Les rois s’amusent !

Par Azzedine Belferag «Jouis, vil bouffon, dans ta fierté profonde » s’exclamait paradoxalement Triboulet, le bouffon de la cour, ce héros malgré lui, par qui Victor Hugo dénonce dans sa pièce « Le Roi s’amuse » la société de l’époque. Difforme et cruel, il est ridicule, narcissique et veut tuer le roi qu’il encourage aux pires débauches. Cette pièce, d’il y a 186 ans mais qui semble toujours d’actualité chez nous, cristallise le grotesque et le sublime à l’image de ce couffin du ramadhan. Comme si ces « rationnés » d’Algériens ne doivent manger à leur faim qu’un mois sur douze. Car ainsi et près de deux siècles plus tard, d’enrichis courtisans se sont mis à faire de l’aumône pour être dans les petits mouchoirs de leurs seigneurs… du moment ! Et quoi donc de mieux que ce mois sacré pour faire bonne figure en prodiguant une obole ramadhanesque à ces milliers de « gueux ».  L’idée n’est-elle donc pas ingénieuse pour mieux se sentir dans le haut du pavé ? Le richissime conglomérat des patrons algériens se « mobilise », comme chaque ramadhan, depuis quatre années de suite, pour distribuer sa charité ! Histoire d’expurger quelque remords, purifier sa comptabilité et se faire bonne conscience, le FCE fait don de quelques milliers de couffins du ramadhan. Pourtant se voulant louable acte de solidarité avec les « nécessiteux », cette « générosité » affichée par les 4.000 membres du syndicat des patrons ressemble, à s’y méprendre, beaucoup plus à une simple marque de dédain envers ce même pan de la société qui ne cesse de s’élargir et sombrant dans l’appauvrissement causé par le dénuement, éprouvés par de fortes hausses et d’excessifs impôts. Le Forum des chefs d’entreprises que représente Ali Haddad, réuni 7.000 entreprises et réalise un peu plus de 4.000 milliards de dinars de chiffre d’affaires, s’amuse, dans un mélange assez pitoyable de mépris social et de clientélisme corporatiste, à transformer sa faiblesse à créer de la richesse en aumône populiste. Faute d’imagination, les rois s’amusent comme ils peuvent. Car, ne serait-il pas plus amène pour ces friqués de participer à l’économie du pays en apprenant à ces nécessiteux à pêcher au lieu de faire l’éloge de la mendicité en leur concédant occasionnellement du poisson.  A.B    

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