays occidentaux, \u00e0 travers ses nombreux r\u00e9seaux d&rsquo;influence.<br \/>\nSelon d&rsquo;autres estimations, les d\u00e9penses de l&rsquo;arm\u00e9e d\u2019occupation isra\u00e9lienne au cours des vingt premiers jours de la guerre contre l&rsquo;Iran ont atteint environ 6,4 milliards de dollars. Le gouvernement isra\u00e9lien a approuv\u00e9 une allocation budg\u00e9taire d&rsquo;urgence de 825 millions de dollars pour l&rsquo;achat de \u00ab fournitures de s\u00e9curit\u00e9 urgentes \u00bb, notamment pour combler le d\u00e9ficit croissant en missiles intercepteurs, selon le quotidien isra\u00e9lien Haaretz et la cha\u00eene isra\u00e9lienne Channel 12, qui indiquent que des financements suppl\u00e9mentaires sont en cours de pr\u00e9paration. Toujours selon ces m\u00eames sources, les d\u00e9penses quotidiennes ont atteint en moyenne environ un milliard de shekels, soit pr\u00e8s de 320 millions de dollars, durant cette p\u00e9riode. Le budget total allou\u00e9 \u00e0 la gestion de la guerre s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 39 milliards de shekels, soit pr\u00e8s de 12,5 milliards de dollars, et le rythme actuel des d\u00e9penses permettrait, selon ces sources, d&rsquo;estimer la dur\u00e9e potentielle du conflit.<\/p>\n<p><strong>Quelles perspectives ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution du conflit, face \u00e0 une r\u00e9sistance iranienne que Washington et Tel-Aviv n&rsquo;avaient pas anticip\u00e9e, a conduit \u00e0 un choc n\u00e9gatif sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. Le conflit a, par ailleurs, chang\u00e9 de nature des deux c\u00f4t\u00e9s. Au-del\u00e0 des objectifs militaires initiaux, les frappes visent d\u00e9sormais les centres de sant\u00e9, les centrales \u00e9lectriques, les champs p\u00e9troliers et gaziers, ainsi que les installations de dessalement dans toute la r\u00e9gion. Or, dans un espace largement d\u00e9sertique, ces infrastructures constituent le socle du fonctionnement des \u00e9conomies concern\u00e9es et r\u00e9pondent aux besoins essentiels des populations.<br \/>\nLe pr\u00e9sident Trump a annonc\u00e9 le 2 avril 2026 que le conflit devrait se poursuivre \u00e0 court terme, au cours des deux ou trois prochaines semaines, et que les campagnes de bombardements devraient continuer avec la m\u00eame intensit\u00e9. \u00c0 moyen terme, cependant, des \u00e9volutions devraient intervenir, en raison notamment de la n\u00e9cessit\u00e9, pour Washington, Tel-Aviv et T\u00e9h\u00e9ran, de trouver une issue n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 ce conflit.<br \/>\nLa potentielle op\u00e9ration terrestre am\u00e9ricaine en Iran s&rsquo;inscrirait dans une logique de pression militaire et diplomatique sur les autorit\u00e9s iraniennes, dans le cadre d&rsquo;\u00e9ventuelles n\u00e9gociations directes. Le pr\u00e9sident Trump, pris par les contraintes du calendrier politique, souhaite se d\u00e9sengager d&rsquo;un conflit dont la gestion g\u00e9n\u00e8re des divergences croissantes avec l&rsquo;aile extr\u00e9miste du gouvernement isra\u00e9lien. Il risque, par ailleurs, de perdre les \u00e9lections de novembre 2026 sous la pression d&rsquo;une large fraction de l&rsquo;opinion am\u00e9ricaine hostile \u00e0 cette intervention.<br \/>\nEn bref, apr\u00e8s cette guerre, et au vu de ce qui se passe en Palestine, au Liban et dans les pays du Golfe, la carte du Moyen-Orient ne sera plus jamais la m\u00eame qu&rsquo;avant. Cela annonce, plus g\u00e9n\u00e9ralement, une profonde mutation g\u00e9ostrat\u00e9gique \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. La crise au Moyen-Orient rappelle que l&rsquo;Afrique reste vuln\u00e9rable face aux chocs ext\u00e9rieurs et qu&rsquo;elle doit imp\u00e9rativement d\u00e9velopper sa r\u00e9silience. La diversification \u00e9nerg\u00e9tique, l&rsquo;industrialisation et une diplomatie proactive constituent autant de leviers pour en limiter les effets. L&rsquo;Afrique devra pr\u00e9server ses int\u00e9r\u00eats et tirer les le\u00e7ons de ce conflit \u00e0 travers des strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation fond\u00e9es sur la coh\u00e9sion sociale interne, ce qui renvoie, in fine, \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif de bonne gouvernance. A.M.<\/p>\n<p><strong>Annexe<\/strong><\/p>\n<p>1. Champs de production p\u00e9troliers et gaziers expos\u00e9s aux attaques<br \/>\nParmi les principaux sites qui alimentent l&rsquo;\u00e9conomie mondiale et qui sont soumis \u00e0 des attaques, on peut citer :<br \/>\n\u2014 Ghawar (Arabie saoudite) : le plus grand gisement de p\u00e9trole conventionnel au monde.