Libre-échange et chauvinisme…

  Sonatrach veut dépoussiérer ses structures, se défaire de ses réflexes monolithiques et enter dans une nouvelle ère. Sonatrach veut jouer dans la cour des grands, et compter parmi les majors du pétrole. Quoi de mieux que de faire ses emplettes dans des marchés en crise. Et il était temps !
Il lui a suffit de regarder de l’autre côté de la Mare Nostrum pour trouver une acquisition et partir à la conquête de nouveaux marchés. Depuis, l’acquisition de la raffinerie sicilienne d’Augusta, cette incursion de la Sonatrach sur le marché italien, fait débat, aussi bien dans notre pays, que dans la Botte. S’il est légitime de s’inquiéter de la qualité des actifs récemment acquis par le socle de l’industrie nationale, il est tout aussi légitime pour le groupe pétrolier public de s’internationaliser.
Toutefois, on demeure pantois, face à la réaction des Italiens, qui, non contents de voir une entreprise comme la Sonatrach venir sauver 600 emplois en Italie, au lieu d’en créer de nouveaux en Algérie, font des pieds et des mains pour l’inciter à partir, avant même que le transfert de propriété ne soit effectué.
Les syndicats sonnent la mobilisation générale de travailleurs, mécontents, pour je ne sais quelle raison. La société civile s’organise pour faire pression, et dépoussière le dossier d’une dépollution du site qui aurait dû être prise en charge depuis de nombreuses années, par l’Américain Exxon, propriétaire actuel de la raffinerie. Serait-ce un excès d’affection pour les Yankees, où l’aversion séculaire envers ces Moresco du Sud de la Méditerranée, qui provoque tant d’émois ?
Atteint de tropisme, le « Monde libre » nous a habitués à des poussées de chauvinisme, lesquelles interviennent, lorsque ces « Pouilleux de tiers-mondistes» tentent de se mesurer à leurs mastodontes du libre-échange, dans le strict respect des principes du Darwinisme social. Nul n’a oublié de quelle manière, l’Européen Arcelor a tout tenté afin d’éviter en 2006, l’OPA, de l’Indien Mittal Steel. Celui-ci s’est même résigné à solliciter le secours, de l’adversaire de l’Est, de l’ennemi juré du Monde libre. Celui de la Russie et de son sidérurgiste Severstal. Mais qu’importe après tout, les Russes, sont blancs, caucasiens et ce sont des coreligionnaires. Peine perdue, Mittal Steel parviendra à ses fins en s’en tenant aux règles du marché. Aux États-Unis, c’est une levée de boucliers qu’ont suscité la tentative d’achat en 2005 de la compagnie pétrolière US, Unocal par le Chinois Cnooc, puis en 2006 la proposition de l’Emirati Dubai Port World pour la reprise en 2006 de six ports américains. Des transactions qui ont même fait l’objet du Veto des autorités fédérales. Le dissident américain Noam Chomski l’a d’ailleurs démontré : « La liberté de commerce est tenue en grande estime par ceux qui espèrent l’emporter sur leurs concurrents, mais on admet qu’on ne la respecte pas quand les intérêts le dictent ». Cela s’est vérifié récemment, dans notre pays. C’est avec aplomb que des responsables européens ont cru bon de s’immiscer dans nos politiques économiques, en reprochant aux Algériens de recourir à des mesures de sauvegarde pour rééquilibrer la balance commerciale. Ils n’ont pas manqué de faire l’éloge des vertus du libre-échange et du libéralisme. Après tout « on ne donne rien si libéralement que ses conseils », comme le pensait si bien La Rochefoucauld dans ses Maximes.

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