L’Afrique, continent du futur mal compris : à Antalya, des voix s’élèvent pour en finir avec les clichés

C’est un plaidoyer collectif et déterminé qui s’est élevé vendredi depuis les travées du Forum de la diplomatie d’Antalya 2026. Réunis autour d’un panel consacré à l’investissement et à la compétitivité africaine, ministres des affaires étrangères, responsables onusiens et représentants institutionnels ont dressé un portrait du continent radicalement différent de celui que véhiculent trop souvent les grands médias internationaux — celui d’un espace en proie aux seuls conflits et à la pauvreté. Face à ce récit réducteur, ils ont opposé des chiffres, des potentiels et une conviction partagée : l’Afrique est une opportunité mondiale largement sous-estimée, et il est urgent de la traiter comme telle.

Une zone de libre-échange comme levier de transformation

C’est Hanna Serwaa Tetteh, représentante spéciale de l’ONU pour la Libye et cheffe de la Mission d’appui des Nations unies dans ce pays, qui a donné le ton avec la clarté qui s’impose. « La création d’une zone de libre-échange continentale et l’augmentation des investissements feront de l’Afrique une destination attractive », a-t-elle affirmé devant l’assemblée du forum. Insistant sur la question du financement comme défi structurel majeur, elle a souligné que l’accès à des financements abordables et à long terme reste une condition sine qua non pour renforcer la compétitivité du continent, tout en ajoutant que la mise en avant de projets réussis pourrait démontrer la viabilité d’initiatives susceptibles d’être étendues aux secteurs public et privé. Un appel à changer de narratif autant qu’à changer de méthode.

Des ressources immenses, des récits qui desservent

Le ministre soudanais des Affaires étrangères Muhyiddin Salim a abondé dans ce sens, déplorant que le potentiel africain soit « souvent éclipsé par des récits de conflits et de pauvreté ». Il a rappelé que 60 % de la population africaine est composée de jeunes — une jeunesse qui constitue un capital humain considérable — et énuméré les richesses propres à son pays : agriculture, élevage, minerais, pétrole et gaz. Sans esquiver les réalités douloureuses, il a reconnu que la guerre civile qui déchire le Soudan depuis avril 2023 est en partie alimentée par la concurrence autour des ressources naturelles, mais en a tiré une leçon inverse à la résignation : une intégration économique et une coopération renforcées entre pays africains pourraient précisément « créer un environnement solide pour les investisseurs régionaux et internationaux ». Évoquant la position géographique stratégique du Soudan, avec ses plus de 800 kilomètres de côtes sur une mer Rouge sous tension, il a estimé que le pays pourrait devenir « une porte d’entrée clé pour l’Afrique », à condition que la paix revienne. « La fin de la guerre ouvrirait des opportunités importantes pour les investisseurs », a-t-il conclu, dans une formule qui dit autant l’espoir que l’urgence.

La ZLECAf, « tournant décisif » selon Kigali

Le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier J.P. Nduhungirehe a apporté à ces débats la rigueur analytique d’un pays qui a fait de la transformation économique son projet national. Reconnaissant que l’Afrique, « riche en ressources humaines et naturelles », a été confrontée à des défis décisionnels récurrents, il a néanmoins affirmé qu’« avec les bons investissements, le continent pourrait atteindre une véritable prospérité ». Il a qualifié la Zone de libre-échange continentale africaine — la ZLECAf — de « tournant décisif » dans ce processus, rejoignant ainsi le consensus qui se dégageait de l’ensemble du panel. Ce dernier réunissait également les ministres des Affaires étrangères de l’Ouganda, de la Zambie, la ministre d’État de Sao Tomé-et-Principe, ainsi que le secrétaire général de la ZLECAf Wamkele Mene — un aréopage qui, par sa seule composition, illustrait la volonté de faire entendre une voix africaine unie, diverse et déterminée à peser sur les agendas économiques mondiaux. R.I

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