Sécurité énergétique : le Moyen-Orient face à un choc « sans précédent dans l’histoire »

Plus de 80 installations énergétiques endommagées, dont un tiers gravement touchées, et jusqu’à deux ans nécessaires pour revenir à la normale : le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a dressé lundi à Washington un constat alarmant sur les conséquences de la guerre déclenchée en Iran le 28 février dernier. Devant l’Atlantic Council, l’économiste turc a qualifié la crise actuelle de « plus grande menace pour la sécurité énergétique de l’histoire », un jugement qui tranche avec la prudence habituelle de l’institution.

Selon les relevés de l’AIE, qui surveille l’ensemble des sites affectés, champs pétrolifères, raffineries et terminaux d’exportation ont été frappés à un rythme et dans des proportions inédits. « C’est l’un des problèmes les plus critiques et, contrairement aux crises passées, de nombreuses installations sont gravement endommagées », a insisté Fatih Birol. Même dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu immédiat, le rétablissement de l’approvisionnement régional à ses niveaux antérieurs prendrait, selon lui, jusqu’à deux ans.

Les chiffres avancés par le patron de l’AIE donnent la mesure du séisme en cours. Le monde a déjà perdu environ 30 millions de barils de pétrole par jour depuis le début du conflit, contre seulement 5 millions lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Côté gaz naturel, les perturbations dépassent désormais les quelque 75 milliards de mètres cubes évaporés depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Une comparaison qui replace l’épisode actuel dans une catégorie à part.

Face à l’urgence, l’AIE a réagi dès le mois de mars en coordonnant le déblocage record de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques de ses pays membres — « l’opération la plus vaste et la plus rapide de l’histoire de l’agence », a souligné Fatih Birol. Le directeur a dit espérer qu’un nouveau recours à ces stocks d’urgence ne serait pas nécessaire, tout en assurant que l’institution se tient prête à intervenir si les marchés venaient à se dégrader davantage.

Mais l’AIE met en garde : les réserves d’urgence, aussi massives soient-elles, ne peuvent compenser durablement la destruction d’infrastructures. Les pays aux finances fragiles ou disposant de capacités de stockage limitées apparaissent particulièrement exposés, ce qui laisse craindre des ruptures d’approvisionnement prolongées sur plusieurs continents.

Au-delà du pétrole et du gaz, Fatih Birol a alerté sur un effet domino encore sous-estimé. Le conflit perturbe aussi les flux mondiaux d’engrais, de produits pétrochimiques, d’hélium et de plusieurs matières premières stratégiques, indispensables à l’industrie, à l’agriculture et aux technologies de pointe. Autant de maillons qui, fragilisés simultanément, pourraient prolonger l’onde de choc bien au-delà des marchés de l’énergie et peser durablement sur l’économie mondiale. R.E

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