<br \/>\n\u2014 South Pars (Iran\/Qatar) : l&rsquo;un des plus vastes gisements de gaz naturel au monde, strat\u00e9gique pour l&rsquo;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique mondial.<br \/>\n\u2014 Masjed Soleiman (Iran) : historiquement significatif, il fut le premier champ p\u00e9trolier d\u00e9couvert au Moyen-Orient.<br \/>\nParmi les raffineries et complexes p\u00e9trochimiques qui transforment le p\u00e9trole brut en produits finis \u2014 carburants et produits chimiques \u2014 on recense notamment :<br \/>\n\u2014 La raffinerie de Ruwais (\u00c9mirats arabes unis) : un complexe colossal situ\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9mirat d&rsquo;Abou Dhabi, pilier du syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9mirati.<br \/>\n\u2014 La raffinerie de Ras Tanura (Arabie saoudite) : l&rsquo;une des plus grandes du Moyen-Orient, situ\u00e9e sur le golfe Persique.<br \/>\n\u2014 La raffinerie de Samref (Yanbu, Arabie saoudite) : implant\u00e9e sur les rives de la mer Rouge.<br \/>\nParmi les terminaux d&rsquo;exportation et p\u00f4les de liqu\u00e9faction de gaz naturel (GNL), qui servent \u00e0 stocker et \u00e0 exp\u00e9dier les hydrocarbures vers les march\u00e9s internationaux, on distingue :<br \/>\n\u2014 Le terminal de Laffan (Qatar) : le plus important p\u00f4le de liqu\u00e9faction de gaz naturel au monde, qui vient de subir des dommages consid\u00e9rables. Selon le ministre qatari des Hydrocarbures, il faudra entre trois et cinq ans pour revenir \u00e0 sa capacit\u00e9 initiale.<br \/>\n\u2014 L&rsquo;\u00eele de Kharg (Iran) : centre n\u00e9vralgique par lequel transite plus de 80 % des exportations iraniennes de p\u00e9trole brut. Tout blocage de ce terminal risquerait d&rsquo;asphyxier financi\u00e8rement l&rsquo;Iran.<\/p>\n<p>2. Les installations de dessalement, infrastructures vitales du Moyen-Orient<br \/>\nLes pays du Golfe d\u00e9pendent de mani\u00e8re critique du dessalement pour couvrir entre 70 % et 90 % de leurs besoins en eau potable : cette proportion atteint 99 % au Qatar, 90 % au Kowe\u00eft, 70 % en Arabie saoudite et 42 % aux \u00c9mirats arabes unis.<br \/>\nL&rsquo;Iran, qui conna\u00eet \u00e9galement une crise hydrique s\u00e9v\u00e8re, poss\u00e8de des unit\u00e9s de dessalement situ\u00e9es principalement le long de ses zones c\u00f4ti\u00e8res, qui ont r\u00e9cemment fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli\u00e8re dans le contexte g\u00e9opolitique actuel. Ainsi, le 8 mars 2026, Bahre\u00efn a accus\u00e9 T\u00e9h\u00e9ran d&rsquo;avoir men\u00e9 une attaque de drones contre une unit\u00e9 de dessalement, tandis que l&rsquo;Iran a d\u00e9nonc\u00e9 une frappe similaire sur l&rsquo;\u00eele de Qeshm. Ces attaques menacent les fondements m\u00eame du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement r\u00e9gional, avec des cons\u00e9quences sanitaires et alimentaires potentiellement d\u00e9sastreuses pour les populations.<br \/>\nLes principales usines de dessalement du Moyen-Orient, class\u00e9es par capacit\u00e9 et co\u00fbt, sont les suivantes :<br \/>\n\u2014 Ras Al Khair (Arabie saoudite) : 2 998 000 m\u00b3\/jour \u2014 7,2 milliards de dollars. Commun\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9e comme la plus grande installation de dessalement au monde, elle est de type hybride, combinant la technologie de distillation flash \u00e0 d\u00e9tentes \u00e9tag\u00e9es (MSF) et l&rsquo;osmose inverse (RO). Situ\u00e9e \u00e0 75 km au nord-ouest de Jubail, elle approvisionne Riyad.<br \/>\n\u2014 Djebel Ali (\u00c9mirats arabes unis) : 2 228 000 m\u00b3\/jour \u2014 3 milliards de dollars.<br \/>\n\u2014 Fuja\u00efrah (\u00c9mirats arabes unis) : 1 045 361 m\u00b3\/jour \u2014 entre 650 et 700 millions de dollars.<br \/>\n\u2014 Taweelah (\u00c9mirats arabes unis) : 909 200 m\u00b3\/jour \u2014 874 millions de dollars.<br \/>\n\u2014 Jubail Water and Power Company (Arabie saoudite) : 800 000 m\u00b3\/jour \u2014 entre 800 et 1 000 millions de dollars.<br \/>\n\u2014 Umm Al Quwain (\u00c9mirats arabes unis) : 681 000 m\u00b3\/jour \u2014 797 millions de dollars.<br \/>\n\u2014 Sorek (Isra\u00ebl) : 640 000 m\u00b3\/jour \u2014 489 millions de dollars.<br \/>\n\u2014 Shuaiba (Arabie saoudite) : 600 000 m\u00b3\/jour \u2014 821 millions de dollars.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Abderrahmane Mebtoul Professeur des universit\u00e9s, expert international et Docteur d&rsquo;\u00c9tat en management strat\u00e9gique. 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